Arnold Turboust, auteur-compositeur-interprète né en 1959 dans le Calvados, est l'une des figures discrètes mais déterminantes de la pop française des années 1980 : claviériste de Marquis de Sade, architecte sonore d'Etienne Daho pendant plus de quinze ans, compositeur d'Adélaïde, il a traversé quatre décennies de musique en cultivant une indépendance artistique que la notoriété n'a jamais vraiment entamée - ni vraiment cherché à entamer.
Arnold Turboust naît le 14 mai 1959 à Saint-Sever-Calvados. Son père, boucher, collectionne les instruments et lui fait prendre des cours de piano dès sept ans. Sa mère a étudié le violon. L'enfance se passe dans le village, le collège, puis les lycées de Vire et de Saint-Lô, où la new wave anglaise le fait troquer son piano contre un synthé. Après le bac, cap sur une prépa école de commerce au Havre - il voulait travailler dans la publicité, "trouver les idées, les angles, les musiques". Un coup de téléphone de son ami de lycée Eric Morinière, batteur de Marquis de Sade, change tout : le groupe enregistre son premier album à Rennes et a besoin d'un clavier. Turboust fait le déplacement. "A partir du moment où je me suis retrouvé en studio avec eux, j'ai su que j'allais consacrer ma vie à la musique. Toute marche arrière était impossible" (Bretagne Actuelle, juin 2023). Ses parents ne partagent pas l'enthousiasme. Il s'inscrit en BTS à Nantes pour leur faire plaisir, y reste deux mois, y rencontre Pierre Corneau - "assis à côté de moi et se demandant ce qu'il faisait là aussi" - et fonde avec lui le groupe cold wave Private Jokes. Quand le bassiste part et qu'aucun label parisien ne veut d'un groupe chantant en anglais depuis Nantes, Turboust rejoint Octobre, né sur les cendres de Marquis de Sade, pour l'album Next Year in Asia (1982) avec Frank Darcel.
C'est dans cet entourage qu'il rencontre vraiment Etienne Daho - il ne participe pas à son premier album. Une démo, Le Grand Sommeil, convainc Daho de l'associer à sa carrière. Commence alors une collaboration qui structure la pop française pendant quinze ans : La Notte, La Notte (1984), Tombé pour la France (1985), Pop Satori (1986) dont il signe cinq titres dont Epaule Tattoo, Mon manège à moi (1993) et Eden (1996), que Turboust considère avec une satisfaction particulière : "Aujourd'hui, tout le monde me parle d'Eden et me dit que c'est formidable" (Monaco Hebdo, 2023). En parallèle, sans l'avoir prémédité, il devient interprète. Adélaïde, duo enregistré en 1986 avec l'actrice Zabou Breitman sur un texte de Benjamin Minimum, était une chanson destinée à Daho qui n'en voulait pas. Turboust pose sa voix sur la démo faute d'interprète. Ni lui ni le label n'y croient. Le titre se classe 23e au Top 50, son remix tient plusieurs semaines numéro un en discothèque. "Ce tube a été une chance. Il a tout changé. Je n'avais jamais chanté de ma vie. Personne ne voulait de cette chanson" (Monaco Hebdo, 2023). Le succès lui vaut un premier album, Let's Go à Goa (1988), produit par Rico Conning, l'un des producteurs de Depeche Mode. En 1997, il reprend avec Daho le rôle du coq dans la nouvelle version d'Emilie Jolie de Philippe Chatel - rôle tenu à l'origine par Alain Souchon.
Sa carrière solo s'étend sur six albums en trente-cinq ans, rythme qu'il assume sans fausse pudeur : "Je suis un peu long en fait" (Bretagne Actuelle, juin 2023). Après Mes amis et moi (1994), une longue interruption suit le décès de son collaborateur et ami Jack Bally en septembre 2001. "Avec lui, j'ai perdu mon compagnon de route. J'ai été un peu découragé et un peu dégoûté" (Monaco Hebdo, 2023). Toute sortie est définitive paraît en 2007, salué par Les Inrocks, Libération et Télérama. Démodé suit en 2010, l'album homonyme en 2016 - récompensé par le Grand Prix de l'UNAC en 2019. Sur la photo (2023), sixième album, est enregistré en grande partie chez lui, par échanges de fichiers avec Rico Conning depuis la Californie, le Covid ayant rendu impossible leurs retrouvailles habituelles en studio. Entre deux albums, il écrit pour Sylvie Vartan, Brigitte Fontaine, Jacno, Barbara Carlotti, compose pour la télévision et des séries animées comme Drôles de petites bêtes, et signe la bande originale de Bécassine et le Trésor Viking (2001). Françoise Sagan a écrit de lui : "Il y a chez Arnold Turboust quelque chose de la fluidité de Trenet, du détachement de Gainsbourg, une sorte d'indulgence tendre pour autrui, exigeante pour lui-même ; un humour sans cynisme et une diversité musicale des plus plaisants."
