Cette année marque le 70ᵉ anniversaire de sa disparition.
Mistinguett, née Jeanne Florentine Bourgeois le 3 avril 1875 à Enghien-les-Bains, est une chanteuse, actrice et meneuse de revue française dont la carrière s'étend sur plus de six décennies, de la scène du café-concert aux grandes revues du Casino de Paris et du Moulin-Rouge.
Jeanne Bourgeois grandit à Soisy-sous-Montmorency, où sa famille s'installe après avoir exercé le métier de garde-barrière. Elle suit des cours de danse, de théâtre, de chant et de maintien auprès de l'actrice de vaudeville Alice Ozy, et prend parallèlement des leçons de violon avec Boussagol, de l'Opéra de Paris. C'est lors d'un trajet en train vers Paris pour l'une de ces leçons qu'elle rencontre Saint-Marcel, responsable de revue au Casino de Paris, qui l'engage pour le lever de rideau. Elle monte sur scène le 5 décembre 1893 sous le nom de Miss Hélyett — surnom inspiré de l'opérette à l'affiche aux Bouffes-Parisiens — qui devient ensuite Miss Tinguette, puis Mistinguett. En 1894, elle entre au Trianon-Concert avec la chanson Max, Ah c'que t'es rigolo, sans succès notable. De 1897 à 1907, elle se produit à l'Eldorado en chanteuse comique, y développant une technique scénique fondée sur la mimique, les pas de danse et le jeu comique, pour compenser des moyens vocaux jugés insuffisants. En 1908, elle tourne son premier film, L'Empreinte ou la Main rouge, de Paul-Henry Burguet, entamant une carrière cinématographique parallèle qui comptera une quarantaine de tournages.
En 1907, après sa rencontre avec Jacques-Charles, elle fait ses débuts au Moulin-Rouge dans La Revue de la Femme. En 1909, Max Dearly la choisit comme partenaire pour créer La Valse chaloupée. La revue La Valse renversante, aux Folies Bergère en 1912 avec Maurice Chevalier, donne naissance à une relation artistique et sentimentale d'une dizaine d'années. Lors de la Première Guerre mondiale, Chevalier est fait prisonnier : Mistinguett propose ses services au général Gamelin comme agent de renseignement et obtient sa libération en 1916 grâce à ses relations avec le roi d'Espagne Alphonse XIII. En 1918, elle succède à Gaby Deslys à la tête des revues du Casino de Paris, sous la direction de Léon Volterra, et en reste la vedette jusqu'en 1925. Elle enchaîne alors les succès : les revues Paris qui danse, Ça, c'est Paris, Paris qui jazz, et les chansons Mon homme (paroles d'Albert Willemetz) et Valencia (1927, de José Padilla). En 1937, elle tourne son premier film parlant, Rigolboche, réalisé par Christian-Jaque.
À la Libération, le comité national d'épuration des professions artistiques inflige à Mistinguett un blâme officiel pour avoir repris ses activités de meneuse de revue au Casino de Paris dès novembre 1941, sous l'Occupation allemande. Ce blâme est prononcé alors même qu'elle n'avait jamais accepté de se produire en Allemagne et qu'aucune déclaration pronazie ne lui est reprochée. Par ailleurs, son dossier de police, datant de ses débuts de carrière à la fin du XIXe siècle, indique qu'elle vivait alors en partie de prostitution — fait documenté par des archives institutionnelles mais sans suite judiciaire. Ces deux éléments constituent les seuls points documentés de controverse dans une trajectoire publique de plus de soixante ans.
1875 : naissance le 3 avril à Enghien-les-Bains (Seine-et-Oise).
1893 : première apparition sur scène le 5 décembre au Casino de Paris, sous le nom Miss Hélyett.
1894 : entrée au Trianon-Concert avec Max, Ah c'que t'es rigolo.
1897 : engagement à l'Eldorado, où elle se produit dix ans en chanteuse comique.
1901 : naissance de son fils naturel Léopold-Marcel-Jean Bourgeois, le 8 juillet, à Montlignon.
1907 : débuts au Moulin-Rouge dans La Revue de la Femme, avec Jacques-Charles.
1909 : création de La Valse chaloupée avec Max Dearly au Moulin-Rouge.
1912 : La Valse renversante avec Maurice Chevalier aux Folies Bergère ; début d'une relation de dix ans.
1914-1918 : missions d'espionnage pour le 2e Bureau, documentées par le témoignage du général Gamelin (1956) ; libération de Chevalier en 1916.
1918 : prise de direction des revues du Casino de Paris, succédant à Gaby Deslys.
1919 : assurance de ses jambes pour 500 000 francs.
1923 : tournée sud-américaine avec la troupe du Ba-Ta-Clan ; vedette du bal d'ouverture du Copacabana Palace à Rio de Janeiro.
1937 : tournage de son premier film parlant, Rigolboche, de Christian-Jaque.
1941 : reprise des activités scéniques à Paris ; blâme de l'épuration à la Libération.
