Pierre Laval, avocat et homme d'État français né le 28 juin 1883 à Châteldon (Puy-de-Dôme), fut chef du gouvernement du régime de Vichy de 1942 à 1944 et principal artisan de la politique de collaboration avec l'Allemagne nazie, pour laquelle il fut condamné à mort et fusillé le 15 octobre 1945.
Fils de Gilbert Laval, aubergiste, hôtelier et marchand de chevaux, et de Claudine Tournaire, Pierre Laval grandit à Châteldon dans une famille modeste du Puy-de-Dôme. Pour financer ses études, il travaille comme répétiteur dans des lycées de la région lyonnaise. Il obtient une licence en sciences naturelles avant d'opter pour le droit et de s'inscrire au barreau de Paris en 1909. Sa première affaire retentissante est l'acquittement de Gustave Manhès, syndicaliste révolutionnaire poursuivi pour détention d'explosifs. Proche de la CGT, il adhère à la SFIO et est élu député d'Aubervilliers en mai 1914, le plus jeune des 103 députés socialistes. Durant la Première Guerre mondiale, réformé pour varices, il maintient une ligne pacifiste minoritaire aux côtés de Jean Longuet. Battu aux élections de 1919, il quitte progressivement la gauche, devient maire d'Aubervilliers en 1923 et sénateur de la Seine en 1927, avant d'exercer plusieurs portefeuilles ministériels à partir de 1925 sous Paul Painlevé puis sous Aristide Briand.
Président du Conseil de janvier 1931 à février 1932, Pierre Laval est désigné personnalité de l'année 1931 par le magazine américain Time, premier Français à recevoir cette distinction. Il y mène une politique de rigueur budgétaire et rencontre le président Herbert Hoover lors d'une visite officielle aux États-Unis. Revenu aux affaires en 1935, il signe avec Staline le pacte franco-soviétique d'assistance mutuelle et noue une alliance avec Benito Mussolini au traité de Rome de janvier 1935. Sa politique de déflation budgétaire aggrave la crise économique et provoque sa chute en janvier 1936. Après la défaite de juin 1940, Laval rejoint Philippe Pétain à Vichy et obtient des parlementaires le vote des pleins pouvoirs constituants le 10 juillet 1940, mettant fin à la Troisième République. Nommé vice-président du Conseil et dauphin désigné de Pétain, il est brusquement révoqué en décembre 1940 avant d'être rappelé en avril 1942, avec des pouvoirs étendus, sous le titre de chef du gouvernement, créé pour la circonstance par un acte constitutionnel.
Chef du gouvernement de Vichy d'avril 1942 à août 1944, Pierre Laval accentue la politique de collaboration avec l'Allemagne nazie. Le 22 juin 1942, dans un discours radiodiffusé, il déclare : « Je souhaite la victoire de l'Allemagne, parce que, sans elle, le bolchevisme, demain, s'installerait partout. » Ce discours, retranscrit dans Les Nouveaux Temps du 24 juin 1942, est retenu à charge lors de son procès. Laval nomme René Bousquet secrétaire général à la Police en avril 1942 : sous ce gouvernement, la police française participe aux grandes rafles de Juifs, dont celle du Vélodrome d'Hiver des 16 et 17 juillet 1942. En 1943, Laval intègre à son gouvernement Joseph Darnand, chef de la Milice, puis Marcel Déat. Il institue également le Service du travail obligatoire (STO) en février 1943, contraignant des centaines de milliers de Français au travail en Allemagne. À la Libération, il fuit vers l'Espagne avant d'être remis aux autorités françaises le 31 juillet 1945. Jugé par la Haute Cour de justice en octobre 1945, il est condamné à mort pour haute trahison et complot contre la sûreté de l'État, et fusillé à la prison de Fresnes le 15 octobre 1945. Le Mémorial de Caen a relevé en 2024 que l'acte d'accusation de 1945 n'avait pas suffisamment pris en compte le rôle de Laval dans la déportation des enfants juifs de moins de seize ans, que Berlin n'exigeait pas initialement.
1883 : naissance le 28 juin à Châteldon (Puy-de-Dôme), fils de Gilbert Laval et de Claudine Tournaire
1909 : inscription au barreau de Paris ; mariage avec Jeanne Claussat
1914 : élu député socialiste d'Aubervilliers (Seine), le plus jeune des 103 élus socialistes
1923 : élu maire d'Aubervilliers ; début d'une longue carrière d'édile ouvrier de la banlieue parisienne
1927 : élu sénateur du Puy-de-Dôme
1931 : première présidence du Conseil (janvier 1931-février 1932) ; personnalité de l'année du magazine Time
1935 : traité de Rome avec Mussolini (janvier) ; pacte franco-soviétique d'assistance mutuelle avec Staline (mai) ; deuxième présidence du Conseil (juin 1935-janvier 1936)
1940 : rejoint le gouvernement Pétain (juin) ; fait voter les pleins pouvoirs constituants à Vichy le 10 juillet ; révoqué par Pétain en décembre
1942 : rappelé au pouvoir en avril comme chef du gouvernement avec des pouvoirs étendus ; discours radiodiffusé du 22 juin souhaitant la victoire allemande ; organisation de la Relève, préfiguration du STO
1943 : institue le Service du travail obligatoire (STO) en février ; intègre Joseph Darnand à son gouvernement en décembre
1944 : intègre Marcel Déat en mars ; fuit vers Belfort en août lors de la Libération, puis vers l'Espagne en mai 1945
1945 : remis aux autorités françaises le 31 juillet ; procès devant la Haute Cour de justice du 4 au 9 octobre ; tentative de suicide par le cyanure le 15 octobre ; fusillé à la prison de Fresnes le même jour à 12 h 32
Pierre Laval épouse en 1909 Jeanne Claussat, fille du maire radical-socialiste de Châteldon et soeur du député Joseph Claussat. Le couple a une fille unique, Josée Laval, née le 2 avril 1911 à Paris, qui épouse en 1935 le comte René de Chambrun. Autodidacte de formation, Laval conserve toute sa vie un parler direct et populaire hérité de son milieu auvergnat. En 1923, il acquiert un domaine de 120 hectares à Moussonvilliers en Normandie, où il élève chevaux et bovins. En 1931, il rachète le château de Châteldon et remet en service trois sources thermales, créant une cinquantaine d'emplois autour de l'eau minérale de Châteldon.
