Melina Mercouri, de son vrai nom Maria Amalia Mercouri, est une actrice, chanteuse et femme politique grecque, née le 18 octobre 1920 à Athènes et morte le 6 mars 1994 à New York. Première femme ministre de la Culture de Grèce en 1981, elle est également à l'origine de la création des Capitales européennes de la culture.
Melina Mercouri grandit à Athènes dans un milieu politico-artistique et effectue sa formation à l'Institut dramatique du Théâtre national de Grèce, où elle est l'élève de Dimítris Rondíris. Elle débute professionnellement en 1945 dans le rôle de Lavinia dans Le deuil sied à Électre d'Eugene O'Neill, puis connaît un premier succès notable en 1949 en incarnant Blanche Dubois dans Un tramway nommé Désir de Tennessee Williams, mis en scène par Karolos Koun au Théâtre d'Art d'Athènes. Repérée par le dramaturge français Marcel Achard, elle se rend à Paris en 1950 et y interprète ses pièces, dont Le Moulin de la Galette en 1951 et Les Compagnons de la marjolaine en 1952 au Théâtre Antoine. En 1953, elle reçoit le prix Marika Kotopouli, distinction théâtrale grecque. Son entrée dans le cinéma s'effectue en 1955 avec Stella, réalisé par Michael Cacoyannis, film présenté au Festival de Cannes en 1956 où elle rencontre Jules Dassin, cinéaste américain exilé en Europe en raison du maccarthysme.
La collaboration artistique et sentimentale avec Jules Dassin structure l'essentiel de la filmographie internationale de Melina Mercouri. Leur premier film commun, Celui qui doit mourir (1957), est suivi par La Loi (1959), puis par Jamais le dimanche (1960), dans lequel elle incarne Ilya, prostituée indépendante du Pirée. Ce rôle lui vaut le Prix d'interprétation féminine au Festival de Cannes et une nomination à l'Oscar de la meilleure actrice. D'autres films avec Dassin suivent : Phèdre (1962), avec Raf Vallone et Anthony Perkins, Topkapi (1964), pour lequel elle reçoit le prix David di Donatello, puis La Promesse de l'aube (1970) et Cri de femmes (1978). Elle travaille également avec d'autres réalisateurs : Vittorio De Sica dans Le Jugement universel (1961), Carl Foreman dans Les Vainqueurs (1963) et Juan Antonio Bardem dans Les Pianos mécaniques (1965). En 1967, lors du coup d'État des colonels, elle se trouve à New York où elle joue dans la comédie musicale Illya Darling, adaptation scénique de Jamais le dimanche. La junte la déchoit de sa nationalité grecque. Elle s'exile en France et aux États-Unis, où elle milite activement pour la démocratie grecque. Revenue en Grèce en 1974, elle participe à la fondation du PASOK aux côtés d'Andreas Papandreou. Élue députée en novembre 1977 pour la 2e circonscription du Pirée avec le plus grand nombre de voix de toute la Grèce, elle est nommée en octobre 1981 première femme ministre de la Culture de Grèce. Elle occupe ce poste jusqu'en 1989, puis de nouveau d'octobre 1993 jusqu'à sa mort. En 1983, lors de la première présidence grecque du Conseil de l'Union européenne, elle propose aux ministres de la Culture des neuf autres États membres la création des Capitales européennes de la culture, programme adopté par l'Union européenne en 1985, avec Athènes comme première ville désignée.
