Billie Holiday, de son vrai nom Eleanora Fagan, est une chanteuse américaine de jazz et de blues née le 7 avril 1915 à Philadelphie et morte le 17 juillet 1959 à New York à l'âge de 44 ans, dont la voix singulière et le phrasé syncopé ont redéfini le chant jazz du XXe siècle.
Eleanora Fagan naît à Philadelphie de Clarence Holiday, guitariste et banjoïste de jazz, et de Sarah Julia « Sadie » Fagan, tous deux adolescents et jamais mariés. Son père, qui ne la reconnaît pas, mène une vie itinérante de musicien ; sa mère, aide-ménagère, la confie à Baltimore à la demi-sœur de Sadie, Eva Miller, et à la belle-mère de celle-ci, Martha Miller. L'enfance est marquée par l'instabilité : tribunal pour mineurs à neuf ans pour absentéisme scolaire, placement dans une institution catholique de redressement — la Baltimore House of the Good Shepherd for Colored Girls —, agression sexuelle par un voisin en 1926. En 1928, Sadie ramène sa fille à New York, et les deux s'installent à Harlem. C'est dans les clubs clandestins du quartier qu'Eleanora commence à chanter, répertoriant d'oreille les phrasés de Bessie Smith et de Louis Armstrong entendus sur les gramophones des maisons closes où elle fait des ménages. Elle adopte le nom de scène Billie Holiday — Billie en hommage à l'actrice Billie Dove, Holiday du patronyme de son père.
En 1933, repérée dans un club de Harlem par le producteur John Hammond de Columbia Records, elle enregistre ses deux premiers titres avec Benny Goodman : Your Mother's Son-in-Law et Riffin' the Scotch. À partir de 1935, une série de séances avec le pianiste Teddy Wilson — dont What a Little Moonlight Can Do et Miss Brown to You — assoient sa réputation dans le New York du jazz. Le saxophoniste Lester Young, qui devient son ami le plus proche, lui donne le surnom de « Lady Day » ; elle l'appellera en retour « Prez ». Elle chante successivement avec les orchestres de Count Basie et d'Artie Shaw — l'une des rares artistes noires à se produire avec un orchestre blanc à cette époque — avant de s'établir en soliste au Café Society. En mars 1939, elle y interprète pour la première fois Strange Fruit, poème antilynchage d'Abel Meeropol, dont l'enregistrement Commodore devient un document de résistance aux violences racistes. Le Bureau fédéral des stupéfiants (FBN), dirigé par Harry J. Anslinger, la met sous surveillance dès cette même année. Condamnée en 1947 pour possession d'héroïne, elle purge un an de prison fédérale à Alderson en Virginie-Occidentale. À sa libération, son permis de cabaret new-yorkais lui est retiré, l'interdisant de se produire dans tout établissement vendant de l'alcool ; malgré cette contrainte, elle donne onze jours après sa libération un concert à guichets fermés au Carnegie Hall.
1933 : Your Mother's Son-in-Law (premier enregistrement, avec Benny Goodman pour Columbia)
1933 : Riffin' the Scotch (second enregistrement)
1935 : What a Little Moonlight Can Do (avec Teddy Wilson, Columbia)
1935 : Miss Brown to You (avec Teddy Wilson, Columbia)
1935 : Saddest Tale (court-métrage Symphony in Black de Duke Ellington)
1936 : Billie's Blues (composition originale)
1939 : Strange Fruit (Commodore Records — enregistrement refusé par Columbia)
1941 : God Bless the Child (co-écrite avec Arthur Herzog Jr., Okeh Records — Grammy Hall of Fame 1976)
1941 : Gloomy Sunday
1941 : Don't Explain (composition originale)
1944 : Lover Man (Oh, Where Can You Be?) (Decca Records)
1949 : Crazy He Calls Me (Decca — Grammy Hall of Fame 2010)
1952 : Billie Holiday Sings (album, Clef/Verve, avec Oscar Peterson et Charlie Shavers)
1955 : Music for Torching (album Verve, avec Jimmy Rowles et Barney Kessel)
1956 : Lady Sings the Blues (autobiographie dictée à William Dufty, Doubleday ; album et deux concerts à Carnegie Hall)
1958 : Lady in Satin (album Columbia, avec orchestre de Ray Ellis)
1959 : Billie Holiday (dernier album, MGM, enregistré en mars 1959, sorti à titre posthume)
