Alexandra David-Néel, exploratrice et tibétologue franco-belge (1868-1969), est la première femme occidentale à avoir atteint Lhassa, capitale du Tibet interdit, en 1924. Orientaliste, ancienne chanteuse d'opéra et journaliste anarchiste, elle est l'auteure de plus de trente ouvrages sur le bouddhisme et ses périples asiatiques.
Née Louise Eugénie Alexandrine Marie David le 24 octobre 1868 à Saint-Mandé, Alexandra David-Néel est la fille unique de Louis Pierre David, instituteur de souche huguenote, franc-maçon républicain et journaliste, ami proche du géographe anarchiste Élisée Reclus. Sa mère, Alexandrine Borghmans, est une catholique belge d'origine scandinave et sibérienne. La famille s'installe en Belgique en 1873. Sur l'incitation de son père, Alexandra entre au Conservatoire royal de Bruxelles, où elle étudie le piano et le chant. Elle s'inscrit parallèlement comme auditrice libre à l'École pratique des hautes études à Paris. Sa vocation d'orientaliste naît, selon son biographe Jean Chalon, lors de sa première visite au musée Guimet, peu après l'inauguration de celui-ci en 1889. De 1895 à 1904, elle mène une carrière lyrique sous le pseudonyme d'Alexandra Myrial, interprétant notamment le rôle-titre de Mireille de Charles Gounod (1898) en Indochine, en Grèce et en Tunisie.
En 1904, Alexandra David-Néel épouse à Tunis Philippe Néel de Saint-Sauveur, ingénieur des chemins de fer tunisiens qui avait facilité sa nomination comme directrice artistique d'un casino local. Dès 1911, elle part seule pour un séjour asiatique prévu de dix-huit mois, sans imaginer qu'il durerait quatorze ans. Installée à Calcutta pour étudier le sanskrit, elle entreprend un long périple : Sikkim, Népal, Japon, Corée, Chine, Mongolie. En avril 1912, elle rencontre au Bhoutan le 13e dalaï-lama Thubten Gyatso en exil, puis au Sikkim le prince héritier Sidkéong Tulku Namgyal, qui lui enseigne le tibétain. En 1914, elle fait la connaissance du jeune lama Aphur Yongden, qui deviendra son fils adoptif et compagnon de voyage. De 1918 à 1920, le duo séjourne au monastère de Kumbum en Chine, où ils traduisent des textes bouddhiques. Le 28 janvier 1924, déguisée en mendiante tibétaine, Alexandra David-Néel entre à Lhassa avec Yongden après quatre mois de marche à travers des cols dépassant cinq mille mètres d'altitude.
1868 : naissance le 24 octobre à Saint-Mandé (Seine)
1871 : son père Louis David l'emmène au cimetière du Père-Lachaise pour lui faire voir les suites des exécutions des communards
1889 : première visite au musée Guimet à Paris ; naissance de la vocation d'orientaliste
1891 : premier voyage en Inde, financé par un héritage d'Élisabeth Morgan, amie théosophe
1904 : mariage avec Philippe Néel de Saint-Sauveur à Tunis, le 4 août
1911 : départ pour l'Asie, début d'une absence de quatorze ans
1912 : rencontre du 13e dalaï-lama Thubten Gyatso en exil au Bhoutan (15 avril) et du prince Sidkéong Tulku Namgyal au Sikkim
1914 : rencontre du lama Aphur Yongden au Sikkim
1924 : entrée à Lhassa le 28 janvier, déguisée en mendiante tibétaine
1925 : retour en France ; Grande Médaille d'Or de la Société de Géographie
1927 : publication de Voyage d'une Parisienne à Lhassa ; décoration de la Légion d'honneur
1928 : installation à la villa Samten Dzong à Digne-les-Bains
1937 : retour en Asie ; séjour en Chine jusqu'en 1946
1955 : décès d'Aphur Yongden des suites d'une urémie
1969 : décès le 8 septembre à Digne-les-Bains, à 100 ans
Fille unique de Louis Pierre David, instituteur républicain de souche huguenote, et d'Alexandrine Borghmans, catholique belge, Alexandra David-Néel grandit entre deux cultures et deux religions contradictoires. Elle fréquenta deux pensionnats successifs, l'un calviniste, l'autre catholique, avant d'intégrer le Conservatoire royal de Bruxelles. Elle se maria le 4 août 1904 à Tunis avec Philippe Néel de Saint-Sauveur, ingénieur des chemins de fer, dont elle resta longtemps séparée pour ses voyages. Leur correspondance, publiée en 2000 aux éditions Plon sous le titre Correspondance avec son mari, 1904-1941, couvre trente-sept ans d'échanges. Elle adopta officiellement en 1929 le lama Aphur Yongden, son compagnon de route depuis 1914.
