Résumé biographique

Pianiste de formation devenue femme de lettres, journaliste et figure humanitaire, Ève Curie s’impose comme la voix littéraire de la dynastie Curie. Autrice de la biographie de sa mère et engagée auprès de la France libre puis de l’UNICEF, elle traverse le XXe siècle en témoin actif.


Parcours

Née à Paris en 1904, Ève Denise Curie grandit dans l’ombre scientifique de Pierre et Marie Curie mais choisit très tôt une voie artistique. Élève du collège Sévigné, elle obtient son baccalauréat en 1925 avant de se consacrer au piano, formée notamment par Ignacy Jan Paderewski. La même année, elle donne son premier récital parisien et entame une carrière de concertiste qui la conduit sur différentes scènes en France et en Belgique. Attirée aussi par l’écriture, elle signe critiques musicales et chroniques culturelles dans la presse parisienne. Au théâtre, elle adapte la pièce américaine *Spread Eagle* sous le titre 145, Wall Street, créée au Théâtre du Gymnase au début des années 1930.

La mort de Marie Curie en 1934 marque un tournant : Ève se retire pour rassembler archives et correspondances familiales et rédige la biographie Madame Curie, publiée en 1937-1938, best-seller mondial couronné par le National Book Award et adaptée au cinéma par la MGM. Pendant la Seconde Guerre mondiale, elle rejoint la France libre, dirige une section d’information féminine, puis parcourt l’Afrique, l’Union soviétique et l’Asie comme correspondante de guerre, expérience racontée dans Journey Among Warriors en 1943. Après 1945, elle co-dirige le quotidien Paris-Presse, s’implique dans la vie publique, devient conseillère spéciale du premier secrétaire général de l’OTAN, puis accompagne la carrière diplomatique de son mari Henry Labouisse. À partir des années 1960, elle se consacre largement aux missions de l’UNICEF et aux activités de la Fondation Curie.


Repères chronologiques

1904 : Naissance à Paris, au sein de la famille de scientifiques Pierre et Marie Curie.
1925 : Baccalauréat au collège Sévigné puis premiers récitals de piano à Paris et en Belgique.
1933 : Création au Théâtre du Gymnase de la pièce 145, Wall Street, son adaptation de *Spread Eagle*.
1937 : Publication de la biographie Madame Curie, succès international rapidement traduit et primé.
1941 : Engagement auprès de la France libre, reportages pour la presse alliée et tournées de conférences aux États-Unis.
1943 : Parution de Journey Among Warriors, récit de ses voyages sur les fronts africain, soviétique et asiatique.
1952 : Nomination comme conseillère spéciale du secrétaire général de l’OTAN Hastings Ismay à Paris.
1954 : Mariage avec le diplomate américain Henry Richardson Labouisse Jr., futur directeur exécutif de l’UNICEF.
1958 : Acquisition de la nationalité américaine tout en conservant un lien étroit avec la France.
1965 : Participation, aux côtés de son mari, à la réception du prix Nobel de la paix décerné à l’UNICEF.
1957 : Entrée au conseil d’administration de la Fondation Curie, où elle siège une décennie.
1987 : Décès de Henry Labouisse ; elle poursuit seule ses activités de témoignage et de soutien humanitaire.
2004 : Célébration de son centième anniversaire à New York en présence de Kofi Annan et de messages officiels français et américains.
2007 : Décès à New York à plus de cent ans, après une longue vie consacrée aux lettres, à la diplomatie et à l’humanitaire.


Vie personnelle et engagements

Née dans un environnement scientifique exceptionnel, Ève Curie est la cadette d’Irène Joliot-Curie et la fille de Pierre et Marie Curie. Très tôt orpheline de père, elle grandit entre Paris et Sceaux, entourée de gouvernantes mais fortement marquée par l’exigence intellectuelle de sa mère. Contrairement au reste de la famille, elle choisit une orientation littéraire et artistique, assumant le rôle de « non-scientifique » dans une lignée de lauréats du Nobel. En 1954, elle épouse Henry Richardson Labouisse Jr., diplomate américain qu’elle accompagne dans ses différentes affectations, notamment en Grèce. Elle n’a pas d’enfants, mais entretient un lien étroit avec sa belle-fille Anne Peretz et la descendance de celle-ci, dans laquelle elle est reconnue comme grand-mère et arrière-grand-mère.

