Charlotte Corday, née Marie Anne Charlotte de Corday d'Armont, est une personnalité française de la Révolution française, connue pour avoir poignardé le député montagnard Jean-Paul Marat le 13 juillet 1793. Descendante du dramaturge Pierre Corneille, elle est guillotinée quatre jours après son acte, à vingt-quatre ans.
Troisième des cinq enfants d'une famille de petite noblesse normande désargentée, Charlotte Corday grandit près de Vimoutiers, dans l'Orne. Après la mort de sa mère en 1782, elle est admise avec sa soeur cadette à l'abbaye aux Dames de Caen, pensionnat réservé aux filles de la noblesse provinciale. Elle y reçoit une instruction soignée et découvre les écrits de Plutarque, de Jean-Jacques Rousseau, de Voltaire et de Montesquieu, qui nourrissent une conscience politique précoce. En 1790, la dissolution des congrégations religieuses la contraint à quitter l'abbaye. Elle s'installe alors chez sa tante, Madame de Bretteville-Gouville, rue des Carmes à Caen. Acquise aux idées constitutionnelles, elle se distingue dans un entourage familial largement royaliste. En juin 1793, après l'insurrection des 31 mai et 2 juin contre la Convention, plusieurs députés girondins proscrits, dont François Buzot, Charles Barbaroux et Jérôme Pétion, trouvent refuge à Caen et tiennent des réunions politiques auxquelles Charlotte Corday assiste.
Convaincue que Jean-Paul Marat, par ses appels répétés à la violence dans son journal L'Ami du peuple, est responsable de la dérive sanglante de la Révolution, Charlotte Corday décide d'agir seule. Le 9 juillet 1793, elle quitte Caen pour Paris, où elle descend à l'hôtel de la Providence. Le matin du 13 juillet, elle achète un couteau à manche d'ébène chez le coutelier Badin, au Palais-Royal. Elle se rend le soir au domicile de Marat, rue des Cordeliers. Reçue tandis que le député prend un bain médicinal pour soulager une affection cutanée, elle le poignarde mortellement. Maîtrisée par Simonne Évrard, compagne de Marat, et les gens de la maison, elle est conduite à la prison de l'Abbaye. Le 17 juillet, elle comparaît devant le Tribunal révolutionnaire présidé par Jacques-Bernard-Marie Montané, avec Antoine Fouquier-Tinville comme accusateur public. Défendue d'office par Claude François Chauveau-Lagarde, elle revendique son acte et est condamnée à mort. Revêtue de la chemise rouge des parricides, elle est guillotinée le même jour, place de la Révolution.
1768 : naissance à Saint-Saturnin-des-Ligneries, dans la province de Normandie
1782 : décès de sa mère. Admission à l'abbaye aux Dames de Caen avec sa soeur cadette
1790 : quitte l'abbaye après la dissolution des congrégations religieuses
1791 : s'installe chez sa tante Madame de Bretteville-Gouville à Caen
1793 (janvier) : exécution de Louis XVI, qui radicalise les tensions entre Girondins et Montagnards
1793 (juin) : proscription des députés girondins. Charles Barbaroux, François Buzot et d'autres se réfugient à Caen
1793 (9 juillet) : quitte Caen pour Paris en diligence
1793 (13 juillet) : assassine Jean-Paul Marat à son domicile, rue des Cordeliers
1793 (16 juillet) : rédige sa dernière lettre à son père depuis la Conciergerie
1793 (17 juillet) : condamnée à mort par le Tribunal révolutionnaire et guillotinée place de la Révolution
1794 : fermeture du cimetière de la Madeleine. Les restes sont transférés dans les catacombes de Paris
1795 : son frère François de Corday, émigré royaliste, est fusillé à Auray
1847 : Alphonse de Lamartine la surnomme "l'ange de l'assassinat" dans son Histoire des Girondins
2008 : inauguration d'une statue en bronze par Claude Quiesse à l'abbaye aux Dames de Caen
Charlotte Corday est la fille de Jacques François de Corday d'Armont, ancien lieutenant aux armées du roi devenu fermier, et de Charlotte Marie Jacqueline de Gautier des Authieux de Mesnival, décédée en avril 1782. Ses parents, issus de la noblesse d'extraction et apparentés par cousinage, élèvent cinq enfants dont quatre atteignent l'âge adulte. Son frère cadet, François de Corday, émigré dans l'armée des princes, est fusillé à Auray en 1795. Par la branche paternelle, Charlotte descend au cinquième degré du dramaturge Pierre Corneille, par l'intermédiaire de Marie Corneille, soeur de l'auteur du Cid.