La carrière de Billie Holiday est indissociable d'une persécution judiciaire documentée. Dès 1939, le commissaire du Bureau fédéral des stupéfiants, Harry J. Anslinger, ordonne une surveillance continue de la chanteuse après la création de Strange Fruit, qu'il perçoit comme une provocation à l'ordre racial établi. En mai 1947, elle est arrêtée à Philadelphie pour possession d'héroïne et condamnée à un an et un jour de réclusion au camp fédéral d'Alderson en Virginie-Occidentale. Sa libération en mars 1948 ne met pas fin aux poursuites : son permis de cabaret new-yorkais lui est définitivement refusé, limitant ses revenus. En janvier 1949, elle est à nouveau arrêtée à San Francisco. En 1956, elle et Louis McKay sont interpellés conjointement pour possession de stupéfiants ; ils se marient peu après au Mexique pour ne pas être contraints de témoigner l'un contre l'autre. Hospitalisée en mai 1959 pour cirrhose avancée et insuffisance cardiaque au Metropolitan Hospital de New York, elle est arrêtée sur son lit de mort le 11 juin : des agents fédéraux affirment avoir découvert de la poudre blanche dans sa chambre et font poster des gardes armés à sa porte. Sa méthadone thérapeutique est interrompue sur instruction du FBN. Le 17 juillet 1959, elle décède dans cet état d'assignation médicale forcée. Le contexte de sa surveillance par le FBN et la double contrainte raciale et judiciaire qu'elle a subie ont été documentés notamment dans les ouvrages de Johann Hari (Chasing the Scream, 2015) et dans le documentaire BBC Billie de James Erskine (2019).
1915 : naissance le 7 avril à Philadelphie sous le nom d'Eleanora Fagan
1925 : passage devant un tribunal pour mineurs à Baltimore pour absentéisme scolaire
1928 : arrivée à Harlem, New York, avec sa mère Sadie
1933 : repérée par John Hammond, premiers enregistrements avec Benny Goodman pour Columbia Records
1935 : séances d'enregistrement avec Teddy Wilson ; apparition dans le court-métrage Symphony in Black de Duke Ellington
1937 : intègre brièvement l'orchestre de Count Basie, puis celui d'Artie Shaw
1939 : création de Strange Fruit au Café Society ; surveillance du FBN déclenchée
1941 : enregistrement de God Bless the Child et mariage avec Jimmy Monroe
1944 : signature avec Decca Records ; enregistrement de Lover Man
1947 : arrestation pour possession d'héroïne ; condamnation à un an de prison fédérale à Alderson (Virginie-Occidentale) ; concert à guichets fermés au Carnegie Hall onze jours après sa libération
1951 : signature avec le label Verve de Norman Granz
1954 : première tournée européenne ; participation au premier festival de Newport
1956 : publication de l'autobiographie Lady Sings the Blues (co-rédigée avec William Dufty) ; concerts à Carnegie Hall
1957 : mariage avec Louis McKay au Mexique le 28 mars
1958 : enregistrement de Lady in Satin avec l'orchestre de Ray Ellis ; concert à l'Olympia de Paris lors d'une tournée européenne
1959 : décès le 17 juillet au Metropolitan Hospital de New York ; obsèques le 21 juillet en l'église Saint-Paul devant trois mille personnes
Billie Holiday est la fille de Clarence Holiday, guitariste et banjoïste de jazz d'origine afro-américaine, et de Sarah Julia « Sadie » Fagan, d'ascendance irlandaise. Les deux parents, non mariés, ne vivent jamais ensemble. N'ayant pas suivi de scolarité régulière — elle quitte l'école au niveau du primaire —, elle se forme exclusivement à travers la pratique des clubs. Elle épouse en premières noces Jimmy Monroe le 25 août 1941, escroc qui l'initie à l'opium et à l'héroïne avant d'être incarcéré ; ils divorcent. Elle vit ensuite plusieurs années sous l'emprise du trompettiste Joe Guy, qui la fournit en héroïne. En 1957, elle épouse Louis McKay au Mexique, rencontré à Harlem une décennie plus tôt ; la relation est marquée par des violences physiques documentées et une spoliation financière systématique. Billie Holiday n'a pas d'enfants connus.
L'Encyclopedia Britannica documente la bisexualité de Billie Holiday, qu'elle n'a jamais dissimulée, notamment ses relations avec l'actrice Tallulah Bankhead et avec la comédienne Marlene Dietrich dans les années 1940. Frank Sinatra, l'un de ses admirateurs les plus fervents, a déclaré publiquement qu'elle avait exercé sur lui « la plus grande influence musicale ». Billie Holiday ne s'est jamais engagée dans des organisations civiques formelles, mais son interprétation de Strange Fruit à partir de 1939, maintenue envers et contre les injonctions fédérales de la faire cesser, est considérée comme un acte de résistance documenté au sein du mouvement pour les droits civiques des Afro-Américains.
