Che Guevara, de son nom complet Ernesto Rafael Guevara de la Serna, est un révolutionnaire marxiste et médecin argentin né le 14 juin 1928 à Rosario et exécuté le 9 octobre 1967 à La Higuera, en Bolivie, à 39 ans, après avoir joué un rôle central dans la révolution cubaine aux côtés de Fidel Castro.
Ernesto Guevara naît à Rosario dans une famille d'aristocratie bourgeoise aux idées de gauche. Son père, Ernesto Guevara Lynch, est architecte d'ascendance basque, espagnole et irlandaise ; sa mère, Celia de la Serna y Llosa, est descendante de José de la Serna e Hinojosa, dernier vice-roi espagnol du Pérou. Aîné de cinq enfants, il grandit à Córdoba, où sa mère lui enseigne le français et où il apprend les échecs dès l'âge de trois ans auprès de son père. Atteint d'asthme sévère depuis l'enfance, il se forge malgré tout en pratiquant le rugby, et développe en parallèle une passion pour la littérature : Pablo Neruda, Jack London, Jules Verne, Sigmund Freud et Bertrand Russell alimentent ses lectures pendant ses périodes de convalescence. En 1948, il intègre la faculté de médecine de Buenos Aires. En 1951, son ami Alberto Granado lui propose un périple de neuf mois à travers l'Amérique du Sud à moto, sur une Norton 500 cm3 surnommée "La Poderosa". Ce voyage, relaté dans son ouvrage Voyage à motocyclette, le confronte à la pauvreté endémique des populations, en particulier lors d'une étape dans la léproserie de San Pablo au Pérou où il rencontre le docteur Hugo Pesce. Diplômé en médecine en 1953, il repart aussitôt pour un deuxième voyage en Amérique centrale, qui le mène au Guatemala.
Au Guatemala, le renversement du président Jacobo Arbenz Guzmán par un coup d'État organisé par la CIA en 1954 radicalise définitivement ses convictions. Réfugié au Mexique, il rencontre en juin 1955 Raúl Castro, puis, le 8 juillet 1955, Fidel Castro, à la suite d'une conversation nocturne qui le convainc de rejoindre le mouvement du 26-Juillet. Désigné d'abord comme médecin du groupe, il est classé meilleure recrue par l'instructeur militaire Alberto Bayo à l'issue de l'entraînement. En novembre 1956, il embarque avec 82 hommes à bord du Granma pour Cuba. Après un débarquement chaotique et des affrontements avec l'armée de Fulgencio Batista, le groupe survivant se regroupe dans la Sierra Maestra. Guevara y monte rapidement en grade, devient commandant, et prend la tête de la bataille de Santa Clara à la fin décembre 1958, victoire décisive qui précipite la chute du régime. Après la prise de pouvoir par Fidel Castro le 1er janvier 1959, il est nommé commandant de la prison de La Cabaña, puis président de la Banque nationale de Cuba, avant d'occuper le poste de ministre de l'Industrie. Il représente Cuba à l'Assemblée générale des Nations Unies le 11 décembre 1964, où il dénonce l'impérialisme américain. En 1965, il quitte Cuba pour tenter d'exporter la révolution, d'abord au Congo-Kinshasa aux côtés de combattants congolais, sans succès, puis en Bolivie à partir de 1966. Blessé et capturé le 8 octobre 1967 dans le ravin du Yuro par l'armée bolivienne appuyée par des agents de la CIA, dont le Cubano-Américain Félix Rodríguez, il est exécuté sommairement le lendemain par le soldat Mario Terán Salazar sur ordre du président René Barrientos.
La période suivant la victoire révolutionnaire de janvier 1959 fait l'objet de controverses historiques documentées. Nommé commandant de la forteresse de La Cabaña, Guevara préside un tribunal révolutionnaire qui prononce des condamnations à mort à l'encontre de partisans du régime Batista et d'opposants. Les estimations du nombre d'exécutions ordonnées varient selon les sources : des historiens comme Jon Lee Anderson les situent à plusieurs dizaines, d'autres chiffres avancés, notamment par des organisations d'exilés cubains, sont plus élevés et disputés. Guevara crée par ailleurs des camps dits de "travail et de rééducation". Ces faits, attestés par plusieurs biographies académiques et rapports d'historiens, restent l'objet de débats sur leur ampleur exacte, mais constituent un dossier documenté qui explique les divergences d'appréciation persistantes sur le personnage entre défenseurs de son héritage révolutionnaire et critiques de ses méthodes.
1928 : naissance le 14 juin à Rosario, Argentine.
1942 : débute ses études secondaires au Collège National Déan Funes à Córdoba.
1948 : s'inscrit à la faculté de médecine de Buenos Aires.
1951 : entame avec Alberto Granado un périple de neuf mois à travers l'Amérique du Sud à moto.
1953 : obtient son diplôme de médecin ; repart pour un second voyage en Amérique centrale.
