Kaja Kallas, née le 18 juin 1977 à Tallinn, est une femme d'État et juriste estonienne. Première femme à avoir dirigé le gouvernement d'Estonie (2021-2024), elle occupe depuis le 1er décembre 2024 la fonction de haute représentante de l'Union européenne pour les Affaires étrangères et la Politique de sécurité, vice-présidente de la Commission européenne.
Kaja Kallas grandit à Tallinn dans une famille marquée par l'histoire politique de l'Estonie. Son père, Siim Kallas, cofondateur du Parti de la réforme, fut Premier ministre d'Estonie en 2002-2003 puis vice-président de la Commission européenne de 2004 à 2014. Après l'obtention de son diplôme de fin d'études secondaires en 1995 dans la capitale estonienne, Kaja Kallas étudie le droit à l'université de Tartu, où elle obtient un Bachelor of Arts en 1999. Elle séjourne brièvement en France et en Finlande dans le cadre de sa formation en droit européen. Admise au barreau d'Estonie en 1999, elle exerce en tant qu'avocate dans les cabinets Tark & Co (1998-2006), puis Luiga Mody Hääl Borenius, où elle dirige le département de droit de la concurrence et devient associée (2006-2011). Parallèlement, elle enseigne à l'Estonian Business School de 2010 à 2014, après y avoir obtenu un Executive Master of Business Administration (EMBA) en 2010. Elle rejoint le Parti de la réforme en 2010, la formation fondée par son père. Le 6 mars 2011, elle est élue au Riigikogu, le Parlement estonien, et préside la commission des Affaires économiques à partir de 2014, s'imposant dans les dossiers relatifs à l'énergie et à la transition numérique.
Le 1er juillet 2014, Kaja Kallas devient députée européenne au sein de l'Alliance des démocrates et des libéraux pour l'Europe (ADLE). Durant son mandat à Bruxelles, elle pilote les travaux sur le marché numérique unique, dont le rapport adopté en 2015 vise à lever les obstacles à la révolution technologique en Europe. Le 14 avril 2018, elle est élue présidente du Parti de la réforme, devenant la première femme à occuper ce poste. Le Parti de la réforme remporte les élections législatives de mars 2019 avec 29 % des voix, mais Kallas ne parvient pas à former un gouvernement, le Parlement refusant sa nomination par 53 voix contre 45. C'est finalement Jüri Ratas du Parti du centre qui constitue une coalition. Après la démission de Ratas en janvier 2021 dans le contexte d'un scandale de corruption, Kaja Kallas est chargée par la présidente de la République Kersti Kaljulaid de former un gouvernement. Elle prête serment le 26 janvier 2021 comme Première ministre, devenant la première femme à diriger l'exécutif estonien. Elle mène trois gouvernements successifs, remportant à nouveau les élections en mars 2023 avec 31,24 % des voix, le meilleur résultat du Parti de la réforme depuis sa fondation en 1994. Elle soutient activement la légalisation du mariage entre personnes de même sexe, votée par le Parlement le 20 juin 2023 et entrée en vigueur le 1er janvier 2024. Le 27 juin 2024, le Conseil européen la désigne haute représentante de l'Union pour les Affaires étrangères et la Politique de sécurité. Confirmée par le Parlement européen le 27 novembre 2024, elle entre en fonction le 1er décembre 2024 au sein de la commission von der Leyen II, devenant la première personnalité d'Europe de l'Est à occuper ce poste. Elle prend la succession de Josep Borrell. Kristen Michal lui succède à la tête du gouvernement et du Parti de la réforme d'Estonie.
Le 23 août 2023, la radio publique estonienne ERR révèle que Stark Logistics, une entreprise de transport dont son mari Arvo Hallik détient 24,8 % du capital via la société Novaria Consult, a poursuivi des livraisons vers la Russie après l'invasion de l'Ukraine du 24 février 2022 malgré les appels répétés de Kallas à un découplage économique total avec Moscou. Selon le quotidien Eesti Päevaleht, les expéditions concernées représentent plusieurs dizaines de millions d'euros. Il est établi que Kaja Kallas a prêté 350 000 euros à la société holding de son mari, information déclarée publiquement dans son registre d'intérêts économiques de juin 2023. Elle indique n'avoir pas eu connaissance des activités russes de l'entreprise. Elle refuse de comparaître devant le Parlement pour répondre aux questions des députés. L'opposition, conduite notamment par l'ancien ministre des Affaires étrangères Urmas Reinsalu, réclame sa démission. Arvo Hallik vend ses parts dans Stark Logistics et démissionne de ses fonctions au sein de la société. Aucune procédure judiciaire ni sanction formelle n'est engagée contre Kaja Kallas, les livraisons étant légales au regard des sanctions européennes en vigueur. Kallas se maintient dans ses fonctions, soutenue par sa majorité parlementaire, et les sondages enregistrent une chute marquée de sa popularité en Estonie en septembre 2023.
