Marie Tussaud, née Marie Grosholtz, est une sculptrice française née le 1er décembre 1761 à Strasbourg et morte le 16 avril 1850 à Londres. Modeleuse de cire passée de la cour de Versailles aux masques mortuaires de la Révolution, elle a fondé en 1835 le musée Madame Tussauds.
Marie Grosholtz est initiée très tôt à la sculpture par Philippe Curtius, médecin et modeleur de cire suisse chez qui sa mère est employée de maison à Berne, puis à Paris à partir de 1767. À l'atelier du Palais-Royal puis du Boulevard du Temple, elle observe Curtius mouler les figures de Madame du Barry, favorite de Louis XV, et ouvrir en 1782 sa Caverne des Grands Voleurs, ancêtre direct de sa future Chambre des horreurs. Sa première œuvre attestée date de 1777 : un buste de Voltaire, suivi en 1778 par ceux de Jean-Jacques Rousseau et de Benjamin Franklin. Selon ses mémoires romancées, elle aurait été appelée à Versailles dès 1780 pour enseigner les arts à Madame Élisabeth, sœur de Louis XVI, et y aurait vécu plusieurs années avant de regagner Paris en 1789.
La Révolution française bouleverse sa pratique. Soupçonnée de sympathies royalistes, elle est emprisonnée à La Force, où elle aurait partagé une cellule avec Joséphine de Beauharnais, et n'échappe à la guillotine, après que sa tête a été rasée, que grâce à l'intervention du peintre Jacques-Louis David et de Jean-Marie Collot d'Herbois. Employée par la Convention, elle réalise alors les masques mortuaires de Louis XVI, Marie-Antoinette, Robespierre, Jean-Paul Marat tué par Charlotte Corday, et de la princesse de Lamballe. Héritière en 1794 de la collection de Curtius, elle quitte la France en 1802 pour la Grande-Bretagne avec son fils aîné Joseph, à l'invitation du fantasmagore Paul Philidor, et y développe pendant trente-trois ans une exposition itinérante avant de s'installer à Londres.
1761 : naissance de Marie Grosholtz à Strasbourg, deux mois après la mort de son père.
1767 : installation à Paris auprès de Philippe Curtius, son mentor.
1777 : réalisation de sa première figure de cire, le portrait de Voltaire.
1780 : selon ses mémoires, début de son service auprès de Madame Élisabeth à Versailles.
1789 : retour à Paris au moment de la prise de la Bastille.
1793 : emprisonnement à La Force, condamnation puis grâce.
1794 : Philippe Curtius meurt et lui lègue toute sa collection.
28 octobre 1795 : mariage à Paris avec François Tussaud, ingénieur civil originaire de Mâcon.
1802 : départ pour la Grande-Bretagne avec son fils Joseph et la collection.
1822 : son second fils François la rejoint à Londres.
1835 : ouverture de l'exposition permanente au Baker Street Bazaar, à Londres.
1838 : publication de ses mémoires, rédigées avec F. Hervé.
1842 : réalisation de son autoportrait en cire, toujours exposé à l'entrée du musée.
16 avril 1850 : mort à Londres, dans sa demeure de Baker Street.
1884 : son petit-fils Joseph Tussaud transfère le musée sur Marylebone Road.
Marie Grosholtz naît à Strasbourg dans une famille marquée par la guerre et l'exécution. Son père, Joseph Grosholtz, soldat originaire de Francfort issu d'une lignée d'aide-exécuteurs strasbourgeois, meurt durant la guerre de Sept Ans, deux mois avant sa naissance. Sa mère, Anne-Marie Walder, devient femme de ménage à Berne puis à Paris chez Philippe Curtius, médecin et sculpteur que Marie appelle son oncle et qui l'élève comme une nièce. Le 28 octobre 1795, à Paris, elle épouse François Tussaud, ingénieur civil originaire de Mâcon. Le couple a trois enfants : une fille mort-née, puis Joseph en 1798 et François vers 1800. Elle ne reverra jamais son mari après son départ pour Londres en 1802.
Sa vie publique se confond avec son métier. À Versailles, son entourage compte Madame Élisabeth, Louis XVI et Marie-Antoinette ; à Paris, elle côtoie chez Curtius des révolutionnaires comme Maximilien de Robespierre et Jean-Paul Marat. Installée à Londres, elle reçoit dans son musée le duc de Wellington, qui aime contempler son effigie aux côtés de celle de Napoléon Bonaparte, et réalise en 1838 le portrait de la reine Victoria à l'occasion de son couronnement. Elle se passionne pour les reliques historiques, achetant à la famille du bourreau Sanson une lame de la guillotine qu'elle expose dans sa Chambre des horreurs.
Marie Tussaud meurt le 16 avril 1850 dans sa demeure du 58 Baker Street, à Londres, à l'âge de 88 ans. Son acte de décès, signé deux jours plus tard, ne mentionne que la formule « old age certified » comme cause officielle. Selon ses fils, présents à son chevet, elle s'est éteinte dans son sommeil après une maladie de cinq jours. Une étude du Lancet Respiratory Medicine publiée en 2016 a avancé l'hypothèse d'une pneumonie compliquant une affection cardiorespiratoire chronique. Ses dernières paroles, rapportées par ses enfants, furent une exhortation à Joseph et François à ne jamais se quereller. Ses obsèques sont célébrées dans la chapelle catholique de Fulham Road, où reposaient de nombreux exilés français.
Sa dépouille, d'abord inhumée dans la chapelle catholique de Fulham Road, est ensuite transférée à l'église Saint Mary de Cadogan Street, à Londres, où une plaque mortuaire à son nom est apposée sur le côté droit de la nef. Son autoportrait en cire de 1842 reste exposé à l'entrée du musée Madame Tussauds, sur Marylebone Road.
1 - Selon ses mémoires, sa tête fut rasée en vue de son exécution avant qu'elle ne soit graciée à la dernière minute, sur intervention conjointe du peintre Jacques-Louis David et du conventionnel Jean-Marie Collot d'Herbois.
2 - Lors d'une séance de pose, Napoléon Bonaparte aurait répondu à Marie Tussaud, qui le rassurait sur l'innocuité du moulage, qu'il ne s'alarmerait pas davantage si sa tête était entourée de pistolets chargés.
3 - À l'origine, aucune figure de Jack l'Éventreur ne figurait dans la Chambre des horreurs : Marie Tussaud refusait de modeler une personne dont le visage était inconnu, et le tueur n'y fut représenté que sous la forme d'une ombre jusqu'en 2022.
4 - Dans ses mémoires de 1838, elle inventa à son père Joseph Grosholtz une origine distinguée pour masquer son ascendance réelle, une lignée d'aide-exécuteurs strasbourgeois frappée d'infamie sociale.
5 - À son départ pour Londres en 1802, son associé Paul Philidor, pionnier des spectacles de fantasmagorie à la lanterne magique, lui avait fait signer un contrat qui le rémunérait à hauteur de la moitié de ses recettes, pendant que son mari François Tussaud dilapidait à Paris la collection restée en France.
- Métier(s) : sculptrice de cire, fondatrice et exploitante de musée
- Résidence principale : Londres, Baker Street, à partir de 1835
- Relations de couple : François Tussaud, ingénieur civil, mariage le 28 octobre 1795 à Paris, séparation de fait en 1802
- Enfants : une fille mort-née, Joseph (1798) et François (vers 1800)
- Distinctions : portraitiste officielle de la reine Victoria pour son couronnement de 1838 ; autoportrait de 1842 conservé à l'entrée du musée Madame Tussauds