Pierre Curie, physicien français né le 15 mai 1859 à Paris et mort accidentellement le 19 avril 1906 dans la même ville, est l'un des fondateurs de la physique moderne. Il a découvert la piézoélectricité avec son frère Jacques, défini le point de Curie en magnétisme, et codécouvert le polonium et le radium avec son épouse Marie, pour lesquels ils ont reçu le prix Nobel de physique en 1903.
Pierre Curie naît dans une famille de la petite bourgeoisie parisienne, fils d'Eugène Curie (1827-1910), médecin libre penseur et républicain, et de Sophie-Claire Depouilly (1832-1897), fille d'un industriel. Il a un frère aîné, Jacques (1856-1941), dont il est très proche. L'enseignement n'étant pas encore obligatoire, Pierre ne fréquente ni école ni lycée. Ses parents assurent son instruction initiale. Un ami de la famille, Alexandre Bazille, lui enseigne ensuite les mathématiques. À 16 ans, il passe son baccalauréat en sciences. À 18 ans, il obtient sa licence de physique à la faculté des sciences de Paris. Faute de moyens financiers, il ne peut poursuivre vers un doctorat et prend un poste de préparateur-adjoint au laboratoire de physique de Paul Desains, en janvier 1878.
En 1880, Pierre et Jacques Curie, travaillant dans le laboratoire de Charles Friedel, découvrent la piézoélectricité : certains cristaux, dont le quartz, émettent un potentiel électrique sous pression mécanique. L'année suivante, ils démontrent l'effet inverse. De cette découverte découlent plusieurs instruments dont le quartz piézoélectrique et le dynamomètre piézoélectrique. En 1883, la collaboration fraternelle cesse. Jacques obtient un poste à Montpellier. Pierre est nommé chef de travaux à l'École municipale de physique et de chimie industrielles de la ville de Paris (EMPCI), où il travaillera pendant vingt-deux ans dans des locaux insuffisants, en réclamant tout au long un vrai laboratoire.
De 1891 à 1895, il mène une longue série d'expériences sur le magnétisme de vingt corps différents exposés à des températures allant jusqu'à 1 370 °C. Ces travaux donnent lieu à sa thèse, soutenue le 6 mars 1895 sous la direction de Gabriel Lippmann, et à deux lois fondamentales : la loi de Curie, qui établit une proportionnalité entre la susceptibilité paramagnétique et la température, et le point de Curie, température limite au-delà de laquelle un corps ferromagnétique perd ses propriétés magnétiques. Le lendemain de sa soutenance, il prend les fonctions de professeur de physique générale à l'EMPCI.
Il rencontre Maria Sklodowska au printemps 1894, chez le physicien polonais Jòzef Kowalski. Ils se marient le 26 juillet 1895. À partir de 1897, Pierre interrompt ses propres recherches sur la symétrie des cristaux pour rejoindre Marie dans ses travaux sur les rayonnements découverts par Henri Becquerel. Ensemble, ils mettent au point une méthode radiochimique de séparation des éléments et découvrent le polonium en juillet 1898, puis le radium en décembre 1898, en collaboration avec Gustave Bémont. Jusqu'en 1902, ils extraient suffisamment de radium pour en déterminer la masse atomique. En 1904, une chaire de physique générale lui est créée à la faculté des sciences de Paris. En 1905, il est élu membre de l'Académie des sciences.
En 1903, l'Académie des sciences de France propose pour le Nobel de physique uniquement les noms d'Henri Becquerel et de Pierre Curie, excluant Marie. Pierre Curie, informé de cette situation par un académicien suédois, écrit au mathématicien suédois Gösta Mittag-Leffler pour exiger que Marie soit reconnue comme solidaire dans leurs recherches. Il avait déjà écrit à Henri Poincaré dès janvier 1903 pour défendre le rôle de sa femme, soulignant qu'elle avait eu seule le courage d'entreprendre la recherche chimique des éléments nouveaux et accompli tous les fractionnements nécessaires à la séparation du radium. Marie est finalement associée au Nobel. Le couple, épuisé par l'exposition aux radiations, ne se rend à Stockholm pour recevoir le prix que le 6 juin 1905. Pierre et Marie Curie refusent tous deux la Légion d'honneur. Pierre déclare à ce propos : "Je n'en vois pas la nécessité." (cité par Ève Curie, Madame Curie, Gallimard, 1938)
1859 : naissance le 15 mai à Paris, 16 rue Cuvier (5e arrondissement)
1875 : baccalauréat en sciences à 16 ans
1877 : licence de physique à la Sorbonne à 18 ans
1878 : préparateur-adjoint au laboratoire de Paul Desains, faculté des sciences de Paris
1880 : découverte de la piézoélectricité avec son frère Jacques, dans le laboratoire de Charles Friedel
1883 : chef de travaux à l'EMPCI, poste qu'il occupera jusqu'à sa mort