Célibataire et sans enfant, Charlotte Corday vit de manière retirée à Caen. Décrite par son parent Frédéric de Corday comme une femme au caractère déterminé, elle consacre son temps à la lecture des auteurs classiques et des philosophes. Elle noue des liens avec les milieux girondins caennais et fréquente les réunions tenues par les députés réfugiés à l'hôtel de l'Intendance. Son engagement politique la met en porte-à-faux avec sa famille, dont les deux frères soutiennent ouvertement l'armée des émigrés. Elle n'est associée à aucune organisation et agit, selon ses propres déclarations lors de son procès, de sa seule initiative.
Charlotte Corday est guillotinée le 17 juillet 1793, place de la Révolution à Paris, à dix-huit heures trente. Le bourreau Charles-Henri Sanson, qui note son calme lors du trajet en charrette, fait signe à son aide Fermin de déclencher le couperet après que la condamnée s'est elle-même placée sur la bascule. Après l'exécution, un charpentier nommé Legros saisit la tête tranchée et la soufflète, provoquant l'indignation du public. Legros est emprisonné trois mois pour cet acte. Le corps est autopsié à l'hôpital de la Charité, où les médecins constatent sa virginité, puis transféré au cimetière de la Madeleine.
Inhumée au cimetière de la Madeleine à Paris, non loin de la fosse de Louis XVI, Charlotte Corday voit ses restes transférés dans les catacombes de Paris après la fermeture du cimetière en 1794. Une statue en bronze réalisée par le sculpteur Claude Quiesse est érigée en 2008 dans le cloître de l'abbaye aux Dames à Caen.
1 - Quelques heures avant son exécution, Charlotte Corday demande à poser pour un portrait. Le peintre Jean-Jacques Hauer, officier de la Garde nationale présent au tribunal, est autorisé à achever le tableau dans sa cellule. Elle pose avec sérénité.
2 - Le couteau utilisé pour poignarder Marat, acquis le matin même au Palais-Royal chez le coutelier Badin pour quarante sous, possède une lame de treize centimètres, un manche en ébène et une virole en argent.
3 - Dans sa dernière lettre à son père, rédigée le 16 juillet 1793 à la Conciergerie, Charlotte Corday cite Thomas Corneille, frère cadet de son ancêtre Pierre Corneille, plutôt que l'auteur du Cid lui-même.
4 - Son passeport la décrit brune, mais le portrait réalisé par Jean-Jacques Hauer la représente avec des cheveux blonds et poudrés. Cette controverse posthume sur la couleur de ses cheveux alimente les débats dans le Paris révolutionnaire.
5 - Lors de son procès, le président Montané lui suggère qu'une femme ne peut avoir conçu seule un tel acte. Elle répond que c'est mal connaître le coeur humain et qu'il est plus facile d'agir par sa propre haine que par celle des autres.
- Métier(s) : personnalité de la Révolution française
- Résidence principale : Caen (Normandie)
- Relations de couple : célibataire, jamais mariée
- Enfants : aucun
- Distinctions : aucune
15 voies portent son nom en France.
Source : fichier officiel des rues de France (TOPO), mai 2026.
Je n'ai jamais haï qu'un seul être.
— Lettre à Charles Barbaroux, 16 juillet 1793
J'ai tué un homme pour en sauver cent mille.
— Procès devant le Tribunal révolutionnaire, 17 juillet 1793
Pardonnez-moi, mon cher papa, d'avoir disposé de ma vie sans votre consentement.
— Lettre à son père, 16 juillet 1793