1977 : naissance le 18 juin à Tallinn, Estonie
1995 : obtention du diplôme de fin d'études secondaires à Tallinn
1999 : diplôme de droit (Bachelor of Arts) à l'université de Tartu ; admission au barreau d'Estonie
2002 : qualifiée avocate ; épouse Taavi Veskimägi, homme politique et homme d'affaires
2010 : obtention d'un Executive MBA à l'Estonian Business School ; adhésion au Parti de la réforme
2011 : élection au Riigikogu (Parlement estonien)
2014 : élection au Parlement européen ; présidence de la commission des Affaires économiques au Riigikogu
2015 : adoption de son rapport sur le marché unique numérique européen
2018 : élection à la présidence du Parti de la réforme d'Estonie, première femme à occuper ce poste ; mariage avec Arvo Hallik
2019 : le Parti de la réforme arrive en tête des élections législatives (29 %) ; Kallas ne peut former de gouvernement
2021 : investiture comme Première ministre d'Estonie le 26 janvier, première femme à ce poste
2022 : soutien actif à l'Ukraine après l'invasion russe ; activation de l'article 4 du traité de l'OTAN ; prix Grotius 2022 décerné par Policy Exchange
2023 : réélection avec 31,24 % des voix, meilleur score du Parti de la réforme depuis 1994 ; controverse Stark Logistics (août) ; légalisation du mariage homosexuel en Estonie (20 juin)
2024 : désignée par le Conseil européen le 27 juin ; confirmée par le Parlement européen le 27 novembre ; entrée en fonction comme haute représentante de l'Union européenne pour les Affaires étrangères et vice-présidente de la Commission européenne le 1er décembre
2026 : déclare que l'armée chinoise a entraîné des militaires russes pour combattre en Ukraine (16 juin)
Kaja Kallas est la fille de Siim Kallas, ancien Premier ministre et commissaire européen, et de Kristi Kallas, médecin. En 2022, elle révèle que sa mère, alors âgée de six mois, sa grand-mère et son arrière-grand-mère ont été déportées en Sibérie lors des déportations soviétiques de l'été 1940 en Estonie. Cet épisode familial est lié à la figure de son arrière-grand-père Eduard Alver, cofondateur de la République d'Estonie et ancien directeur de la police de sécurité en 1921. En 2002, elle épouse Taavi Veskimägi, homme d'affaires et ancien ministre des Finances du gouvernement Parts. Le couple a un fils, prénommé Sten, né en 2011. Ils divorcent en 2014. En 2018, elle se remarie avec Arvo Hallik, banquier et investisseur, qui a deux enfants d'une précédente union.
Kaja Kallas s'est engagée dès sa carrière de juriste dans les questions de droit de la concurrence européen. Parlant couramment l'estonien, l'anglais, le russe, le français et le finnois, elle utilise ces compétences linguistiques dans ses fonctions diplomatiques. Depuis le début de l'invasion russe de l'Ukraine en février 2022, elle figure parmi les dirigeants européens les plus fermes face à Moscou. Le gouvernement russe l'a inscrite sur une liste de personnes recherchées en février 2024, en raison de sa politique de démantèlement de monuments soviétiques en Estonie, mesure qu'elle a qualifiée publiquement de distinction honorifique. Elle est membre du conseil d'administration de l'organisation Friends of Europe et du Conseil européen des relations étrangères.
1 - Lors de la remise du prix Grotius 2022 par Policy Exchange à Londres, Kaja Kallas a déclaré devant Boris Johnson et Liz Truss que Hugo Grotius était la matière sur laquelle elle avait échoué son premier examen à l'université de Tartu en 1995.
2 - De 1996 à 1997, avant d'entamer sa carrière juridique, Kaja Kallas a travaillé comme conseillère auprès du directeur du théâtre Vanemuine à Tartu, l'une des plus anciennes institutions culturelles estoniennes, un épisode de sa biographie rarement mentionné dans les portraits politiques.