1885 : invention du quartz piézoélectrique permettant de mesurer de très faibles charges électriques
1891 : début des recherches systématiques sur le magnétisme
1895 : soutenance de thèse sur les propriétés magnétiques des corps à diverses températures ; mariage avec Maria Sklodowska le 26 juillet
1898 : découverte du polonium (juillet) et du radium (décembre) avec Marie Curie et Gustave Bémont
1900 : nommé répétiteur à l'École polytechnique puis chargé de cours à la faculté des sciences
1902 : détermination de la masse atomique du radium
1903 : prix Nobel de physique partagé avec Marie Curie et Henri Becquerel ; médaille Davy de la Royal Society
1904 : chaire de physique générale créée à la Sorbonne
1905 : élection à l'Académie des sciences ; voyage à Stockholm pour recevoir le Nobel
1906 : mort accidentelle le 19 avril, renversé par un camion hippomobile rue Dauphine à Paris
1995 : transfert de ses cendres et de celles de Marie au Panthéon, sur décision du président François Mitterrand
Pierre Curie hérite du père Eugène Curie un tempérament de libre penseur, républicain et anticlérical. Sa femme Marie décrit dans son livre Pierre Curie un homme à l'esprit rêveur, peu compatible avec la discipline scolaire, que ses contemporains prenaient parfois pour de la lenteur intellectuelle. Il note lui-même dans son journal, à l'âge de 20 ans : "Si j'avais le temps, je me laisserais bien aller à raconter toutes les rêvasseries que j'ai faites." (Journal intime, 1879, cité par l'ESPCI Paris)
Pierre et Marie Curie ont deux filles. Irène, née en 1897, poursuit leurs travaux et reçoit à son tour le prix Nobel de chimie en 1935 avec son mari Frédéric Joliot-Curie pour la découverte de la radioactivité artificielle. Ève, née en 1904, deux ans avant la mort de son père, devient journaliste et écrit une biographie de sa mère, traduite dans le monde entier. Elle épouse Henry Labouisse, directeur exécutif de l'UNICEF, qui reçoit le prix Nobel de la paix en 1965 au nom de l'organisation.
Pierre Curie et Marie Curie sont inhumés d'abord dans le caveau de la famille Curie au cimetière de Sceaux. En 1995, leurs cendres sont transférées au Panthéon dans une sépulture plombée.
Pierre Curie meurt le 19 avril 1906 à Paris, à 46 ans. Rue Dauphine, il tente de traverser la chaussée sous une pluie battante devant un camion hippomobile attelé de deux percherons. Il glisse sur le pavé mouillé, échappe aux premières roues mais est écrasé par les roues arrière. La mort est instantanée. Les sources de l'époque soulignent sa fatigue chronique liée à son exposition prolongée aux rayonnements radioactifs. Il laisse Marie seule avec leurs deux filles, Irène âgée de 8 ans et Ève de moins de 2 ans.
Pierre Curie naît au 16, rue Cuvier dans le 5e arrondissement de Paris. Il passe l'essentiel de sa carrière dans les locaux de l'EMPCI (actuelle ESPCI Paris, rue Vauquelin, 5e arrondissement), dont il dirige le laboratoire de physique de 1882 jusqu'à sa mort. Ses recherches avec Marie se déroulent dans un hangar humide mis à disposition par la direction de l'école, faute de laboratoire adapté. La famille Curie réside à Sceaux, où Pierre est d'abord inhumé. Ses cendres reposent au Panthéon depuis le 20 avril 1995. L'Institut du radium, dont le nom a été changé en Institut Curie, perpétue son héritage rue d'Ulm à Paris.
516 voies portent son nom en France, ce qui en fait l'une des personnalités les plus présentes dans l'odonymie française.
Source : fichier officiel des rues de France (TOPO), mai 2026.
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Je n'en vois pas la nécessité.
— Pierre Curie, à propos de la Légion d'honneur, cité par Ève Curie, Madame Curie, Gallimard, 1938
Si j'avais le temps, je me laisserais bien aller à raconter toutes les rêvasseries que j'ai faites.
— Journal intime de Pierre Curie, 1879, cité par l'ESPCI Paris
C'est elle qui a eu le courage d'entreprendre la recherche chimique des éléments nouveaux, elle a fait tous les fractionnements nécessaires pour la séparation du radium.
— Lettre de Pierre Curie à Henri Poincaré, janvier 1903, Archives Nobel
Je n'en vois pas la nécessité.
— Pierre Curie, à propos de la Légion d'honneur, cité par Ève Curie, Madame Curie, Gallimard, 1938
Si j'avais le temps, je me laisserais bien aller à raconter toutes les rêvasseries que j'ai faites.
— Journal intime de Pierre Curie, 1879, cité par l'ESPCI Paris
C'est elle qui a eu le courage d'entreprendre la recherche chimique des éléments nouveaux, elle a fait tous les fractionnements nécessaires pour la séparation du radium.
— Lettre de Pierre Curie à Henri Poincaré, janvier 1903, Archives Nobel