Résumé biographique

Ministre de la Défense emblématique des deux premiers septennats de François Mitterrand, Charles Hernu a été l'architecte de la politique militaire française des années 1980. Sa carrière, marquée par un fort attachement à l'indépendance nationale, s'est brutalement interrompue suite au scandale du Rainbow Warrior.


Parcours

Charles Hernu commence sa carrière dans le journalisme et l'administration avant de s'engager activement en politique sous la IVe République. Proche de Pierre Mendès France, il est élu député de la Seine en 1956 sous l'étiquette du Front républicain. Très tôt, il se spécialise dans les questions de défense et de stratégie, fondant le Club des Jacobins qui devient un laboratoire d'idées pour la gauche non communiste. Son ralliement précoce à François Mitterrand en fait l'un des piliers du Parti socialiste naissant. Il joue un rôle crucial dans la conversion de la gauche française à la force de dissuasion nucléaire, une position qui lui permet de rassurer les milieux militaires et diplomatiques lors de l'accession des socialistes au pouvoir. En 1977, il conquiert la mairie de Villeurbanne, qui devient son ancrage territorial principal et le laboratoire de ses politiques locales.

En mai 1981, il est nommé ministre de la Défense, poste qu'il occupe avec une autorité respectée par la hiérarchie militaire. Durant son mandat, il modernise les équipements des armées, soutient le développement de l'industrie aéronautique et maintient une ligne ferme face à l'influence soviétique, notamment lors de la crise des euromissiles. Il supervise également des interventions extérieures majeures, particulièrement au Tchad avec l'opération Manta. Cependant, son ascension est stoppée net en septembre 1985 par l'affaire du sabotage du navire de Greenpeace en Nouvelle-Zélande. Contraint à la démission, il se replie sur ses mandats locaux à Villeurbanne. Malgré son départ du gouvernement, il conserve une influence morale au sein de la famille socialiste et reste une figure respectée pour son action en faveur du lien entre la nation et son armée jusqu'à sa disparition soudaine en 1990.


Controverse

Le nom de Charles Hernu reste indissociable de l'affaire du Rainbow Warrior. En juillet 1985, des agents de la DGSE coulent le navire de l'organisation écologiste Greenpeace dans le port d'Auckland, provoquant la mort du photographe Fernando Pereira. Après plusieurs semaines de dénégations officielles et la publication du rapport Tricot, la responsabilité des services secrets français est établie. Le 20 septembre 1985, Charles Hernu présente sa démission au président Mitterrand, endossant la responsabilité politique de l'opération. En 1996, des révélations posthumes publiées par le magazine L'Express ont également soutenu qu'il aurait entretenu des liens avec les services de renseignement du bloc de l'Est durant les années 1950 et 1960, accusations qui ont suscité de vifs débats chez les historiens.


Repères chronologiques

1923 : naissance le 3 juillet à Quimper, Finistère
1953 : création du Club des Jacobins
1956 : élection comme député de la Seine
1967 : publication de son essai Priorité à gauche
1971 : participation au congrès d'Épinay aux côtés de François Mitterrand
1977 : élection à la mairie de Villeurbanne
1981 : nommé ministre de la Défense le 22 mai
1983 : lancement de l'opération Manta au Tchad
1985 : démission du gouvernement le 20 septembre (Affaire Greenpeace)
1986 : réélection comme député du Rhône
1989 : réélection à la mairie de Villeurbanne
1990 : décès le 17 janvier à Villeurbanne


Vie personnelle et engagements

Charles Hernu est le fils d'un contrôleur des contributions directes. Il s'est marié à trois reprises. De ses différentes unions sont nés plusieurs enfants, dont Patrice, qui s'est également investi dans le débat public, et Philippe. Sa vie privée a toujours été marquée par une grande discrétion, bien que ses racines bretonnes et son attachement à la ville de Villeurbanne soient des éléments publics de son identité. Il a entretenu des relations quasi filiales avec François Mitterrand, formant avec lui un duo indéfectible pendant plus de trente ans au sein de la gauche française.

Engagé très jeune dans la franc-maçonnerie, il appartenait à la loge Les Vrais Amis du Grand Orient de France, un engagement qui a fortement influencé sa conception de la République et de la laïcité. Parmi ses mentors, on compte Pierre Mendès France dont il fut un fervent partisan avant 1958. Passionné par l'aviation et l'histoire militaire, il fréquentait assidûment les cercles de réflexion stratégique et les cadres de l'armée de terre. Il était également un grand défenseur de la francophonie et des liens de coopération avec les pays d'Afrique subsaharienne, s'appuyant sur un réseau d'amitiés solides dans les chancelleries internationales.


Contexte du décès

Charles Hernu décède brutalement le 17 janvier 1990 à Villeurbanne, succombant à une crise cardiaque alors qu'il prononçait un discours lors d'une réception officielle. Son décès survient à l'âge de 66 ans. Ses obsèques nationales ont été célébrées en présence du président François Mitterrand et d'une grande partie du gouvernement français. Jacques Chirac et de nombreuses figures de l'opposition ont salué la mémoire d'un "patriote". L'éloge funèbre a souligné son rôle historique dans le consensus national sur la défense. Conformément à ses volontés, il est inhumé au cimetière de l'Ancien-Cras à Villeurbanne, ville dont il était le maire depuis treize ans.


Lieux de mémoire

La sépulture de Charles Hernu se trouve au cimetière de l'Ancien-Cras à Villeurbanne. Une importante place de la ville, située au cœur du réseau de transports lyonnais, porte son nom en hommage à son action municipale et nationale.


Anecdotes

1 - Charles Hernu était si apprécié par les militaires qu'il était surnommé par certains officiers le ministre des armées plutôt que le ministre de la défense, en raison de sa défense constante des budgets et des traditions militaires françaises.
2 - Passionné d'uniformes et de protocole, il veillait personnellement aux détails des prises d'armes et des défilés du 14 juillet, estimant que la grandeur de la France passait par l'éclat de ses représentations militaires publiques.
3 - Malgré ses fonctions de ministre de la Défense, il a toujours conservé dans son bureau une photo de Pierre Mendès France, rappelant ses débuts politiques et sa fidélité aux idéaux de la IVe République.
4 - Lors de sa démission en 1985, il quitta son bureau du boulevard Saint-Germain en quelques heures seulement, refusant toute cérémonie d'adieu pour ne pas affaiblir davantage l'institution militaire après le choc de l'affaire Greenpeace.


Points clés

- Métier(s) : Ministre, Député, Maire
- Résidence principale : Villeurbanne (France)
- Relations de couple : Marié à trois reprises
- Enfants : Patrice Hernu, Philippe Hernu
- Distinctions : Grand officier de l'Ordre national du Mérite