Sculptrice française née le 8 décembre 1864 à Fère-en-Tardenois (Aisne), Camille Claudel a produit, en vingt-sept ans, quelque quatre-vingt-dix sculptures en bronze et marbre. Associée à Auguste Rodin, elle est aussi connue pour l'internement forcé de trente ans que lui a imposé sa famille en 1913.
Aînée des trois enfants de Louis-Prosper Claudel, fonctionnaire de l'enregistrement, Camille Claudel manifeste dès l'enfance un don pour la sculpture, modèlant la glaise avec une aisance qui surprend son entourage. À douze ans, installée à Nogent-sur-Seine, elle reçoit les premiers conseils du sculpteur Alfred Boucher, qui la remarque et encourage son père à la conduire à Paris. En 1881, la famille s'installe dans la capitale afin de lui permettre de se former à l'Académie Colarossi, l'un des rares établissements parisiens alors accessibles aux femmes. C'est là qu'elle noue une amitié durable avec la sculptrice britannique Jessie Lipscomb. En 1883, Alfred Boucher, sur le départ pour Florence, confie ses élèves à Auguste Rodin, qui travaille alors à La Porte de l'Enfer. Camille Claudel entre dans l'atelier de Rodin en 1884, d'abord comme praticienne, exécutant les mains et les pieds des compositions monumentales du maître.
La collaboration entre Camille Claudel et Auguste Rodin évolue rapidement vers une relation artistique et sentimentale intense, qui dure environ quinze ans. Claudel produit ses propres oeuvres en parallèle : le groupe Sakountala, inspiré du drame du poète indien Kalidasa, obtient une mention honorable au Salon des artistes français en 1888. Au début des années 1890, son oeuvre atteint une pleine maturité : La Valse (1893), deux figures enlacées en mouvement, et L'Age Mûr (1899), composition autobiographique évoquant la rupture avec Rodin et la présence de Rose Beuret, comptent parmi ses oeuvres les plus abouties. Après une rupture définitive avec Rodin en 1898, Claudel s'installe quai de Bourbon à Paris. Le galeriste Eugène Blot lui consacre une exposition en décembre 1905 aux côtés du sculpteur allemand Bernhard Hoetger, seul artiste avec qui elle partage une exposition personnelle de son vivant. Après 1905, convaincue d'être victime d'un complot ourdi par Rodin, elle s'isole et détruit plusieurs de ses oeuvres.
L'internement psychiatrique de Camille Claudel constitue la controverse la plus documentée de son parcours. Le 2 mars 1913, son père Louis-Prosper Claudel décède. Dix jours plus tard, le 10 mars 1913, Claudel est internée à l'asile de Ville-Évrard (Seine-Saint-Denis) à la demande de sa mère Louise-Athanaïse Cerveaux Claudel et de son frère Paul Claudel, sur la base d'un certificat du médecin de famille, le docteur Michaux, diagnostiquant une démence paranoïde. La famille obtient la restriction de sa correspondance et le contrôle de ses visites. Des médecins de l'établissement recommandent à plusieurs reprises, au cours des années 1920, une libération jugée possible ; la famille s'y oppose systématiquement. La presse française dénonce à l'époque le maintien en internement d'une artiste dont l'état ne paraît pas justifier une telle mesure. Transférée en septembre 1914 à l'asile de Montdevergues à Montfavet (Vaucluse), Claudel n'en sort jamais. En 1929, la sculptrice Jessie Lipscomb, amie de jeunesse, visite Claudel et déclare publiquement qu'elle ne la juge pas aliénée.
1864 : naissance le 8 décembre à Fère-en-Tardenois (Aisne)
1876 : installation à Nogent-sur-Seine ; premiers cours avec Alfred Boucher
1881 : installation de la famille à Paris ; entrée à l'Académie Colarossi
1883 : rencontre avec Auguste Rodin après le départ d'Alfred Boucher pour Florence
1884 : entrée dans l'atelier de Rodin en qualité de praticienne
1886 : séjour en Angleterre chez la famille Lipscomb à Frome (Somerset)
1888 : Sakountala obtient une mention honorable au Salon des artistes français
1892 : fin de la relation intime avec Rodin ; rupture progressive
1893 : présentation de La Valse au Salon de la Société nationale des beaux-arts
1898 : rupture définitive avec Rodin ; installation quai de Bourbon, Paris
1899 : création de L'Age Mûr
1905 : exposition personnelle à la galerie Eugène Blot, avec Bernhard Hoetger
1913 : internement à l'asile de Ville-Évrard (Seine-Saint-Denis), le 10 mars
1914 : transfert à l'asile de Montdevergues, Montfavet (Vaucluse)
1943 : décès le 19 octobre à Montdevergues
Camille Claudel est l'aînée des enfants de Louis-Prosper Claudel, fonctionnaire de l'enregistrement à Fère-en-Tardenois, et de Louise-Athanaïse Cerveaux. Son frère cadet Paul Claudel (1868-1955), né à Villeneuve-sur-Fère, devient poète, dramaturge et diplomate. Sa soeur cadette se prénomme Louise. Claudel n'est pas mariée et n'a pas eu d'enfants déclarés publiquement. Son père constitue son principal soutien affectif et financier jusqu'à sa mort en mars 1913. Elle entretient une amitié durable avec Jessie Lipscomb, rencontrée à l'Académie Colarossi, et une liaison avec Auguste Rodin d'environ 1884 à 1898. Une relation entre Camille Claudel et le compositeur Claude Debussy, vers 1889-1890, est mentionnée dans plusieurs biographies sans être établie formellement par des archives primaires.