1954 : témoin au Guatemala du renversement par la CIA du président Jacobo Arbenz Guzmán ; part pour le Mexique.
1955 : épouse Hilda Gadea le 18 août à Mexico ; rencontre Fidel Castro le 8 juillet et rejoint le mouvement du 26-Juillet.
1956 : participe à l'expédition du Granma en novembre avec 82 combattants ; débarquement à Cuba.
1957 : promu commandant dans la Sierra Maestra.
1958 : dirige et remporte la bataille de Santa Clara (décembre), point tournant de la révolution cubaine.
1959 : entrée des révolutionnaires à La Havane le 1er janvier ; nommé commandant de la forteresse de La Cabaña ; épouse Aleida March le 22 juin ; divorce d'Hilda Gadea en mai.
1961 : nommé ministre de l'Industrie ; publie La Guerre de guérilla, manuel théorique de référence.
1964 : discours à l'Assemblée générale de l'ONU le 11 décembre, dénonçant l'impérialisme américain.
1965 : quitte Cuba pour mener une guérilla au Congo-Kinshasa ; publie Le Socialisme et l'homme à Cuba.
1966 : arrive clandestinement en Bolivie pour y fomenter un soulèvement armé.
1967 : capturé blessé le 8 octobre dans le ravin du Yuro ; exécuté le 9 octobre à La Higuera à 39 ans.
1997 : ses restes, découverts sur la piste d'atterrissage de Vallegrande en Bolivie, sont rapatriés à Cuba et inhumés le 17 octobre au mausolée de Santa Clara.
Ernesto Guevara est le fils de l'architecte Ernesto Guevara Lynch et de Celia de la Serna y Llosa. Il grandit entre Buenos Aires, Córdoba et Alta Gracia, aîné d'une fratrie de cinq enfants incluant ses frères et sœurs Roberto, Ana María, Celia et Juan Martín. Il se marie une première fois le 18 août 1955 à Mexico avec Hilda Gadea, économiste péruvienne et militante de l'APRA, dont il a une fille, Hilda Beatriz Guevara (1956-1995). Après leur divorce en mai 1959, il épouse le 22 juin 1959 Aleida March, militante cubaine du mouvement du 26-Juillet, avec laquelle il a quatre enfants : Aleida, Camilo (1962-2022), Celia (1963) et Ernesto (1965). Parmi ses proches figure également Alberto Granado, l'ami de jeunesse biochimiste qui l'accompagne lors du voyage inaugural de 1951 à 1952, lequel jouera un rôle déterminant dans sa prise de conscience politique.
Guevara entretient des amitiés avec des intellectuels et artistes engagés : Jean-Paul Sartre et Simone de Beauvoir le rencontrent à La Havane en 1960 lors de la cérémonie funèbre au cours de laquelle Alberto Korda prend le portrait "Guerrillero Heroico". Il lit abondamment tout au long de sa vie : Pablo Neruda, Jack London, les philosophes socialistes. Passionné de photographie, il pratique lui-même cet art. Pendant ses crises d'asthme, habituelles depuis l'enfance, il se consacre à la poésie et à la correspondance épistolaire. Ses lettres à sa famille, rassemblées dans Je t'embrasse avec toute ma ferveur révolutionnaire, révèlent un homme attaché à ses proches malgré les séparations imposées par ses engagements militants.
Le 8 octobre 1967, Ernesto Guevara est blessé et capturé dans le ravin du Yuro, en Bolivie, lors d'un affrontement avec le 2e bataillon des Rangers boliviens entraîné par la CIA. Transféré blessé dans l'école de La Higuera, il est interrogé par l'agent de la CIA Félix Rodríguez. Le 9 octobre, sur ordre du président René Barrientos et après réception d'un code téléphonique depuis La Paz, le soldat bolivien Mario Terán Salazar l'exécute par balles à l'intérieur de l'école. Son corps est exposé publiquement à Vallegrande, ses mains sont amputées à des fins d'identification par empreintes, puis il est enterré dans une fosse commune secrète. Fidel Castro reconnaît officiellement sa mort le 15 octobre 1967. Cuba décrète un deuil national de trois jours. Le 17 octobre 1997, ses restes rapatriés sont inhumés avec les honneurs militaires au mausolée de Santa Clara, lors d'une cérémonie à laquelle assiste notamment Fidel Castro, qui allume une flamme éternelle en son honneur.
Les restes de Che Guevara reposent depuis le 17 octobre 1997 au Conjunto Escultórico Memorial Comandante Ernesto Che Guevara, à Santa Clara, Cuba, site choisi en souvenir de la victoire décisive qu'il y remporta en décembre 1958. Le mausolée, inauguré en 1988, abrite également les restes de 29 compagnons tombés en Bolivie. Une flamme éternelle allumée par Fidel Castro brûle en permanence dans l'enceinte du mémorial. À Rosario, ville de sa naissance, une statue en bronze de 4 mètres réalisée par le sculpteur Andrés Zerneri a été inaugurée en 2008 sur une place portant son nom.