Parallèlement à sa vie familiale, Ève Curie se définit par une série d’engagements civiques et humanitaires. Pendant la Seconde Guerre mondiale, elle soutient activement la France libre, met sa plume et sa voix au service de la lutte contre le nazisme et parcourt les fronts comme correspondante, au plus près des soldats et des populations civiles. Après-guerre, elle prend position pour diverses causes, notamment en faveur des femmes et des démocraties naissantes, et participe aux débats internationaux autour de la création d’Israël. Administratrice de la Fondation Curie, elle défend la mémoire scientifique de ses parents tout en s’investissant dans les programmes de santé de l’UNICEF, qu’elle accompagne sur le terrain dans de nombreux pays, devenant une figure respectée des milieux humanitaires.


Lieux de référence

Plusieurs lieux symbolisent la trajectoire d’Ève Curie. Paris, où elle naît, étudie au collège Sévigné, débute comme pianiste et écrit Madame Curie, demeure le cœur de ses attaches familiales et intellectuelles. Le Musée Curie et l’Institut Curie, installés dans les anciens laboratoires de sa mère, conservent de nombreux témoignages de son travail de biographe et d’administratrice. New York occupe une place centrale dans la seconde partie de sa vie : elle y réside de longues années, y reçoit ses visiteurs à Sutton Place et y meurt en 2007. Enfin, la ville de La Nouvelle-Orléans, où elle est inhumée aux côtés de son mari, complète cette géographie entre Europe, diplomatie onusienne et monde atlantique.


Contexte du décès

Âgée de plus de cent ans, Ève Curie s’éteint paisiblement dans son appartement de Manhattan, à New York, au mois d’octobre 2007, au terme d’une très longue vie publique et intellectuelle. Devenue centenaire trois ans plus tôt, elle avait alors reçu la visite de Kofi Annan et des messages officiels de la France et des États-Unis, qui saluaient son rôle dans la diffusion de l’héritage Curie et dans l’action de l’UNICEF. À sa mort, la presse internationale, les institutions scientifiques et les organisations humanitaires publient nécrologies et hommages, rappelant sa double carrière d’écrivaine et de militante de terrain. Pour de nombreux lecteurs et acteurs de la solidarité internationale, elle reste la voix littéraire de Marie Curie autant qu’une figure de la France libre et de l’enfance défendue par les Nations unies.


Où se recueillir ?

Ève Curie repose au Metairie Cemetery, à La Nouvelle-Orléans, en Louisiane, dans la sépulture familiale de son époux Henry Richardson Labouisse Jr. Sa tombe, sobrement signalée, permet aux admirateurs de la dynastie Curie et aux proches de l’UNICEF de lui rendre hommage loin de Paris. Pour un recueillement plus centré sur l’histoire familiale et scientifique, le Musée Curie et l’Institut Curie, à Paris, proposent expositions et archives consacrées à Marie Curie, à ses filles et à leurs engagements, offrant un autre lieu de mémoire complémentaire à sa sépulture américaine.


Anecdotes

1 - Adolescente passionnée de musique, Ève Curie reçoit l’enseignement du grand pianiste polonais Ignacy Jan Paderewski. Formée à un niveau de concertiste, elle commence par vivre de ses récitals avant d’être mieux connue du grand public pour sa plume que pour son clavier.

2 - Lorsqu’elle publie Madame Curie, la biographie de sa mère devient très vite un best-seller international, notamment aux États-Unis, où elle reçoit le National Book Award. L’ouvrage inspire la MGM, qui en tire en 1943 le film Madame Curie avec Greer Garson.

3 - Pendant la guerre, Ève Curie parcourt l’Afrique, l’Union soviétique et l’Asie comme envoyée spéciale, rencontrant dirigeants et soldats anonymes. Son périple, rapporté dans Journey Among Warriors, la conduit jusqu’à Mahatma Gandhi, Chiang Kaï-shek ou encore aux lignes de front du désert libyen.

4 - Dans les années 1960, accompagnant Henry Labouisse à la tête de l’UNICEF, elle sillonne plus d’une centaine de pays pour visiter des programmes destinés aux enfants. Présente à Oslo lorsque l’organisation reçoit le prix Nobel de la paix, elle aime rappeler avec humour qu’elle est la seule de la famille Curie à n’avoir jamais remporté de Nobel.


Points clés

- Métier(s) : pianiste, femme de lettres, journaliste, conférencière, diplomate, cadre de l’UNICEF
- Résidence principale : New York (États-Unis), après une jeunesse et une carrière débutée à Paris
- Relations : fille de Pierre et Marie Curie, sœur d’Irène Joliot-Curie, épouse du diplomate Henry Richardson Labouisse Jr.
- Enfants : aucun enfant biologique ; une belle-fille, Anne Peretz, et une descendance par alliance qui la considère comme grand-mère
- Distinctions : National Book Award pour Madame Curie, croix de guerre 1939-1945, Légion d’honneur (chevalier puis officier), ordre Polonia Restituta, plusieurs doctorats honoris causa