Atteinte d'une cirrhose avancée aggravée d'une insuffisance rénale et d'une insuffisance cardiaque, Billie Holiday s'effondre fin mai 1959 à New York et est admise le 31 mai au Metropolitan Hospital de Manhattan après avoir essuyé un refus d'admission au Knickerbocker Hospital. Traitée à la méthadone, elle amorce une légère reprise. Le 11 juin 1959, des agents du FBN découvrent dans sa chambre une substance blanche cachée dans une boîte de mouchoirs et l'arrêtent à son lit de mort ; une garde armée est postée à sa porte et sa méthadone thérapeutique supprimée sur ordre du FBN. Son état s'aggrave le 10 juillet avec un œdème pulmonaire et une infection rénale. Elle reçoit les derniers sacrements le 15 juillet. Le 17 juillet 1959, à 3 h 10 du matin, elle décède. Ses obsèques ont lieu le 21 juillet en l'église Saint-Paul (Church of St. Paul the Apostle) à New York, devant trois mille personnes massées jusqu'à Columbus Avenue. Les frais funéraires sont pris en charge par le producteur de théâtre Michael P. Grace II.
Billie Holiday est inhumée au cimetière Saint-Raymond (St. Raymond's Cemetery) dans le Bronx, New York, initialement dans la même tombe que sa mère Sadie. En 1960, Louis McKay fait déplacer son cercueil dans une sépulture distincte. En 1985, une statue à son effigie est érigée à Baltimore, ville où elle a grandi. Le 7 avril 1986, elle obtient à titre posthume une étoile sur le Hollywood Walk of Fame.
1 - Enfant dans une maison close de Baltimore où elle faisait des ménages, Billie Holiday ne demandait pas de salaire à la patronne : elle négociait à la place le droit d'écouter les disques de Louis Armstrong et Bessie Smith sur le gramophone du salon.
2 - God Bless the Child, l'un de ses morceaux les plus repris, naît d'une dispute avec sa mère Sadie qui lui refusait de l'argent : elle claque la porte en lançant « God bless the child that's got his own », reste en colère trois semaines, puis écrit la chanson avec Arthur Herzog Jr.
3 - Lorsque Don't Explain est composée en 1941, la chanson est directement inspirée d'une scène réelle : son mari Jimmy Monroe était rentré avec du rouge à lèvres sur le col de sa chemise. Holiday lui a simplement dit « prends un bain, ne t'explique pas » — et la chanson est née de cette phrase.
4 - À sa mort le 17 juillet 1959, Billie Holiday avait environ 70 cents sur son compte bancaire et une liasse de billets estimée à 750 dollars scotchée à sa jambe ; six mois après son décès, les royalties générées par ses disques s'élevaient à 100 000 dollars.
5 - Lors d'un concert en Californie où un spectateur blanc l'interpellait avec des insultes racistes, Bob Hope — présent dans le public — prit la parole et s'engagea verbalement avec le perturbateur pendant cinq minutes jusqu'à le faire partir, selon le récit de Holiday dans son autobiographie.
6 - En 1959, en tournée à Londres, Billie Holiday donne sa dernière apparition télévisée sur la BBC dans l'émission Chelsea at Nine, interprétant notamment Strange Fruit — un document audiovisuel rare de sa voix à la fin de sa vie, conservé dans les archives de la BBC.
- Métier(s) : chanteuse de jazz et de blues
- Résidence principale : New York (Harlem, puis Manhattan)
- Relations de couple : Jimmy Monroe (marié le 25 août 1941, divorcé) ; Joe Guy (compagnon, années 1940) ; Louis McKay (marié le 28 mars 1957 au Mexique, séparée avant son décès)
- Enfants : aucun enfant documenté
- Distinctions : Grammy Award pour l'ensemble de la carrière (1985, à titre posthume) ; Grammy Lifetime Achievement Award (1973, à titre posthume) ; Grammy Hall of Fame pour God Bless the Child (1976), Strange Fruit (2000), Crazy He Calls Me (2010) ; étoile sur le Hollywood Walk of Fame (1986) ; intronisation au Down Beat Hall of Fame (1961) ; classée 4e des 200 Greatest Singers of All Time par Rolling Stone (2023)
Portrait mis à jour le 07 avril 2026.