1956 : décès le 5 janvier à Bougival, d'une congestion cérébrale, à 80 ans.
Jeanne Florentine Bourgeois est la fille d'Antoine Bourgeois, travailleur journalier d'origine belge, et de Jeannette Debray, couturière. La famille exerce ensuite le métier de garde-barrière et s'installe à Soisy-sous-Montmorency. Mistinguett ne s'est jamais mariée. Elle a eu un fils naturel, Léopold-Marcel-Jean Bourgeois, né le 8 juillet 1901 à Montlignon, décédé en 1971. Parmi ses relations sentimentales documentées figurent Maurice Chevalier (liaison d'environ dix ans, de 1909 à 1919), Harry Pilcer, Earl Leslie et Jean Gabin, avec lesquels elle partage également la scène. Le roi d'Espagne Alphonse XIII entretient également avec elle des relations suffisamment étroites pour qu'elle puisse obtenir, à titre personnel, la libération de Chevalier en 1916.
Sur le plan des engagements, Mistinguett contribue activement à l'effort de guerre durant la Première Guerre mondiale : elle collecte des renseignements militaires pour le 2e Bureau et participe à des galas de soutien aux soldats. Elle a par ailleurs travaillé étroitement avec l'affichiste Charles Gesmar, à partir de 1916 — il vivait sur son palier et la surnommait « Maman » — jusqu'à sa mort en 1928, à 28 ans. Ses passions documentées incluent l'automobile — une photographie la montre au volant de sa Chrysler à Deauville en 1929 — et la résidence à Montlignon, village où elle achète une maison proche de sa tante matelassière.
Mistinguett décède d'une congestion cérébrale le 5 janvier 1956 au domicile de son frère, à Bougival (Seine-et-Oise), à l'âge de 80 ans. Ses obsèques sont célébrées le 9 janvier 1956 en l'église de la Madeleine, à Paris. Arletty, Fernandel et Tino Rossi assistent à la cérémonie. Le général Gamelin fait consigner dès le lendemain du décès un témoignage écrit sur son rôle d'agent de renseignement durant la Grande Guerre, restant jusqu'alors confidentiel. La DGSE a rendu hommage à ses activités d'espionne à l'occasion du 70e anniversaire de sa mort, en janvier 2026. Aucun représentant du gouvernement ni des services de renseignement n'assiste aux obsèques en 1956.
Mistinguett repose au cimetière nord d'Enghien-les-Bains, sa ville natale. Une plaque commémorative est apposée au 24 du boulevard des Capucines, dans le 9e arrondissement de Paris, immeuble où elle a résidé. La ville d'Enghien-les-Bains lui rend hommage en 2006 lors de festivités comprenant la projection du documentaire Mistinguett : Mon Enghien, produit par Gaumont Pathé Archives. À Montpellier, une allée porte le nom de Jeanne Bourgeois dite Mistinguett.
1 - C'est dans un train à destination de Paris, où elle se rendait pour des leçons de violon auprès de Boussagol, musicien de l'Opéra de Paris, qu'elle rencontre par hasard Saint-Marcel, le responsable de revue qui la fait débuter au Casino de Paris en 1893.
2 - En 1919, elle fait assurer ses jambes pour 500 000 francs — soit l'équivalent d'environ 800 000 euros actuels — une opération d'assurance dont Wikipedia cite le montant précis, repris par la presse de l'époque.
3 - Durant la Première Guerre mondiale, elle opère comme agent du 2e Bureau : le général Gamelin consigne par écrit, au lendemain de sa mort en 1956, qu'elle lui avait transmis des renseignements décisifs sur l'offensive allemande prévue pour l'été 1918, contribuant à la victoire française lors de la seconde bataille de la Marne.
4 - Son pseudonyme n'a jamais été décidé délibérément : il résulte de la déformation phonétique par ses employeurs du nom de l'héroïne de l'opérette Miss Helyett, puis de sa propre décision de supprimer le « e » final pour renforcer le graphisme du nom.
5 - À la Libération, son dossier d'épuration mentionne qu'elle n'a jamais refusé de se produire devant des soldats allemands en permission au Casino de Paris, mais qu'elle a systématiquement refusé toute tournée en Allemagne — contrairement à plusieurs de ses contemporains — et qu'aucune déclaration pronazie ne lui est imputable.
- Métier(s) : chanteuse, actrice, meneuse de revue
- Résidence principale : Enghien-les-Bains (ville natale), Paris (boulevard des Capucines), résidence secondaire à Montlignon
- Relations de couple : Maurice Chevalier (env. 1909-1919), Harry Pilcer, Earl Leslie, Jean Gabin (partenaires scéniques et sentimentaux documentés) ; jamais mariée
- Enfants : Léopold-Marcel-Jean Bourgeois (1901-1971), fils naturel
- Distinctions : blâme du comité national d'épuration (1944) — aucune récompense officielle documentée par deux sources indépendantes