Le critique d'art Octave Mirbeau est parmi les premiers à saluer publiquement son oeuvre, en 1895, dans la presse française. Le journaliste Mathias Morhardt lui consacre un article dans Le Mercure de France en 1898. Sa petite-nièce Reine-Marie Paris a établi le catalogue raisonné de l'oeuvre sculpté. Ses archives et lettres sont conservées à la Bibliothèque Marguerite Durand à Paris et au Musée Camille Claudel de Nogent-sur-Seine, inauguré le 26 mars 2017. En septembre 2026, ce musée présente une exposition temporaire réunissant Claudel et le sculpteur allemand Bernhard Hoetger, recréant l'exposition commune de 1905.
Camille Claudel meurt le 19 octobre 1943 à 2 heures du matin à l'asile de Montdevergues, à Montfavet (Vaucluse), d'un ictus apoplectique survenu dans un contexte de malnutrition sévère. Deux mois avant le décès, le directeur de l'établissement avait signalé à Paul Claudel que 800 patients sur 2 000 mouraient de faim. Aucun membre de la famille ne se rend aux funérailles. Le corps n'est pas réclamé par la famille. L'oeuvre est redécouverte à partir de 1951, lors d'une rétrospective organisée par Paul Claudel au Musée Rodin à Paris. En 1988, le film Camille Claudel, réalisé par Bruno Nuytten avec Isabelle Adjani et Gérard Depardieu, contribue à une large redécouverte de son parcours.
Camille Claudel est inhumée dans le carré des aliénés du cimetière de Montfavet, près d'Avignon - ses restes ont ensuite été transférés à l'ossuaire. Un mémorial en section 14 du cimetière perpétue sa mémoire sur place. Le Musée Camille Claudel, ouvert le 26 mars 2017 à Nogent-sur-Seine (Aube), abrite la plus importante collection mondiale de ses oeuvres.
1 - Les premières sculptures de Camille Claudel, modelées dès l'enfance à Nogent-sur-Seine, étaient cuites dans le four de cuisine de la maison familiale, faute d'accès à un four de sculpteur. Cette pratique artisanale n'a pas empêché Alfred Boucher de déceler son talent dès ses douze ans.
2 - Auguste Rodin a déclaré que le buste de lui sculpté par Camille Claudel en 1888 était son portrait préféré, le seul qu'il jugeait fidèle à sa propre image. L'oeuvre est conservée au Musée Rodin à Paris.
3 - Claude Debussy a conservé un exemplaire de La Valse dans son atelier jusqu'à sa mort en 1918. Les deux artistes avaient découvert ensemble l'art japonais à l'Exposition universelle de Paris en 1889, contribuant à leur goût commun pour l'esthétique japonisante.
4 - Lors de la présentation de L'Age Mûr en 1899, Auguste Rodin réagit par un choc et retire brusquement tout soutien financier à Claudel : la composition le représentait sous les traits d'un homme mûr arraché par une vieille femme à une jeune suppliante.
5 - Selon le catalogue raisonné établi par Reine-Marie Paris, petite-nièce de Camille Claudel, l'artiste a réalisé 67 sculptures distinctes - 110 en comptant les variantes -, en vingt-sept ans de création active, entre 1879 et 1906.
6 - L'exposition de décembre 1905 à la galerie Eugène Blot, réunissant Camille Claudel et Bernhard Hoetger, est la seule exposition personnelle qu'elle partage avec un confrère de son vivant ; elle y présente douze bronzes.
- Métier(s) : sculptrice
- Résidence principale : Paris (quai de Bourbon, île Saint-Louis)
- Relations de couple : Auguste Rodin (relation ~1884-1898)
- Enfants : aucun documenté
- Distinctions : mention honorable au Salon des artistes français (1888)
339 voies portent son nom en France.
Source : fichier officiel des rues de France (TOPO), mai 2026.
Je vis dans un monde si curieux, si étrange. Du rêve que fut ma vie, ceci est le cauchemar.
— Lettre à Eugène Blot, 1935
Il y a toujours quelque chose d'absent qui me tourmente.
Un roman, même une épopée, il faudrait bien Homère pour la raconter. Je vis dans un monde si curieux, si étrange... Du rêve que fut ma vie, ceci est le cauchemar.
Mon grand désir, mon idéal est de mettre dans les formes que je tire de la pâte, une idée ! L'idée ne suffit pas ; je veux l'habiller de pourpre et la couronner d'or.