Pierre-Paul Riquet, fermier général des gabelles né à Béziers vers 1609, est le concepteur et bâtisseur français du canal du Midi, voie navigable de 240 kilomètres reliant Toulouse à la Méditerranée, inscrite au patrimoine mondial de l'UNESCO en 1996.
Issu d'une famille de notables biterrois dont le grand-père avait perdu ses titres de noblesse, Pierre-Paul Riquet grandit à Béziers, où il aurait suivi, selon la tradition familiale, les cours du collège jésuite de la ville, l'actuel lycée Henri-IV. Il entre dans l'administration des gabelles en 1634 comme grenetier au grenier à sel de Mirepoix, grimpe rapidement les échelons pour devenir receveur en 1645 puis sous-fermier des gabelles de Mirepoix et Castres en 1647, avant d'être nommé fermier général des gabelles du Languedoc en 1661, charge à laquelle Jean-Baptiste Colbert adjoint celle du Roussillon. Parallèlement à cette carrière fiscale, il accumule une fortune considérable en organisant le transport du sel entre Narbonne et les greniers du Haut-Languedoc, en accordant des prêts à intérêts et en achetant la seigneurie de Bonrepos, près de Verfeil, en 1652, où il fait reconstruire un château de style Louis XIII.
Installé à Revel de 1648 à 1660, Riquet explore la Montagne Noire en compagnie du fontainier Pierre Campmas et conçoit la solution hydraulique inédite qui rend possible le canal : capter les eaux des rivières des deux versants de ce massif et les acheminer jusqu'au seuil de Naurouze, point de partage entre les bassins atlantique et méditerranéen. Le 15 novembre 1662, sur l'instigation de l'archevêque de Toulouse Charles-François d'Anglure de Bourlemont, il soumet son projet à Jean-Baptiste Colbert, en avançant des arguments économiques et stratégiques. Louis XIV émet l'édit de création en octobre 1666 et les travaux débutent au 1er janvier 1667. Riquet s'entoure de collaborateurs compétents : François Andréossy comme cartographe et ingénieur des écluses ; plus tard, Sébastien Le Prestre de Vauban qualifiera l'ouvrage de "merveille de l'Europe". Anobli le 20 novembre 1666, Riquet investit deux millions de livres de sa propre fortune dans un chantier estimé entre 17 et 18 millions de livres, le deuxième du royaume après Versailles.
1609 : naissance probable le 29 juin à Béziers, dans une famille de notables commerçants
1634 : débuts comme grenetier au grenier à sel de Mirepoix
1637 : mariage avec Catherine de Milhau
1647 : nomination comme sous-fermier des gabelles de Mirepoix et Castres
1648 : installation à Revel ; premières études de terrain dans la Montagne Noire
1652 : achat de la seigneurie de Bonrepos, où il aménage des bassins d'expérimentation hydraulique
1661 : nommé fermier général des gabelles du Languedoc puis du Roussillon
1662 : lettre à Colbert le 15 novembre proposant la construction du canal reliant les Deux Mers
1666 : édit royal autorisant les travaux en octobre ; anoblissement par lettre de relief le 20 novembre
1667 : démarrage officiel du chantier au 1er janvier ; début simultané du barrage de Saint-Ferréol
1670 : construction de l'aqueduc de Castries, près de Montpellier, long de près de 7 kilomètres
1671 : chargé de l'aménagement du port de Sète en parallèle du chantier du canal
1675 : installation avec sa famille dans l'hôtel de Frascati à Toulouse
1680 : mort le 1er octobre à Toulouse, à 1,6 kilomètre de l'achèvement du canal
1681 : inauguration du canal par Henri d'Aguesseau le 15 mai, menée à terme par Jean-Mathias de Riquet
Pierre-Paul Riquet naît vers 1609 à Béziers de Guillaume Riquet, notaire, homme d'affaires et membre du Conseil des Trente de la ville, et de Guillemette de Vial. Il épouse Catherine de Milhau vers 1637 ; le couple, installé successivement à Mirepoix puis à Revel à partir de 1648, a sept enfants dont cinq atteignent l'âge adulte : Jean-Mathias (1638-1714), Pierre-Paul fils (1644-1730), Marthe (1648-1736), Catherine (1652-1719) et Anne (1659-1720). En 1675, la famille s'installe définitivement dans l'hôtel de Frascati à Toulouse, sur le terrain de ce qui constitue aujourd'hui le Jardin des Plantes de la ville.
