Juvénal Habyarimana, né le 8 mars 1937 à Gasiza dans la préfecture de Gisenyi et mort le 6 avril 1994 à Kigali, est un militaire et homme d'État rwandais. Président de la République du Rwanda de 1973 à 1994, arrivé au pouvoir par un coup d'État, il dirige un régime à parti unique pendant vingt et un ans. Son assassinat, le 6 avril 1994, lorsque son avion est abattu au-dessus de Kigali, est l'événement déclencheur du génocide des Tutsi au Rwanda.
Issu d'une famille hutu du nord-ouest du Rwanda, Juvénal Habyarimana étudie à l'école militaire de Kigali et à l'école royale militaire de Bruxelles. Officier dans la Garde nationale, il occupe dès 1963 le poste de ministre de la Défense dans le gouvernement du président Grégoire Kayibanda. Le 5 juillet 1973, il renverse Kayibanda par un coup d'État militaire, dans un contexte de violences ethniques contre les Tutsi et de rivalités régionales entre Hutu du sud et du nord. Il fonde le Mouvement révolutionnaire national pour le développement (MRND), parti unique, et instaure un système de quotas ethniques dans l'administration et l'éducation.
Pendant les années 1980, son régime bénéficie du soutien de la France et de la Belgique. L'économie, fondée sur la culture du café, se dégrade à la fin de la décennie avec l'effondrement des cours mondiaux. En octobre 1990, le Front patriotique rwandais (FPR), mouvement armé composé principalement de réfugiés tutsi basés en Ouganda, lance une offensive dans le nord du pays. Habyarimana, sous pression internationale, accepte en 1991 le multipartisme et engage des négociations avec le FPR. Les accords d'Arusha, signés le 4 août 1993 en Tanzanie, prévoient un partage du pouvoir et l'intégration du FPR dans l'armée. Mais les factions les plus radicales de son entourage, les "Hutu Power", s'y opposent et préparent la "solution finale" contre les Tutsi.
Le régime Habyarimana est responsable de discriminations systématiques contre les Tutsi (quotas ethniques, carte d'identité mentionnant l'ethnie) et de massacres ponctuels. Plusieurs vagues de violences contre les Tutsi jalonnent sa présidence, notamment en 1973 et après l'offensive du FPR en 1990. L'entourage présidentiel, surnommé l'Akazu et centré sur la famille de son épouse Agathe Kanziga, est accusé d'avoir organisé les milices Interahamwe et planifié le génocide. La Radio-Télévision Libre des Mille Collines (RTLM), fondée en 1993 avec la participation de proches du pouvoir, diffuse une propagande génocidaire.
Juvénal Habyarimana épouse Agathe Kanziga, issue d'une famille hutu influente du nord-ouest. Le couple a plusieurs enfants. Agathe Kanziga et son entourage, l'Akazu ("la petite maison"), exercent une influence considérable sur les affaires de l'État. Après l'attentat, Agathe Habyarimana est évacuée vers la France, où elle vit en exil. Catholique pratiquant, Habyarimana entretient des relations étroites avec l'Église catholique rwandaise et les missionnaires européens. Sur le plan diplomatique, il bénéficie du soutien personnel de François Mitterrand ; la France lui fournit un soutien militaire et logistique face au FPR.
Le 6 avril 1994, à 20 h 23, l'avion présidentiel, un Falcon 50 offert par la France, est abattu par au moins un missile sol-air lors de son approche de l'aéroport de Kigali. Habyarimana meurt dans le crash, ainsi que le président burundais Cyprien Ntaryamira et tous les membres de l'équipage français. L'attentat déclenche dans les heures qui suivent le génocide des Tutsi, qui fait entre 800 000 et un million de morts en cent jours. L'identité des auteurs de l'attentat reste disputée : les enquêtes française et rwandaise ont abouti à des conclusions contradictoires, imputant l'acte tantôt au FPR, tantôt à des extrémistes hutu de l'entourage présidentiel.
Né à Gasiza dans la préfecture de Gisenyi, au bord du lac Kivu, Habyarimana gouverne depuis le palais présidentiel de Kigali. L'épave de son avion s'est écrasée dans le jardin du palais. Le lieu du crash est devenu un site mémoriel au Rwanda.