Installée à Digne-les-Bains en 1928, Alexandra David-Néel y aménagea la villa Samten Dzong, premier ermitage lamaïste créé sur le sol français. À partir de 1959, Marie-Madeleine Peyronnet assuma les fonctions de secrétaire et compagne jusqu'à la mort de l'exploratrice. David-Néel s'engagea dans des combats féministes et anarchistes, publiant de 1893 à 1899 des articles sous le pseudonyme Mitra dans diverses revues. Son oeuvre influença les écrivains Beat américains Jack Kerouac et Allen Ginsberg, ainsi que les philosophes Alan Watts et Ram Dass, qui diffusèrent sa vision du bouddhisme dans le monde anglophone.
Alexandra David-Néel mourut le 8 septembre 1969 à son domicile, la villa Samten Dzong à Digne-les-Bains, quelques semaines avant son cent et unième anniversaire. Aucune cause médicale précise ne fut rendue publique par sa famille ou son entourage. Sa secrétaire et compagne Marie-Madeleine Peyronnet se trouvait à ses côtés. L'exploratrice avait encore sollicité, peu de temps auparavant, le renouvellement de son passeport auprès du préfet des Basses-Alpes, en vue d'un ultime voyage en Asie. En 1973, Marie-Madeleine Peyronnet transporta les cendres d'Alexandra David-Néel à Bénarès (Varanasi), en Inde, où elles furent dispersées dans le Gange avec celles de son fils adoptif Aphur Yongden, conformément au voeu des deux défunts.
La villa Samten Dzong à Digne-les-Bains, aménagée par Alexandra David-Néel en 1928, est devenue la Maison Alexandra David-Néel, gérée par la Fondation Alexandra David-Néel et la Ville de Digne-les-Bains. Elle abrite ses archives, ses collections d'objets rapportés d'Asie et ses photographies. Alexandra David-Néel ne repose dans aucun cimetière : ses cendres et celles d'Aphur Yongden furent dispersées dans le Gange à Bénarès en 1973.
1 - Démasquée à Lhassa non pas en raison de son apparence étrangère, mais parce qu'elle se rendait chaque matin à la rivière pour se laver, habitude jugée incompatible avec le statut de mendiante tibétaine. C'est le gouverneur Tsarong Shapé qui la fit reconduire hors du Tibet.
2 - À la veille de son centième anniversaire, Alexandra David-Néel sollicita le renouvellement de son passeport auprès du préfet des Basses-Alpes, avec l'intention déclarée d'entreprendre un nouveau voyage en Asie. Elle mourut le 8 septembre 1969 avant d'avoir pu partir.
3 - En 1871, son père Louis David, républicain révolté par les exécutions de la Commune, l'emmena au cimetière du Père-Lachaise alors qu'elle avait deux ans, afin qu'elle voie et n'oublie jamais la violence politique. La scène marqua durablement sa conscience.
4 - Sous le pseudonyme d'Alexandra Myrial, elle chanta Mireille de Charles Gounod et la Violetta de La Traviata de Verdi en Indochine, en Grèce et en Tunisie de 1895 à 1904 - une carrière lyrique au service de ses projets d'études orientales.
5 - Son voyage asiatique de 1911, prévu pour dix-huit mois, s'étira sur quatorze années. Elle ne rentra en France qu'en 1925, après avoir traversé le Sikkim, le Népal, le Japon, la Corée, la Chine, la Mongolie et le Tibet.
- Métier(s) : exploratrice, orientaliste, tibétologue, chanteuse d'opéra, écrivaine, journaliste
- Résidence principale : Digne-les-Bains (villa Samten Dzong) à partir de 1928
- Relations de couple : Philippe Néel de Saint-Sauveur (mariage le 4 août 1904 ; décédé en 1941)
- Enfants : aucun enfant biologique ; fils adoptif Aphur Yongden (adoption officielle 1929, décédé 1955)
- Distinctions : Grande Médaille d'Or de la Société de Géographie (1925), Commandeur de la Légion d'honneur (1927)
59 voies portent son nom en France.
Source : fichier officiel des rues de France (TOPO), mai 2026.
Je suis arrivée à Lhassa réduite à l'état de squelette.
— Lettre à Philippe Néel, janvier 1924, in Correspondance avec son mari, 1904-1941, Plon, 2000
C'est une des gloires du bouddhisme qu'il fait toujours appel à la raison et à la science et non à la foi aveugle ou à l'autorité.
— Le Bouddhisme du Bouddha, Adyar, 1930