Cette année marque le 40ᵉ anniversaire de sa disparition.
Samora Machel, né le 29 septembre 1933 à Chilembene au Mozambique, homme politique mozambicain et premier président de la République du Mozambique (1975-1986), est mort le 19 octobre 1986 dans un crash aérien dont les circonstances restent non établies quarante ans après les faits.
Né dans le village de Chilembene, province de Gaza, en Mozambique portugais, Samora Moisés Machel est issu d'une famille d'agriculteurs soumise aux restrictions coloniales. Après une scolarité dans des écoles de mission catholique, il rejoint Lourenço Marques (actuelle Maputo) en 1954 pour une formation d'infirmier à l'hôpital Miguel Bombarda. Témoin des inégalités de traitement entre soignants noirs et blancs, il développe ses convictions anticoloniales. Alerté par João Ferreira, représentant pharmaceutique antifasciste, sur la surveillance de la police politique portugaise (PIDE) à son encontre, il quitte le Mozambique en 1963 via le Swaziland et le Botswana. En Botswana, le cadre dirigeant de l'ANC J. B. Marks fait descendre un militant du vol à destination de Dar es Salaam pour permettre à Machel d'embarquer. Il rejoint ainsi le Frente de Libertação de Moçambique (FRELIMO), fondé par Eduardo Mondlane, et s'engage dans la lutte armée pour l'indépendance nationale.
En Tanzanie, Machel suit une formation militaire en Algérie puis prend la direction du camp de Kongwa. Après le déclenchement de la guerre d'indépendance le 25 septembre 1964, il monte en grade au sein de l'armée du FRELIMO (FPLM) et en prend la tête en octobre 1966, après la mort de Filipe Samuel Magaia. L'assassinat d'Eduardo Mondlane par colis piégé le 3 février 1969 déclenche une crise de succession. Une direction tripartite incluant Machel, Marcelino dos Santos et Uria Simango est constituée, avant que Simango ne soit exclu et que Machel soit élu président du FRELIMO en 1970. Après la révolution des Oeillets au Portugal (avril 1974) et l'accord de Lusaka du 7 septembre 1974, l'indépendance du Mozambique est proclamée le 25 juin 1975. Machel devient le premier président de la République, engage une politique de nationalisations des terres, des établissements de santé et d'enseignement, et oriente le pays vers le marxisme-léninisme, officialisé au IIIe congrès du FRELIMO en février 1977.
À partir de 1975, le gouvernement de Machel instaure des centres de rééducation où sont internés, souvent sans jugement, des délinquants, des opposants politiques et des personnes jugées antisociales. Les travaux de l'historien Benedito Machava (université du Michigan, 2018) estiment que plus d'un millier de détenus y périssent par famine, maladie ou exécution. En octobre 1981, Machel reconnaît lui-même publiquement l'existence de détentions arbitraires prolongées. Par ailleurs, lors d'un procès spectacle organisé en 1975 au camp militaire de Nachingwea, d'anciens cadres du FRELIMO, dont Paulo Gumane et Uria Simango, sont contraints de formuler des aveux sous pression. L'ancien ministre de la Sécurité Sergio Vieira confirme devant le parlement mozambicain en 1995 que ces personnalités ont été exécutées, en contradiction avec les engagements pris par Machel auprès des présidents Julius Nyerere et Kenneth Kaunda en 1975.
1933 : naissance le 29 septembre à Chilembene, province de Gaza, en Mozambique portugais
1954 : débute une formation d'infirmier à l'hôpital Miguel Bombarda de Lourenço Marques
1962 : adhère au Frente de Libertação de Moçambique (FRELIMO)
1963 : quitte le Mozambique ; formation militaire en Algérie ; rejoint le FRELIMO en Tanzanie
1964 : déclenchement de la guerre d'indépendance du Mozambique le 25 septembre
1966 : prend la tête de l'armée du FRELIMO (FPLM) après la mort de Filipe Samuel Magaia
1969 : assassinat d'Eduardo Mondlane le 3 février ; intégration de la direction tripartite du FRELIMO ; mariage avec Josina Abiatar Muthemba en mai
1970 : élu président du FRELIMO
1971 : décès de Josina Machel le 7 avril à l'âge de 25 ans
1975 : indépendance du Mozambique proclamée le 25 juin ; premier président de la République ; nationalisations massives ; Prix Lénine de la Paix (1975-1976) ; mariage avec Graça Simbine en septembre
1977 : le FRELIMO se déclare parti marxiste-léniniste lors de son IIIe congrès
1981 : attaque des commandos sud-africains à Matola contre des membres de l'ANC
1984 : signature de l'accord de Nkomati avec P. W. Botha le 16 mars
1986 : décède dans le crash du Tupolev Tu-134 le 19 octobre à Mbuzini (Afrique du Sud) ; funérailles nationales à Maputo le 28 octobre
Fils de Mandande Moisés Machel, agriculteur de la province de Gaza, et de Guguiye Thema Dzimba, Samora Machel grandit à Chilembene dans une famille d'ethnie shangaan. Avant de rejoindre le FRELIMO, il a quatre enfants avec Sorita Tchaiakomo : Joscelina (1958), Idelson (1959), Olívia (1961) et N'tewane (1963), ainsi qu'une fille, Ornila (1963), avec Irene Buque. Il épouse en mai 1969, à Tunduru en Tanzanie, Josina Abiatar Muthemba, militante du FRELIMO et responsable des Affaires sociales dans les zones de guerre. Elle décède le 7 avril 1971 à l'âge de 25 ans, probablement d'une leucémie. Leur fils, connu sous le prénom de Samito, naît en novembre 1969.
