Président de la République française à la fin du XIXe siècle, Félix Faure incarne l'élégance bourgeoise et l'expansion coloniale de la IIIe République. Si son mandat a renforcé l'alliance franco-russe, il est surtout passé à la postérité pour les circonstances scabreuses de sa mort à l'Élysée, éclipsant souvent son action politique.
Autodidacte issu d'un milieu modeste, il fait fortune dans le négoce de cuir au Havre, ville dont il devient maire adjoint. Député républicain modéré, il gravit les échelons ministériels, occupant plusieurs fois le poste de sous-secrétaire d'État aux Colonies et à la Marine. Élu président en 1895 suite à la démission de Jean Casimir-Perier, il s'emploie à redonner du faste à la fonction présidentielle, organisant des réceptions grandioses qui lui valent le surnom de "Président Soleil".
Son mandat est marqué par la consolidation de l'Empire colonial, notamment avec la crise de Fachoda en 1898 qui manque de déclencher une guerre avec le Royaume-Uni, et par le rapprochement stratégique avec la Russie du tsar Nicolas II, qu'il reçoit à Paris en grande pompe. Sur le plan intérieur, il est confronté à l'Affaire Dreyfus. Opposant résolu à la révision du procès, il protège l'armée et l'État-major, refusant de gracier le capitaine Dreyfus malgré la publication du "J'accuse...!" d'Émile Zola, qui lui est directement adressé.
1841 : Naissance à Paris.
1881 : Élection comme député de la Seine-Inférieure.
1894 : Ministre de la Marine.
1895 : Élection à la présidence de la République le 17 janvier.
1896 : Visite officielle du tsar Nicolas II à Paris.
1897 : Voyage officiel en Russie pour sceller l'alliance.
1898 : Publication de "J'accuse...!" par Émile Zola.
1898 : Crise de Fachoda au Soudan.
1899 : Décès au Palais de l'Élysée le 16 février.
Fils d'un artisan ébéniste, il épouse Berthe Belluot en 1863, avec qui il a deux filles, Lucie et Antoinette. Homme de haute taille et d'allure distinguée, il soigne son apparence et cultive une image de dandy qui tranche avec l'austérité de ses prédécesseurs. Franc-maçon, il est néanmoins soucieux de maintenir de bonnes relations avec l'Église catholique.
Sa vie privée est marquée par de nombreuses conquêtes féminines, dont la plus célèbre reste Marguerite Steinheil, épouse d'un peintre renommé. Cette liaison adultère, connue du tout-Paris, l'amène à fréquenter discrètement le salon de sa maîtresse, mêlant parfois plaisirs privés et réseaux d'influence politique.
Félix Faure meurt le 16 février 1899 au Palais de l'Élysée, officiellement d'une congestion cérébrale. En réalité, il succombe à un accident vasculaire survenu lors d'une étreinte sexuelle avec sa maîtresse, Marguerite Steinheil, dans le "salon bleu" du palais. Les cris de la jeune femme alertent les domestiques qui découvrent le président inanimé, agrippé à la chevelure de sa compagne. Cette mort en galante compagnie déclenche une vague de rumeurs, de chansonniers et de mots d'esprit, Georges Clemenceau déclarant notamment : "Il voulait être César, il ne fut que Pompée". Il a droit à des obsèques nationales grandioses avant son inhumation au Père-Lachaise.
Il est enterré au cimetière du Père-Lachaise à Paris (4e division), où sa tombe est surmontée d'un gisant en bronze le représentant drapé dans le drapeau tricolore. La ville du Havre conserve de nombreuses traces de son action locale.
Marguerite Steinheil, surnommée la "Pompe funèbre" après le décès du président, a dû être exfiltrée discrètement de l'Élysée par une porte dérobée après le drame.
Il est le seul président de la République française à être mort au Palais de l'Élysée, ce qui a longtemps alimenté les superstitions sur le lieu.
Lors de la visite du Tsar, il a fait modifier le protocole pour pouvoir s'asseoir dans le même carrosse que le souverain, ce qui était contraire aux usages diplomatiques de l'époque pour un président élu.
Le prêtre appelé en urgence pour lui administrer les derniers sacrements aurait demandé au concierge : "Le président a-t-il toujours sa connaissance ?", ce à quoi le gardien aurait répondu : "Non, elle est sortie par l'escalier de service".
- Métier(s) : Négociant, homme d'État.
- Résidence principale : Palais de l'Élysée (Paris).
- Relations de couple : Berthe Faure (épouse), Marguerite Steinheil (maîtresse).
- Enfants : Lucie, Antoinette.
- Distinctions : Grand-croix de la Légion d'honneur.