Riquet entretient des relations suivies avec les cercles savants toulousains, notamment la société des Lanternistes qui regroupait les érudits de la ville. Son fils aîné Jean-Mathias de Riquet sert régulièrement d'intermédiaire auprès de Jean-Baptiste Colbert durant les années de chantier. Passionné d'hydraulique, Riquet aménage dans le parc de son château de Bonrepos des bassins d'essai reproduisant à l'échelle réduite le fonctionnement du futur canal, véritable laboratoire de démonstration pour valider ses calculs avant de les soumettre aux commissaires royaux. Affaibli par la goutte et des accès récurrents de fièvres quartes liés au paludisme, il n'en poursuit pas moins le chantier jusqu'à sa mort.
Pierre-Paul Riquet meurt le 1er octobre 1680 dans son hôtel de Frascati à Toulouse, des suites de la goutte et d'un paludisme chronique dont il souffrait depuis plusieurs années. Il décède huit mois avant l'achèvement du canal, à 1,6 kilomètre de l'étang de Thau. Ses deux fils, Jean-Mathias de Riquet et Pierre-Paul de Riquet, prennent la direction des travaux et mènent le chantier à son terme. Le canal est inauguré le 15 mai 1681 par Henri d'Aguesseau, intendant du Languedoc, qui préside la cérémonie. La famille hérite des droits de péage, mais grevée de plus de deux millions de livres de dettes, elle doit vendre la moitié de ses parts pour les rembourser.
Pierre-Paul Riquet est inhumé dans la cathédrale Saint-Étienne de Toulouse, dans un caveau voûté accessible sous une dalle au sol, avec une plaque commémorative apposée sur un pilier. Une statue par Bernard Griffoul-Dorval se dresse en haut des allées Jean-Jaurès à Toulouse ; une seconde, oeuvre de David d'Angers inaugurée en 1838, orne les allées Paul-Riquet à Béziers. Son buste figure dans la salle des Illustres du Capitole de Toulouse. Le domaine de Bonrepos-Riquet, classé monument historique depuis 2008, est ouvert au public.
1 - Pour démontrer la faisabilité du tunnel de Malpas que Colbert hésitait à autoriser, Riquet fit percer en secret une galerie de démonstration sans en référer aux autorités royales, prenant ainsi le risque de voir l'ensemble de son chantier annulé.
2 - Le document de recrutement des ouvriers daté du 8 décembre 1669 stipulait que les travailleurs, payés dix livres par mois, recevraient leur salaire "même ceux qui tomberont malades... comme s'ils travaillaient", disposition sans équivalent en France à l'époque.
3 - Riquet soumit à Louis XIV un projet de canal pour alimenter les jardins de Versailles depuis la Loire. L'abbé Picard réfuta le plan en prouvant, grâce à son nouveau niveau à lunette, que la Loire se trouvait en contrebas du domaine royal.
4 - Autodidacte en hydraulique, Riquet n'était ni ingénieur ni architecte de formation. Il avouait lui-même à Colbert n'avoir pas étudié le latin ni le grec, et conduisit le plus grand chantier civil de son siècle sur la seule base de l'observation de terrain.
5 - Le parc du château de Bonrepos abrite encore aujourd'hui les vestiges des bassins d'expérimentation que Riquet fit creuser vers 1652 pour simuler le captage des eaux de la Montagne Noire et valider son système d'alimentation du canal avant toute approbation royale.
- Métier(s) : fermier général des gabelles, entrepreneur et concepteur de canal
- Résidence principale : Toulouse (hôtel de Frascati, à partir de 1675)
- Relations de couple : Catherine de Milhau (épouse, vers 1637)
- Enfants : Jean-Mathias (1638), Pierre-Paul fils (1644), Marthe (1648), Catherine (1652), Anne (1659)
- Distinctions : anoblissement par lettre de relief de dérogeance (20 novembre 1666) ; maintenu noble en 1670 ; canal du Midi inscrit au patrimoine mondial de l'UNESCO (1996)
26 voies portent son nom en France.
Source : fichier officiel des rues de France (TOPO), mai 2026.
Voir le top des personnalités avec le plus de voies à leur nom en France
« Les eaux de la Montagne-Noire sont unies, et la rigolle finie. »
— Lettre de Pierre-Paul Riquet à Jean-Baptiste Colbert, 10 août 1665, Bonrepos (Correspondance administrative sous le règne de Louis XIV, Imprimerie nationale, 1855, p. 23)
« Je vous écris de ce village sur le sujet d'un canal qui pourrait se faire en Languedoc, pour la communication des deux mers. »
— Lettre de Pierre-Paul Riquet à Jean-Baptiste Colbert, 15 novembre 1662 (Archives du canal du Midi)
« N'est-il pas juste que je réponde à la grande confiance qu'il vous a plu d'avoir en moi, et que je fasse sous le règne du plus parfait et du plus grand Roi qui ait jamais été dans le monde, le plus grand ouvrage qui ait jamais été imaginé ? »
— Lettre de Pierre-Paul Riquet à Jean-Baptiste Colbert, 13 juin 1668 (Archives du canal du Midi, liasse 21, pièce 9)