Habib Bourguiba, né le 3 août 1903 à Monastir et mort le 6 avril 2000 dans la même ville, est un homme d'État tunisien, fondateur de la Tunisie moderne. Avocat formé à Paris, militant indépendantiste emprisonné à plusieurs reprises par la France coloniale, premier président de la République tunisienne de 1957 à 1987, il engage son pays dans une voie de modernisation laïque qui le distingue dans le monde arabe, avant d'être destitué pour sénilité par son Premier ministre Zine el-Abidine Ben Ali.
Dernier des huit enfants d'une famille modeste de Monastir, Habib Bourguiba entre au collège Sadiki à Tunis grâce à une bourse. Atteint de tuberculose dans sa jeunesse, il passe deux ans en convalescence. Il poursuit ses études à Paris, au lycée Carnot puis à la faculté de droit et à l'École libre des sciences politiques, où il obtient sa licence en 1927. Il épouse la même année Mathilde Lorrain, une Française qui prend le nom de Moufida Bourguiba. De retour à Tunis, il exerce comme avocat tout en s'engageant dans le mouvement nationaliste.
En 1934, il fonde le Néo-Destour, parti indépendantiste qui rompt avec le Destour historique jugé trop modéré. Arrêté par les autorités françaises en 1934, déporté dans le Sud tunisien, puis emprisonné en France de 1938 à 1942, il est libéré par les autorités allemandes d'occupation, ce qui lui vaudra durablement des accusations de collaboration qu'il récuse. Il mène la lutte pour l'indépendance par la négociation et la pression internationale, alternant exils, emprisonnements et dialogues avec Paris. Le 20 mars 1956, la Tunisie accède à l'indépendance. Bourguiba est élu président de l'Assemblée constituante, puis proclamé président de la République le 25 juillet 1957, après l'abolition de la monarchie beylicale.
Au pouvoir, Bourguiba lance un programme de modernisation ambitieux : promulgation du Code du statut personnel en 1956 (interdiction de la polygamie, instauration du divorce judiciaire, âge minimum du mariage), développement de l'éducation, émancipation des femmes. Il tente une collectivisation de l'agriculture dans les années 1960 sous l'impulsion d'Ahmed Ben Salah, expérience abandonnée en 1969 après son échec. En 1975, il se fait proclamer président à vie par l'Assemblée nationale. Son pouvoir devient de plus en plus autoritaire, la répression s'accroît contre les islamistes et les syndicalistes. Le 7 novembre 1987, son Premier ministre Zine el-Abidine Ben Ali le dépose par un coup d'État constitutionnel, invoquant son incapacité médicale.
Sa libération par les autorités allemandes en 1942 a alimenté des accusations de collaboration avec l'Axe, qu'il a toujours démenties. Sa présidence à vie, instaurée en 1975, et la répression croissante des opposants (procès de masse contre les islamistes dans les années 1980, persécution de l'UGTT) ont terni son bilan démocratique. La répression de la révolte du pain en janvier 1984, qui fait plusieurs dizaines de morts, constitue l'un des épisodes les plus sombres de son règne.
Habib Bourguiba épouse en 1927 Mathilde Lorrain, Française convertie à l'islam sous le nom de Moufida. Le couple a un fils, Habib Bourguiba Junior (1927-2009), qui occupera des fonctions diplomatiques. Bourguiba divorce de Moufida en 1961 et épouse en 1962 Wassila Ben Ammar, issue d'une famille bourgeoise tunisoise, qui exercera une influence politique considérable jusqu'à leur séparation en 1986. Francophone et francophile, Bourguiba entretient des relations étroites avec la France tout en s'opposant à elle dans la lutte indépendantiste. Il admire Atatürk et s'en inspire dans sa politique de laïcisation. En 1961, il fait interdire le jeûne du ramadan aux fonctionnaires, provoquant une vive polémique dans le monde musulman.
Ses engagements diplomatiques le placent entre le camp occidental et le tiers-monde. En 1965, il prononce un discours à Jéricho appelant les Palestiniens à accepter le plan de partage de 1947, ce qui provoque sa rupture avec Nasser et son isolement dans le monde arabe.
Après sa destitution en 1987, Habib Bourguiba est assigné à résidence, d'abord dans différentes localités tunisiennes puis dans un palais à Monastir. Il vit dans un isolement quasi total, sa santé déclinant progressivement. Il meurt le 6 avril 2000 à Monastir, à 96 ans. Ses funérailles nationales, le 8 avril, rassemblent plusieurs chefs d'État. Il est inhumé dans le mausolée Bourguiba, construit de son vivant dans le cimetière de Monastir.
Né et mort à Monastir, Habib Bourguiba fait de cette ville côtière du Sahel tunisien un lieu de mémoire national. Le mausolée Bourguiba, avec ses coupoles dorées et ses minarets, domine le cimetière de Sidi el-Mezeri. Le palais de Carthage, résidence présidentielle, reste associé à son pouvoir. L'avenue Habib-Bourguiba, artère principale de Tunis, porte son nom.
Le théâtre est le témoin de la naissance de la conscience nationale.
Etre réaliste, c'est préférer une réforme modeste, qui en permet une autre, à un miracle impossible.
Le théâtre est le témoin de la naissance de la conscience nationale.
Etre réaliste, c'est préférer une réforme modeste, qui en permet une autre, à un miracle impossible.