3 - En novembre 2018, à peine élue présidente du Parti de la réforme, Kallas publie un mémoire intitulé MEP: 4 aastat Euroopa Parlamendis (MEP : Quatre ans au Parlement européen), retraçant ses quatre années de mandat à Bruxelles de 2014 à 2018.
4 - Membre du conseil de surveillance de plusieurs sociétés estoniennes d'énergies renouvelables de 2004 à 2010, dont Nelja Energia et Pakri Tuulepark, Kallas a siégé dans au moins six entreprises du secteur éolien avant même d'entamer sa carrière parlementaire.
5 - En 2015, le rapport sur le marché unique numérique qu'elle pilote au Parlement européen est adopté alors qu'elle est encore relativement peu connue sur la scène continentale. Il constitue rétrospectivement l'une des premières empreintes législatives estoniennes à l'échelle de l'Union.
- Métier(s) : avocate, femme d'État, diplomate
- Résidence principale : Tallinn (Estonie)
- Relations de couple : Taavi Veskimägi (2002-2014, divorce) ; Arvo Hallik (2018, mariage)
- Enfants : un fils (Sten, né en 2011)
- Distinctions : Prix Grotius 2022 (Policy Exchange) ; Prix international Hayek ; Prix européen de la culture politique ; Prix CEPA de leadership transatlantique ; Prix Marion Dönhoff pour la compréhension et la réconciliation internationale (2023) ; Prix Jeane J. Kirkpatrick (2023) ; Ordre du prince Iaroslav le Sage, 2e classe (Ukraine, 2023) ; Commandeur grand-croix de l'ordre royal de l'Étoile polaire (Suède, 2023) ; Grand-Croix de l'ordre de l'Étoile (Roumanie, 2021)
« L'ego masculin des dirigeants centriste et conservateur l'a emporté. Ils ont préféré s'accrocher à leurs postes, plutôt que de respecter leur promesse de ne jamais s'allier avec le parti d'extrême droite EKRE. »
— Déclaration après le vote du Riigikogu, avril 2019, rapportée par Wikipédia francophone et plusieurs médias estoniens
« C'est littéralement le premier cours à l'école de droit que l'on étudie, Hugo Grotius. C'était aussi le premier examen que j'ai jamais raté. Si quelqu'un m'avait dit en 1995 qu'un jour je recevrais ce prix, j'aurais éclaté de rire -- et mes professeurs aussi. »
— Discours lors de la remise du prix Grotius 2022, Policy Exchange, Londres, 6 juin 2022 (traduit de l'anglais)
« Quand ils ont annexé la Crimée, c'étaient les "petits hommes verts". Ils avaient honte que ce soient des soldats russes. Ils ont essayé de le cacher, ils avaient peur de la réaction occidentale. Parce que la réaction occidentale a été faible à l'époque, ils ont pris note mentalement qu'ils pouvaient le faire parce que rien ne se passerait. »
— Interview Kyiv Independent, 13 janvier 2024 (traduit de l'anglais)
« L'ego masculin des dirigeants centriste et conservateur l'a emporté. Ils ont préféré s'accrocher à leurs postes, plutôt que de respecter leur promesse de ne jamais s'allier avec le parti d'extrême droite EKRE. »
— Déclaration après le vote du Riigikogu, avril 2019, rapportée par Wikipédia francophone et plusieurs médias estoniens
« C'est littéralement le premier cours à l'école de droit que l'on étudie, Hugo Grotius. C'était aussi le premier examen que j'ai jamais raté. Si quelqu'un m'avait dit en 1995 qu'un jour je recevrais ce prix, j'aurais éclaté de rire -- et mes professeurs aussi. »
— Discours lors de la remise du prix Grotius 2022, Policy Exchange, Londres, 6 juin 2022 (traduit de l'anglais)
« Quand ils ont annexé la Crimée, c'étaient les "petits hommes verts". Ils avaient honte que ce soient des soldats russes. Ils ont essayé de le cacher, ils avaient peur de la réaction occidentale. Parce que la réaction occidentale a été faible à l'époque, ils ont pris note mentalement qu'ils pouvaient le faire parce que rien ne se passerait. »
— Interview Kyiv Independent, 13 janvier 2024 (traduit de l'anglais)