Résumé biographique

Juriste d'exception et diplomate humaniste, René Cassin est le principal architecte de la Déclaration universelle des droits de l'homme. Son engagement indéfectible pour la dignité humaine, forgé dans les tranchées de la Grande Guerre, lui a valu le prix Nobel de la paix en 1968.


Parcours

Le destin de René Cassin bascule lors de la Première Guerre mondiale où il est grièvement blessé en 1914, une expérience qui fera de lui un "grand mutilé" et le moteur de son futur combat pour les droits des anciens combattants. Professeur de droit reconnu à Lille puis à Paris, il fonde l'Union fédérale des mutilés et anciens combattants. Son expertise juridique devient une arme diplomatique lorsqu'il représente la France à la Société des Nations entre 1924 et 1938. Dès juin 1940, il est l'un des premiers civils à rejoindre le général de Gaulle à Londres. Il rédige les accords "Chequers" qui légitiment juridiquement la France Libre auprès du gouvernement britannique. Membre du Conseil de défense de l'Empire puis commissaire à la Justice et à l'Instruction publique, il joue un rôle structurel dans l'organisation administrative et juridique de la Résistance extérieure.

Après la Libération, il accède à des fonctions institutionnelles de premier plan, devenant vice-président du Conseil d'État de 1944 à 1960. Son œuvre la plus universelle s'accomplit à l'ONU où, en tant que membre puis président de la Commission des droits de l'homme, il rédige le texte de la Déclaration universelle des droits de l'homme, adoptée en 1948. Il préside ensuite la Cour européenne des droits de l'homme de 1965 à 1968, consolidant la protection juridique des citoyens face aux États. Parallèlement, il préside l'Alliance israélite universelle, œuvrant pour l'éducation et la solidarité. En 1968, l'attribution du prix Nobel de la paix vient couronner une vie dédiée à la construction d'un ordre juridique international fondé sur la justice. Il utilise la dotation du prix pour fonder l'Institut international des droits de l'homme à Strasbourg.


Repères chronologiques

1887 : Naissance le 5 octobre à Bayonne, dans les Pyrénées-Atlantiques.
1914 : Blessure grave au combat qui marque le début de son engagement pour les victimes de guerre.
1924 : Début de sa mission de délégué français à la Société des Nations.
1940 : Ralliement à la France Libre à Londres le 29 juin.
1943 : Présidence du Comité juridique du Comité français de la Libération nationale.
1944 : Nomination à la vice-présidence du Conseil d'État français.
1946 : Membre fondateur de l'UNESCO lors de sa création.
1948 : Adoption de la Déclaration universelle des droits de l'homme dont il est le rédacteur.
1959 : Élection comme juge à la Cour européenne des droits de l'homme.
1965 : Élection à la présidence de la Cour européenne des droits de l'homme.
1968 : Lauréat du prix Nobel de la paix et du prix des droits de l'homme des Nations Unies.
1976 : Décès à Paris et transfert ultérieur de ses cendres au Panthéon.


Vie personnelle et engagements

René Cassin est né au sein d'une famille commerçante d'origine juive. Son père, Henri Cassin, et sa mère, Gabrielle Dreyfus, l'encouragent dans ses études de droit à Nice puis Aix-en-Provence. Il se marie en premières noces avec Simone Yzombard en 1917, qui l'accompagne durant les années de guerre et de reconstruction. Après le décès de cette dernière, il épouse Ghislaine Bru en 1975, peu avant sa propre disparition. Sans descendance directe, il considère les institutions qu'il a créées comme son véritable héritage. Sa rigueur morale et sa modestie personnelle étaient reconnues par tous ses contemporains, de Charles de Gaulle à ses collègues universitaires.

Son engagement associatif est indissociable de sa carrière. Il préside durant de longues années l'Alliance israélite universelle, luttant contre l'antisémitisme et pour l'accès à la culture. Ami proche de figures intellectuelles comme Stefan Zweig avant-guerre, il entretient des correspondances nourries avec les grands juristes de son temps. Sa passion pour l'enseignement le conduit à maintenir un lien constant avec l'Université de Paris, même au sommet de ses fonctions étatiques. Il a également œuvré pour la protection des réfugiés et l'apatridie, thématiques qu'il jugeait cruciales pour la paix mondiale. Sa vie durant, il a porté l'insigne des mutilés de guerre comme un rappel constant de la nécessité d'éviter de nouveaux conflits par le droit.


Contexte du décès

René Cassin s'éteint le 20 février 1976 à Paris, à l'âge de 88 ans. Il décède à l'hôpital de la Salpêtrière des suites d'une affection pulmonaire. Ses funérailles ont été marquées par une importance solennelle, reflétant son rang de Grand-croix de la Légion d'honneur. En 1987, pour le centenaire de sa naissance, ses cendres sont transférées au Panthéon par décision du président François Mitterrand. Le garde des Sceaux de l'époque, Robert Badinter, a prononcé un éloge funèbre vibrant, saluant le "soldat du droit". Les représentants des Nations Unies et de la Cour européenne des droits de l'homme ont rendu un hommage unanime à celui qui a su donner une voix juridique universelle aux opprimés.


Lieux de référence

La sépulture de René Cassin se trouve au Panthéon à Paris, aux côtés des autres grands hommes de la Nation. Un square portant son nom se situe près de l'église Saint-Eustache à Paris. L'Institut international des droits de l'homme à Strasbourg, qu'il a fondé, demeure le centre actif de sa postérité intellectuelle et juridique.


Anecdotes

1 - René Cassin a rédigé les premiers statuts juridiques de la France Libre sur un coin de table à Londres, permettant ainsi au mouvement du général de Gaulle d'être reconnu par les Alliés comme une entité légale.
2 - Bien qu'il soit l'un des rédacteurs de la Déclaration de 1948, il insistait toujours pour dire qu'elle était l'œuvre d'une collectivité humaine et non celle d'un seul homme, illustrant sa profonde humilité.
3 - Blessé au ventre et aux jambes en 1914, il a vécu toute sa vie avec des douleurs chroniques, ce qui ne l'a jamais empêché d'effectuer des voyages diplomatiques incessants autour du globe.
4 - Le prix Nobel de la paix lui a été remis exactement vingt ans après l'adoption de la Déclaration universelle des droits de l'homme, une coïncidence temporelle que le comité Nobel a souligné lors de la cérémonie.


Points clés

- Métier(s) : Juriste, diplomate, professeur de droit, magistrat.
- Résidence principale : Paris, France.
- Relations de couple : Simone Yzombard (1917), Ghislaine Bru (1975).
- Enfants : Aucun.
- Distinctions : Prix Nobel de la paix, Grand-croix de la Légion d'honneur, Compagnon de la Libération.