En septembre 1975, trois mois après l'indépendance, Samora Machel épouse Graça Simbine, diplômée en langues modernes de l'université de Lisbonne devenue militante du FRELIMO. Nommée ministre de l'Éducation et de la Culture, elle est une proche collaboratrice de la présidence. Ils ont deux enfants : Josina (née en avril 1976) et Malengane (né en décembre 1978). Sur le plan international, Machel accorde son soutien aux mouvements de libération d'Afrique australe : il héberge Oliver Tambo, président de l'ANC, et appuie Robert Mugabe dans la lutte pour l'indépendance du Zimbabwe. Il entretient par ailleurs des liens étroits avec Julius Nyerere et Kenneth Kaunda.
Le 19 octobre 1986, Samora Machel revenait d'un sommet à Mbala, en Zambie, lorsque son avion présidentiel, un Tupolev Tu-134, s'écrase dans les monts Lebombo près de Mbuzini, en Afrique du Sud. Trente-quatre des 44 personnes à bord sont tuées, dont plusieurs ministres mozambicains. La Commission Margo, mandatée par le gouvernement sud-africain, conclut à une erreur de pilotage ; les gouvernements mozambicain et soviétique contestent cette version, invoquant un faux signal de radionavigation. La Commission Vérité et Réconciliation sud-africaine ouvre une enquête en 1998 sans résolution définitive. Les funérailles nationales, tenues à Maputo le 28 octobre, réunissent Robert Mugabe, Kenneth Kaunda, Julius Nyerere et Oliver Tambo. Marcelino dos Santos prononce l'éloge funèbre au nom du FRELIMO.
Samora Machel est inhumé dans une crypte en forme d'étoile sur la Place des Héros (Praça dos Heróis) à Maputo. Un mémorial composé de 35 tubes d'acier, conçu par l'architecte mozambicain José Forjaz, est inauguré le 19 janvier 1999 à Mbuzini, en Afrique du Sud, par Nelson Mandela, Graça Machel et le président Joaquim Chissano. Le site est classé Patrimoine national sud-africain depuis 2006.
1 - En 1963, pour rejoindre le FRELIMO en Tanzanie, Machel traverse plusieurs pays à pied. En Botswana, le cadre de l'ANC J. B. Marks fit descendre un militant du vol à destination de Dar es Salaam pour permettre à Machel d'y embarquer.
2 - Ses parents protestants lui attribuèrent le deuxième prénom "Moisés" en référence à son père et au Moïse biblique, dans l'espoir qu'il conduirait son peuple hors de la servitude coloniale.
3 - Le matin du 19 octobre 1986, avant son départ pour la Zambie, Machel convoque journalistes et officiers pour leur révéler qu'il a reçu des informations sur un projet sud-africain visant à l'éliminer physiquement.
4 - L'accord de Nkomati de 1984 entre Machel et le président sud-africain P. W. Botha fut signé à bord d'un wagon de chemin de fer stationné dans la zone frontière entre les deux pays.
5 - Graça Machel, veuve de Samora Machel, épouse en juillet 1998 Nelson Mandela, alors président d'Afrique du Sud, devenant la seule femme de l'histoire à avoir été première dame de deux nations souveraines différentes.
- Métier(s) : infirmier, chef de la guérilla FRELIMO, homme d'État
- Résidence principale : Maputo, Mozambique
- Relations de couple : Josina Abiatar Muthemba (mai 1969 - 7 avril 1971) ; Graça Simbine (à partir de septembre 1975)
- Enfants : 8, dont Joscelina (1958), Idelson (1959), Olívia (1961) et N'tewane (1963) avec Sorita Tchaiakomo ; Ornila (1963) avec Irene Buque ; Samito (1969) avec Josina Muthemba ; Josina (1976) et Malengane (1978) avec Graça Simbine
- Distinctions : Prix Lénine de la Paix (1975-1976), Ordre de José Martí (Cuba), Grand Collier de l'Ordre du Prince Henri (Portugal), Ordre de l'Amitié des peuples (URSS), Ordre du Flambeau de l'Uhuru du Kilimandjaro 1re classe (Tanzanie)
« On ne demande pas à un esclave s'il veut être libre, surtout lorsqu'il est déjà en révolte, et encore moins lorsque l'on est soi-même l'esclavagiste. »
— How Fast the Wind? Southern Africa 1975-2000, Sergio Vieira, William Martin et Immanuel Wallerstein, Africa World Press, 1992, p. 19 (traduit de l'anglais)
« Un gouvernement qui se détourne des intérêts du peuple, de la ligne du FRELIMO et de sa direction, s'apparente au régime colonial et fasciste et doit être renversé. »
— Discours d'investiture du gouvernement de transition, 20 septembre 1974 (traduit du portugais)
« La libération de la femme n'est pas un acte de charité. C'est une nécessité fondamentale de la révolution, une garantie de sa continuité et une condition préalable à sa victoire. »
— Discours du FRELIMO, 1973 (traduit du portugais)