Médecin, généticien et homme d'État, Jean-François Mattei est une figure majeure de la bioéthique en France. Ancien ministre de la Santé, il a consacré sa carrière à l'articulation entre les progrès de la science médicale et les impératifs moraux de notre société.
Né à Lyon, Jean-François Mattei s'installe très tôt à Marseille où il effectue ses études de médecine. Pédiatre de formation, il se spécialise en génétique médicale et devient professeur des universités-praticien hospitalier au CHU de la Timone. Son expertise le conduit à s'intéresser aux enjeux éthiques soulevés par les manipulations génétiques et la procréation médicalement assistée. Élu député des Bouches-du-Rhône en 1989, il devient l'un des principaux rédacteurs des premières lois de bioéthique en France. En 2002, il est nommé ministre de la Santé, de la Famille et des Personnes handicapées dans le gouvernement de Jean-Pierre Raffarin. Son passage au ministère est marqué par la gestion de crises sanitaires d'ampleur et par la mise en place du Plan Cancer, ainsi que par la réforme de l'assurance maladie.
Après son départ du gouvernement en 2004, il ne délaisse pas l'engagement public. Il prend la présidence de la Croix-Rouge française de 2004 à 2013, où il modernise l'organisation et renforce son action internationale lors de catastrophes majeures, comme le tsunami de 2004 ou le séisme en Haïti. Membre de l'Académie nationale de médecine, il continue de publier des ouvrages de référence sur l'humanisme médical et la place de l'homme face aux nouvelles technologies. En 2024 et 2025, il intervient régulièrement dans les débats sur la fin de vie et l'intelligence artificielle appliquée à la santé, prônant une "éthique de la vulnérabilité". En ce début d'année 2026, il demeure une voix écoutée et respectée, sollicitée par les comités d'éthique pour sa capacité à concilier rigueur scientifique et compassion humaine.
Le mandat ministériel de Jean-François Mattei reste indissociable de la crise de la canicule de l'été 2003. Le gouvernement fut alors vivement critiqué pour son manque d'anticipation et la lenteur de sa réaction face à une surmortalité exceptionnelle, touchant principalement les personnes âgées. L'image du ministre s'exprimant depuis son lieu de vacances dans le Var, vêtu d'un polo, alors que la crise battait son plein, a durablement marqué l'opinion publique et a précipité son départ du gouvernement lors du remaniement de 2004. Jean-François Mattei a, par la suite, assumé sa responsabilité politique tout en dénonçant les défaillances systémiques de l'organisation sanitaire de l'époque, un épisode qu'il a analysé avec recul dans ses écrits ultérieurs pour en tirer des leçons sur la gestion des risques.
1943 : Naissance le 14 janvier à Lyon.
1989 : Élu député des Bouches-du-Rhône.
1994 : Rapporteur des premières lois de bioéthique à l'Assemblée nationale.
2002 : Nommé ministre de la Santé, de la Famille et des Personnes handicapées.
2003 : Gestion de la crise de la canicule.
2004 : Élection à la présidence de la Croix-Rouge française.
2013 : Fin de son mandat à la Croix-Rouge.
2017 : Élu président de l'Académie nationale de médecine (pour l'année 2020).
2021 : Publication de l'ouvrage Santé : le grand bouleversement.
2025 : Remise d'un rapport consultatif sur l'éthique de l'IA en santé.
2026 : Conférence d'ouverture du Sommet européen de la bioéthique.
Jean-François Mattei est très attaché à la ville de Marseille, où il a construit sa carrière médicale et politique. Issu d'une famille aux racines corses, il cultive une certaine réserve et une grande courtoisie, caractéristiques de son éducation. Marié et père de famille, il a toujours veillé à séparer sa vie privée de ses engagements publics, bien que ses convictions humanistes imprègnent l'ensemble de son parcours. Amateur de littérature classique et de philosophie, il trouve dans l'écriture un moyen de prolonger son action de médecin. Son érudition et sa capacité de travail sont souvent soulignées par ses collaborateurs, tant à l'hôpital qu'au ministère ou à la Croix-Rouge.
Son engagement ne se limite pas aux institutions ; il est un ardent défenseur des droits des personnes handicapées et de l'accès aux soins pour les plus précaires. À la Croix-Rouge, il a notamment développé les maraudes et les centres d'accueil pour les sans-abri. Il milite pour une médecine qui ne soit pas seulement technique, mais qui reste avant tout une "rencontre entre une confiance et une conscience". Passionné par la transmission, il a formé des générations de généticiens et continue de donner des cours d'éthique médicale. Son action philanthropique se poursuit à travers son soutien à diverses fondations de recherche médicale, où il apporte son expertise stratégique pour orienter les financements vers les maladies rares.
1 - Jean-François Mattei est l'un des rares hommes politiques à avoir continué de donner des consultations médicales bénévoles de temps en temps, même au sommet de sa carrière, pour ne jamais perdre le contact avec la réalité des patients.
2 - On raconte qu'au ministère, il rédigeait lui-même une grande partie de ses discours et de ses rapports, refusant de déléguer totalement sa pensée à des plumes, par souci de précision scientifique et éthique.
3 - Passionné de musique, il voit dans l'harmonie musicale une métaphore de l'équilibre nécessaire en société entre les avancées technologiques et le respect des libertés individuelles.
4 - Lors de ses missions internationales avec la Croix-Rouge, il insistait pour se rendre sur le terrain, parfois dans des zones difficiles, estimant que la légitimité d'un dirigeant humanitaire se forgeait au contact direct des crises.
- Métier(s) : Médecin généticien, homme politique, essayiste
- Résidence principale : Marseille / Paris (France)
- Relations de couple : Marié
- Enfants : Oui
- Distinctions : Grand officier de la Légion d'honneur, Officier de l'ordre national du Mérite