Arnold Turboust parle peu de lui. Ce qu'on sait vient surtout de ce qu'il laisse filtrer par ses chansons et quelques interviews accordées avec parcimonie. Il est né dans une famille où la musique était présente avant d'être un projet : son père boucher collectionnait les instruments, sa mère avait étudié le violon. La famille est originaire de Falaise - "avec tout ce que ça comporte, notamment les commémorations de Guillaume le Conquérant. Petit, je me souviens très bien de son millénaire en 1966" (Bretagne Actuelle, juin 2023). Son père aimait aussi le cinéma, Belmondo en particulier - une affection qui a trouvé sa place dans une chanson de Sur la photo. Sa compagne Tess, chanteuse avec qui il travaille depuis 1989 et qui a collaboré avec Etienne Daho, a signé la photo de pochette de Sur la photo et y chante sur le titre La Vérité augmentée. "C'est ma compagne. J'aimais bien sa voix", dit-il (Suississimo, 2019). Il se décrit volontiers comme timide, peu à l'aise à se mettre en avant, davantage à sa place derrière une console qu'une rampe de projecteurs : "Je me vois plus en studio derrière mon piano à trouver les meilleures formules" (Bretagne Actuelle, juin 2023). Il assume sans détour la réalité économique du métier - "aujourd'hui, c'est un peu compliqué de ne vivre que de musique et de droits d'auteur" - tout en revendiquant la liberté que cette discrétion lui laisse : "J'ai cette chance de pouvoir me produire quand je veux" (Bretagne Actuelle, juin 2023).
Vice-président du conseil d'administration de la SACEM (catégorie Compositeur), il garde des liens avec Frank Darcel et quelques figures de la scène rennaise des années 1980, même s'il n'est "jamais vraiment retourné" à Rennes ni à Nantes. Il utilise Shazam pour découvrir de la nouvelle musique et suit les charts avec le même plaisir qu'adolescent.
Né à Saint-Sever-Calvados, Arnold Turboust passe son enfance dans le village, fréquente le lycée Curie à Vire puis le lycée Le Verrier à Saint-Lô avant un bref passage à Nantes et une installation à Rennes au début des années 1980. Paris est sa base principale depuis lors. La Normandie reste une référence affective forte : les balades familiales dominicales vers Port-Bail-sur-Mer, face à Jersey, ont donné sa pochette à Sur la photo. Il exprime un attachement particulier à la Méditerranée, au Lavandou notamment, et a enregistré un album à Rio de Janeiro.
C'est ma compagne. J'aimais bien sa voix.
— Suississimo, 2019
J'aime beaucoup le côté du Lavandou. J'aime beaucoup.
— Monaco Hebdo, 2023
Dans les années 1980, tout était possible. Avec une forme de candeur.
— Monaco Hebdo, 2023
Avec Sur la photo, je me suis réapproprié cette musique et cet univers qui est le mien.
— Monaco Hebdo, 2023
La musique est venue me chercher. La musique a eu pitié de moi, puisque je faisais dix heures de maths par semaine, et que je m'ennuyais fortement au Havre.
— Monaco Hebdo, 2023
C'est ma compagne. J'aimais bien sa voix.
— Suississimo, 2019
J'aime beaucoup le côté du Lavandou. J'aime beaucoup.
— Monaco Hebdo, 2023
Dans les années 1980, tout était possible. Avec une forme de candeur.
— Monaco Hebdo, 2023
Avec Sur la photo, je me suis réapproprié cette musique et cet univers qui est le mien.
— Monaco Hebdo, 2023
La musique est venue me chercher. La musique a eu pitié de moi, puisque je faisais dix heures de maths par semaine, et que je m'ennuyais fortement au Havre.
— Monaco Hebdo, 2023