Sur le plan professionnel, Pierre Laval constitue à partir de 1927 un empire de presse et de radio : il rachète Le Moniteur du Puy-de-Dôme, Radio-Lyon et plusieurs quotidiens de province, revendus en 1931 à Raymond Patenôtre avec une plus-value de trois millions de francs. Jean Jardin, son directeur de cabinet à Vichy, est son principal collaborateur dans les dernières années du régime. Son gendre René de Chambrun, avocat franco-américain descendant de La Fayette, milite après la guerre pour sa réhabilitation sans jamais l'obtenir. Otto Abetz, ambassadeur d'Allemagne à Paris, est l'un de ses soutiens actifs auprès des autorités nazies dès 1940.
Pierre Laval est arrêté à son retour d'Espagne le 31 juillet 1945 et incarcéré à la prison de Fresnes. Inculpé de haute trahison par le juge Pierre Béteille, il comparaît le 4 octobre 1945 devant la Haute Cour de justice. Le procès, expéditif, dure cinq jours. Condamné à mort, il tente de se suicider dans sa cellule le 15 octobre 1945 en avalant une capsule de cyanure dissimulée dans sa chaussure. Ranimé de force après un lavage d'estomac, il est conduit au peloton d'exécution dans la cour de la prison de Fresnes et fusillé à 12 h 32. Son avocat Albert Naud et ses défenseurs avaient dénoncé publiquement la partialité de la procédure. Aucune demande de révision du procès ne fut ultérieurement formulée.
Inhumé d'abord dans une fosse commune du cimetière parisien de Thiais, Pierre Laval est exhumé le 15 novembre 1945 et transféré dans la 15e division du cimetière du Montparnasse à Paris, où il repose dans un caveau familial avec son épouse Jeanne Claussat, sa fille Josée de Chambrun et son gendre René de Chambrun. La tombe demeure discrète et n'est indiquée dans aucun guide touristique.
1 - Réformé définitivement pour varices lors de son deuxième appel sous les drapeaux en 1903, Pierre Laval ne participa pas à la Première Guerre mondiale, contrairement à la quasi-totalité des hommes politiques français de sa génération.
2 - En 1931, Laval rachète le château de Châteldon, son village natal, et relance l'exploitation de trois sources thermales sur le terrain attenant : l'eau minérale de Châteldon, toujours commercialisée, emploie alors une cinquantaine d'habitants du bourg.
3 - Le 15 octobre 1945, jour de l'exécution, le jeune Alain Delon, âgé de 9 ans et vivant à la prison de Fresnes où son beau-père était surveillant, entendit la salve du peloton. Il évoqua cet épisode dans plusieurs interviews ultérieures.
4 - Avant d'être fusillé, Pierre Laval avait tenté de se suicider en avalant une capsule de cyanure. Ranimé de force après un lavage d'estomac, il fut conduit, affaibli, devant le peloton et parvint néanmoins à crier « Vive la France ! ».
5 - En 2018, l'historien Renaud Meltz publie une biographie de plus de 1 200 pages sur Laval, exploitant des archives familiales inédites, dont la correspondance de Charlotte Charpentier, maîtresse de Laval longtemps restée dans l'ombre de la littérature historique.
- Métier(s) : avocat, homme politique, président du Conseil, chef du gouvernement de Vichy
- Résidence principale : Châteldon (Puy-de-Dôme), Paris
- Relations de couple : Jeanne Claussat (épouse, 1909)
- Enfants : Josée Laval (1911-1992)
- Distinctions : personnalité de l'année 1931 du magazine Time (premier Français à recevoir cette distinction)
« J'ai toujours trop aimé mon pays pour me soucier d'être populaire. »
— Allocution radiodiffusée du 22 juin 1942, publiée dans Les Nouveaux Temps, 24 juin 1942
« Je souhaite la victoire de l'Allemagne, parce que, sans elle, le bolchevisme, demain, s'installerait partout. »
— Allocution radiodiffusée du 22 juin 1942, publiée dans Les Nouveaux Temps, 24 juin 1942
« Nous avons eu tort, en 1939, de faire la guerre. Nous avons eu tort, en 1918, au lendemain de la victoire, de ne pas organiser une paix d'entente avec l'Allemagne. »
— Allocution radiodiffusée du 22 juin 1942, publiée dans Les Nouveaux Temps, 24 juin 1942