Cette année marque le 1er anniversaire de sa disparition.
Porte-drapeau d'un reggae solaire et spirituel, il a marqué la scène musicale par sa résilience et son authenticité face à la maladie. Naâman était un artiste français dont la disparition en février 2025 a suscité une émotion nationale immense, clôturant un parcours artistique d'une rare intensité.
Né Martin Mussard à Mont-Saint-Aignan, il s'imprègne très tôt de la culture reggae, trouvant dans ses rythmes une résonance avec sa quête de liberté. Après un baccalauréat littéraire et des études en communication à Caen, il abandonne son parcours académique en 2010 pour se consacrer exclusivement à la musique. Sous le pseudonyme de Naâman, il publie la mixtape Deep Rockers en 2012, qui devient instantanément un phénomène viral. Sa carrière explose véritablement en 2013 avec l'album Deep Rockers, Back a Yard, enregistré dans le mythique studio Harry J en Jamaïque. Ce projet, mêlant influences raggamuffin, hip-hop et soul, le propulse comme la révélation majeure de la scène reggae européenne.
La trajectoire de Naâman prend une dimension héroïque et tragique à partir de 2019, année où un gliome, une tumeur cérébrale, lui est diagnostiqué. Malgré cette épreuve, il refuse de s'effacer et continue de créer, puisant dans sa lutte une inspiration profonde. En 2022, il livre Temple Road, un album introspectif conçu lors de sa convalescence en Inde. Son actualité de 2024 est marquée par la sortie du documentaire Hestia et de son ultime titre poignant, Mon Amour, dévoilé en décembre 2024. Cette chanson, écrite comme un testament spirituel face à l'inéluctable, témoigne de sa sérénité et de son amour pour la vie. Il donne son dernier concert à Dieppe en juillet 2024, avant que sa santé ne décline définitivement en Gironde.
Au-delà de sa carrière solo, Naâman a tissé des liens indéfectibles avec les figures majeures du reggae francophone et international. Sa relation la plus structurante reste celle avec son beatmaker et ami de toujours, Fatbabs, avec qui il a co-créé l'identité sonore de ses plus grands succès. Il a également collaboré avec des piliers du genre tels que Dub Inc, Tryo, ou encore le chanteur Yaniss Odua. Ses voyages en Jamaïque lui ont permis de partager le micro avec des artistes de légende comme Nemani ou Toots and the Maytals. Ces collaborations ne se limitaient pas à la sphère professionnelle ; elles témoignaient d'une véritable amitié fraternelle, particulièrement visible lors de ses derniers mois où la communauté musicale s'est mobilisée pour le soutenir.
Martin Mussard grandit en Normandie dans un foyer intellectuel et créatif. Son père, géographe, et sa mère, enseignante, favorisent son ouverture d'esprit et sa curiosité pour les cultures étrangères. Son enfance près de Dieppe, entre mer et campagne, forge son tempérament contemplatif et son attachement viscéral à sa terre natale. Élève brillant mais rebelle aux cadres institutionnels, il trouve dans l'écriture de textes de reggae un exutoire à sa sensibilité. Sa scolarité, bien que menée jusqu'au baccalauréat, restera pour lui une étape de transition vers une vie d'itinérance et de création artistique, soutenue sans faille par son entourage familial.
Dans son intimité, Naâman était un homme de discrétion, partageant sa vie avec sa compagne Karishma. Sans enfant, il considérait ses musiciens, notamment son producteur et ami Fatbabs, comme sa véritable famille élective. Passionné par l'Inde, il y résidait une partie de l'année, trouvant dans la spiritualité hindouiste et les médecines alternatives un soutien crucial face à la maladie. Son engagement pour la protection animale et le végétarisme était notoire. Il utilisait sa notoriété pour promouvoir une vision du monde débarrassée des barrières religieuses et sociales, prônant l'unité humaine à travers le concept rasta de "One Love".
L'artiste s'est éteint le 7 février 2025 à Villenave-d'Ornon, en Gironde, emporté par la tumeur cérébrale contre laquelle il luttait depuis 2019. Ses derniers mois ont été marqués par une dégradation progressive de ses fonctions motrices, l'obligeant à s'éloigner définitivement de la scène après un ultime hommage à Dieppe durant l'été 2024. Sa disparition a été annoncée par son équipe, Big Scoop Records, précisant qu'il était parti sereinement. Un hommage public immense a eu lieu le 23 février 2025 sur le parvis de l'église Saint-Rémy à Dieppe, en présence de milliers de fans. Des artistes tels que Dub Inc ou Tryo ont officiellement salué sa mémoire.
Mont-Saint-Aignan et Dieppe demeurent ses ancrages premiers en Normandie (le parvis de l'église Saint-Rémy à Dieppe a d'ailleurs été officiellement renommé Place Naâman en février 2025). Goa, en Inde, fut sa terre d'adoption et de retraite spirituelle durant ses années de lutte contre le cancer. Villenave-d'Ornon, en Gironde, restera le lieu de son dernier combat contre la maladie. Enfin, la Jamaïque demeure le lieu de sa consécration artistique, particulièrement Kingston où il a enregistré ses premiers succès internationaux.
Son pseudonyme Naâman est inspiré d'un personnage biblique dont le nom signifie "agréable" ou "délicieux" en hébreu.
Avant de percer dans la musique, il a mis sa pédagogie au service des autres en travaillant comme animateur de centre de loisirs.
Il a appris à chanter avec l'accent jamaïcain de manière autodidacte en écoutant les vieux disques de Studio One.
Sa chanson Mon Amour a été enregistrée en une seule prise spontanée, face à la mer, capturant l'émotion brute de l'instant.
Il a fait l'objet d'un documentaire intitulé Hestia, sorti en 2024, qui retrace avec pudeur son combat quotidien contre le gliome.