Pilier de la bande dessinée franco-belge et maître à penser de l'école de Marcinelle, Jijé a révolutionné le neuvième art par sa virtuosité graphique et son éclectisme. Mentor de toute une génération de dessinateurs, il a su passer avec une aisance déconcertante de l'humour au réalisme le plus pur.
Jijé, de son vrai nom Joseph Gillain, naît à Gedinne dans une famille d'artistes. Après des études d'orfèvrerie et de sculpture, il fait ses débuts dans la presse catholique avant de rejoindre les éditions Dupuis en 1939. Durant les années de guerre, il devient le sauveur providentiel du journal Spirou, reprenant les séries phares dont les auteurs étaient indisponibles, tout en créant ses propres univers. Il lance Blondin et Cirage, puis Jean Valhardi, imposant un trait dynamique et une mise en page audacieuse. En 1946, il part avec sa famille et ses jeunes protégés — Franquin et Morris — pour un périple aux États-Unis et au Mexique, une aventure humaine et artistique qui marquera durablement son œuvre. À son retour, il se consacre à des récits plus réalistes et biographiques, notamment avec Don Bosco, tout en continuant d'explorer de nouveaux genres.
Sa polyvalence s'exprime pleinement lorsqu'il crée le western Jerry Spring en 1954, œuvre fondatrice qui pose les bases du réalisme moderne en bande dessinée. Son trait, devenu plus nerveux et charbonneux, capture la poussière et la lumière de l'Ouest américain avec une vérité saisissante. En 1966, il succède à Albert Uderzo pour dessiner Les Aventures de Tanguy et Laverdure sur des scénarios de Jean-Michel Charlier, prouvant sa capacité à maîtriser le dessin technique de l'aviation avec la même fougue que ses paysages désertiques. Tout au long de sa carrière, Jijé n'a cessé de transmettre son savoir, transformant sa maison de Waterloo puis de Draveil en véritable atelier de la Renaissance, où la création était une quête permanente d'expression et de mouvement. Il reste aujourd'hui considéré comme le "père spirituel" de maîtres tels que Giraud (Moebius) ou Jean-Claude Mézières.
1914 : Naissance le 13 janvier à Gedinne, Belgique.
1939 : Début de sa collaboration historique avec les éditions Dupuis et Spirou.
1941 : Création de Don Bosco, ami des jeunes, premier grand succès biographique.
1946 : Départ pour les États-Unis et le Mexique avec Franquin et Morris.
1948 : Création du personnage de Baden-Powell en bande dessinée.
1954 : Lancement de Jerry Spring dans les pages de Spirou.
1966 : Reprise des dessins de Tanguy et Laverdure.
1975 : Reçoit le Grand Prix de la ville d'Angoulême pour l'ensemble de son œuvre.
1979 : Ultime album de Jerry Spring, "La Fille du canyon".
1980 : Décès le 19 juin à Versailles, France.
Joseph Gillain est le fils d'Eugène Gillain, écrivain et poète de langue wallonne, qui lui a transmis le goût de la narration. Il épouse Annie avec qui il aura quatre enfants : Philip, Benoît, Lorg et Dominique. Sa vie de famille est indissociable de sa carrière, ses proches participant souvent à l'élaboration de ses albums ou servant de modèles pour ses personnages. Homme d'une grande spiritualité, Jijé a consacré plusieurs ouvrages à des figures chrétiennes, non par simple commande, mais par conviction personnelle profonde, cherchant à donner à la jeunesse des modèles d'humanisme et de courage.
Dans ses relations sociales, Jijé était connu pour sa générosité légendaire et son refus de toute forme d'académisme. Son atelier était ouvert à tous les jeunes dessinateurs en quête de conseils, qu'il recevait avec simplicité, souvent un pinceau à la main. Il entretenait des amitiés indéfectibles avec ses pairs, notamment avec René Goscinny et Jean-Michel Charlier. Passionné de peinture et de sculpture, il ne considérait pas la bande dessinée comme un art mineur, mais comme un moyen d'expression total exigeant une discipline de fer. Son engagement consistait à élever le niveau artistique du média, luttant pour que le dessinateur soit reconnu comme un auteur à part entière, capable de traduire les émotions les plus subtiles par la seule force du noir et blanc.
Jijé s'éteint le 19 juin 1980 à l'âge de 66 ans à Versailles, des suites d'une longue maladie contre laquelle il luttait avec une grande discrétion. Sa disparition survient alors qu'il travaillait encore sur de nouveaux projets, prouvant sa passion intacte pour le dessin. Ses obsèques ont été célébrées dans l'intimité, réunissant les plus grands noms de la bande dessinée franco-belge venus saluer celui qu'ils appelaient tous "le Maître". Il a été inhumé au cimetière de Draveil, dans l'Essonne, où il résidait depuis de nombreuses années. En hommage à son immense apport culturel, la ville de Gedinne a inauguré un espace qui lui est dédié, et de nombreuses expositions rétrospectives continuent de célébrer son génie graphique à travers l'Europe.
Sa sépulture se trouve au cimetière de Draveil. Le Centre Belge de la Bande Dessinée à Bruxelles conserve une partie importante de ses planches originales, et un buste à son effigie a été érigé dans sa ville natale de Gedinne pour honorer sa mémoire.
1 - Durant son voyage au Mexique, il peignait des fresques dans des églises locales pour financer le séjour de sa petite troupe de dessinateurs.
2 - Il était capable de dessiner avec les deux mains simultanément, une prouesse technique qui fascinait ses élèves comme le jeune Jean Giraud.
3 - Pour l'album Don Bosco, il a réalisé plus de cent planches en un temps record, travaillant jour et nuit pour respecter les délais d'impression malgré la guerre.
4 - Il n'utilisait presque jamais de gomme, considérant que chaque trait, même imparfait, participait à la vie et à l'énergie du dessin final.
5 - Lorsqu'il a repris Spirou des mains de Rob-Vel, il a dû improviser la suite de l'histoire sans aucun scénario préalable, créant ainsi le style de narration spontané de la série.
- Métier(s) : Dessinateur, Scénariste, Peintre, Sculpteur
- Résidence principale : Draveil (France)
- Relations de couple : Annie Gillain
- Enfants : Philip, Benoît, Lorg, Dominique
- Distinctions : Grand Prix d'Angoulême (1975)