Roger Gicquel demeure l'une des figures les plus emblématiques du journalisme télévisé français. Voix grave, regard pénétrant, il a incarné pendant six années consécutives le journal de 20 heures de TF1, imposant un style direct et personnel qui a marqué durablement l'histoire de l'information télévisée en France. Son ton engagé et sa célèbre formule d'ouverture ont fait de lui bien plus qu'un simple présentateur : un compagnon quotidien pour des millions de téléspectateurs.
Roger Gicquel naît dans l'Oise, à Thiers-sur-Thève, au sein d'une famille modeste. Attiré très jeune par le journalisme, il effectue ses premières armes dans la presse écrite régionale avant de rejoindre la radio. Sa voix, déjà reconnaissable, et son sens du reportage lui ouvrent rapidement les portes de la radiodiffusion nationale. Dans les années 1960, il travaille pour l'ORTF où il se forge une solide réputation de journaliste de terrain, couvrant des événements majeurs en France et à l'étranger.
En 1975, TF1 lui confie la présentation du journal de 20 heures, fonction qu'il occupera jusqu'en 1981. À l'antenne, il invente un nouveau rapport au téléspectateur : chaque soir, il ouvre son journal par un "Bonsoir" suivi d'une phrase personnelle, souvent critique ou empathique, qui contextualise l'actualité. Cette approche subjective, alors inédite, suscite à la fois l'adhésion du public et la controverse au sein de la profession. Avec des audiences dépassant régulièrement dix millions de téléspectateurs, Roger Gicquel devient l'un des journalistes les plus influents de son époque. Après son départ de TF1, il poursuit une carrière plus discrète à la radio et dans diverses émissions, restant attaché à son métier jusqu'à la fin de sa vie.
Roger Gicquel a toujours préservé avec soin l'intimité de sa vie familiale, loin des projecteurs médiatiques. Marié, il a élevé plusieurs enfants dans la discrétion, refusant d'exposer sa sphère privée malgré sa notoriété. Réputé pour son caractère exigeant et perfectionniste, il cultivait néanmoins de solides amitiés au sein du milieu journalistique. Passionné de lecture et d'histoire, il consacrait une partie de son temps libre à l'étude des grands événements du XXe siècle, nourrissant ainsi sa réflexion sur l'actualité. Attaché à la Bretagne, il avait élu domicile à Saint-Malo où il aimait se ressourcer loin de l'agitation parisienne, profitant des paysages marins et de la quiétude des terres bretonnes.
Homme de convictions, Roger Gicquel n'a jamais caché son engagement pour une information rigoureuse et accessible. Il défendait l'idée que le journaliste devait éclairer le citoyen sans neutralité feinte, tout en respectant la vérité des faits. Cette philosophie le conduisit à prendre publiquement position sur plusieurs sujets de société, notamment la liberté de la presse et l'indépendance éditoriale face aux pouvoirs politiques et économiques. Tout au long de sa carrière, il a également soutenu de jeunes journalistes, jouant le rôle de mentor auprès de ceux qui partageaient sa vision exigeante du métier.
Roger Gicquel s'éteint le 6 mars 2010 à Plouër-sur-Rance (près de Saint-Malo), à l'âge de soixante-dix-sept ans, victime d'une crise cardiaque. Son décès, survenu dans la ville qu'il avait choisie pour sa retraite, a été annoncé dans la journée et a suscité une vive émotion dans le monde du journalisme français. De nombreux confrères ont rendu hommage à celui qui avait incarné une époque du journalisme télévisé, saluant son professionnalisme, son courage et son attachement indéfectible à l'information de qualité. Les grandes chaînes d'information ont consacré des reportages à sa mémoire, rediffusant certains de ses journaux emblématiques et rappelant l'impact de sa célèbre phrase "La France a peur". Ses obsèques se sont déroulées dans l'intimité familiale, conformément à sa volonté de discrétion.
Roger Gicquel repose en Bretagne, région qu'il affectionnait particulièrement et où il avait passé les dernières années de sa vie. Thiers-sur-Thève, village picard de sa naissance, conserve la mémoire de cet enfant du pays devenu figure nationale. Saint-Malo, ville de son dernier domicile, demeure le symbole de son attachement à la Bretagne, ses remparts et ses horizons marins ayant accompagné sa retraite. Paris, où il exerça l'essentiel de sa carrière, garde la trace de ses passages dans les studios de TF1 et les rédactions où il forgea sa légende journalistique.