1 - Lors du débarquement du Granma en novembre 1956, Guevara abandonne son sac de matériel médical sous le feu ennemi pour saisir une caisse de munitions laissée par un combattant en fuite : il raconte lui-même avoir choisi ce moment pour passer définitivement du statut de médecin à celui de combattant.
2 - Pendant son entraînement militaire au Mexique en 1955-1956, l'instructeur Colonel Alberto Bayo le désigne officiellement meilleure recrue du groupe des 82 hommes de l'expédition, devant tous les combattants cubains.
3 - La photographie "Guerrillero Heroico", prise par Alberto Korda le 5 mars 1960 à La Havane alors que Sartre et Simone de Beauvoir se trouvaient sur l'estrade aux côtés de Fidel Castro, n'a été publiée qu'en 1961 et est restée pratiquement inconnue jusqu'à la mort du Che en 1967, date à laquelle l'éditeur italien Giangiacomo Feltrinelli en diffuse des millions d'exemplaires.
4 - Asthmatique depuis l'âge de deux ans, Guevara pratique le rugby à un niveau de première division au San Isidro Club de Buenos Aires, malgré l'opposition de son père, et se voit attribuer le surnom de "Fuser" (contraction de "furibondo" et de "de la Serna") pour son style de jeu agressif.
5 - Dès l'âge de trois ans, son père Ernesto Guevara Lynch lui enseigne les échecs ; il commence à participer à des tournois dès l'âge de douze ans, pratique qu'il maintiendra parallèlement à ses activités révolutionnaires.
6 - Dans Voyage à motocyclette, Guevara rapporte avoir traversé la cordillère des Andes à pied après que la moto "La Poderosa" eut rendu l'âme au Chili, et être descendu l'Amazone en canoë jusqu'en Colombie au coeur de la période de "la Violencia".
- Métier(s) : révolutionnaire, médecin, homme politique, théoricien de la guérilla, auteur
- Résidence principale : La Havane (Cuba), 1959-1965
- Relations de couple : Hilda Gadea (mariés 1955-1959, divorcés) ; Aleida March (mariés 1959-1967)
- Enfants : Hilda Beatriz Guevara (1956-1995, avec Hilda Gadea) ; Aleida, Camilo (1962-2022), Celia (1963), Ernesto (1965, avec Aleida March)
- Distinctions : citoyen cubain honoraire (1959) ; commandant des forces révolutionnaires cubaines
« La Patrie ou la mort ! »
— Déclaration à l'Assemblée générale des Nations Unies, New York, 11 décembre 1964 (traduit de l'espagnol)
« Je sais que tu es ici pour me tuer. Tire, lâche, tu vas seulement tuer un homme. »
— Propos tenus à Mario Terán Salazar, La Higuera, 9 octobre 1967, cités dans Jon Lee Anderson, "Che Guevara: A Revolutionary Life", Grove Press, 1997, p. 739 (traduit de l'espagnol)
« Je ne suis ni le Christ ni un philanthrope ; je suis tout le contraire du Christ. Non seulement je ne suis pas modéré mais j'essaierai de ne l'être jamais. »
— Citée dans Pierre Kalfon, "Che : Ernesto Guevara, une légende du siècle", éd. Points, 2006, p. 180
« Surtout, soyez toujours capables de ressentir au plus profond de votre coeur n'importe quelle injustice commise contre n'importe qui, où que ce soit dans le monde. C'est la plus belle qualité d'un révolutionnaire. »
— Lettre d'adieu à ses enfants, mars 1965, citée dans Pacho O'Donnell, "Che, la vida por un mundo mejor", Random House Mondadori, 2003, p. 282 (traduit de l'espagnol)
« La Patrie ou la mort ! »
— Déclaration à l'Assemblée générale des Nations Unies, New York, 11 décembre 1964 (traduit de l'espagnol)
« Je sais que tu es ici pour me tuer. Tire, lâche, tu vas seulement tuer un homme. »
— Propos tenus à Mario Terán Salazar, La Higuera, 9 octobre 1967, cités dans Jon Lee Anderson, "Che Guevara: A Revolutionary Life", Grove Press, 1997, p. 739 (traduit de l'espagnol)
« Je ne suis ni le Christ ni un philanthrope ; je suis tout le contraire du Christ. Non seulement je ne suis pas modéré mais j'essaierai de ne l'être jamais. »
— Citée dans Pierre Kalfon, "Che : Ernesto Guevara, une légende du siècle", éd. Points, 2006, p. 180
« Surtout, soyez toujours capables de ressentir au plus profond de votre coeur n'importe quelle injustice commise contre n'importe qui, où que ce soit dans le monde. C'est la plus belle qualité d'un révolutionnaire. »
— Lettre d'adieu à ses enfants, mars 1965, citée dans Pacho O'Donnell, "Che, la vida por un mundo mejor", Random House Mondadori, 2003, p. 282 (traduit de l'espagnol)