1920 : naissance le 18 octobre à Kolonáki, Athènes
1939 : mariage avec Pános Harokopos, riche propriétaire terrien
1945 : débuts professionnels au Théâtre national d'Athènes
1949 : premier grand succès scénique dans Un tramway nommé Désir au Théâtre d'Art de Karolos Koun
1950 : départ pour Paris, collaboration avec Marcel Achard
1953 : obtention du prix Marika Kotopouli pour l'ensemble de son travail théâtral
1955 : premier film, Stella, réalisé par Michael Cacoyannis
1960 : Prix d'interprétation féminine au Festival de Cannes pour Jamais le dimanche; nomination à l'Oscar de la meilleure actrice
1962 : divorce d'avec Pános Harokopos
1964 : prix David di Donatello pour Topkapi
1966 : mariage avec Jules Dassin à New York
1967 : déchéance de sa nationalité grecque par la junte des colonels; début de l'exil
1971 : publication de son autobiographie I Was Born Greek
1974 : retour en Grèce après la chute de la junte; engagement au PASOK
1977 : élection au Parlement hellénique (2e circonscription du Pirée)
1981 : nomination comme première femme ministre de la Culture de Grèce sous Andreas Papandreou
1983 : proposition du programme des Capitales européennes de la culture lors de la présidence grecque du Conseil de l'UE
1985 : Athènes désignée première Capitale européenne de la culture
1987 : prix spécial lors de la première édition du Prix Europe pour le Théâtre
1992 : dernière apparition scénique dans l'opéra Pylade au Mégaron d'Athènes
1993 : retour au ministère de la Culture sous Andreas Papandreou
1994 : décès le 6 mars à New York; funérailles nationales le 10 mars
Melina Mercouri est la fille de Stamatis Mercouris, officier de cavalerie et membre du Parlement grec, et d'Eirini Lappa. Son grand-père paternel, Spyrídon Merkoúris, a été maire d'Athènes pendant près de trente ans. Elle grandit à Kolonáki, quartier résidentiel d'Athènes, et se forme à l'Institut dramatique du Théâtre national de Grèce. En 1939, elle épouse Pános Harokopos, riche propriétaire terrien, union dont elle se sépare de fait avant d'en obtenir le divorce en 1962. C'est à Cannes en 1955 qu'elle rencontre Jules Dassin ; ils se marient à New York en 1966 et restent unis jusqu'à sa mort. Le couple n'a pas eu d'enfants. Melina est la belle-mère de Joe Dassin, chanteur franco-américain et fils de Jules Dassin, décédé en 1980. Durant son exil entre 1967 et 1974, elle réside principalement entre Paris et New York.
Grande fumeuse tout au long de sa vie, Melina Mercouri développe au milieu des années 1980 un cancer du poumon. Militante pour la démocratie, elle s'engage dès 1974 au PASOK, parti fondé par Andreas Papandreou. En tant que ministre, elle obtient notamment la gratuité des musées nationaux et des sites archéologiques pour les citoyens grecs, engage la restauration des monuments de l'Acropole et lance un concours international pour le futur Nouveau Musée de l'Acropole. Son combat pour le retour des marbres du Parthénon, exposés au British Museum de Londres depuis le XIXe siècle, reste inachevé à sa mort. Après son décès, Jules Dassin fonde la Fondation Melina Mercouri pour perpétuer son engagement culturel. Elle entretient des liens amicaux documentés avec Jean Cocteau, Jean-Paul Sartre, Colette et Françoise Sagan, rencontrés lors de son séjour parisien au début des années 1950.
Melina Mercouri décède le 6 mars 1994 au Memorial Sloan-Kettering Cancer Center de New York, des suites d'un cancer du poumon en phase terminale. Elle occupe encore les fonctions de ministre de la Culture à cette date. Le Premier ministre Andreas Papandreou déclare : « La Grèce est en deuil de Melina, une combattante, une grande actrice et une personne exceptionnelle. » Les salles de cinéma grecques ferment en signe de deuil. Des funérailles nationales sont organisées le 10 mars 1994 à Athènes, auxquelles assistent des dizaines de milliers de Grecs. La Grèce observe un deuil national officiel. Son époux Jules Dassin prononce un discours lors de la cérémonie. En 1997, l'UNESCO crée en son honneur le Prix international Melina Mercouri pour la sauvegarde et la gestion des paysages culturels, décerné tous les deux ans.
Melina Mercouri est inhumée dans le tombeau familial Mercouri au Premier Cimetière d'Athènes, nécropole fondée en 1837 qui accueille de nombreuses personnalités nationales grecques. Jules Dassin, décédé en 2008 à Athènes à l'âge de 97 ans, repose dans le même tombeau familial. Une station du métro d'Athènes porte son nom et lui rend hommage par un portrait géant. Le Centre culturel municipal Melina Merkouri, installé dans une ancienne fabrique de chapeaux à Thissío, à Athènes, perpétue sa mémoire.
1 - Le surnom "Melina" lui a été donné par son grand-père Spyrídon Merkoúris : contraction affectueuse de ses deux prénoms officiels Maria et Amalia, il signifie "miel" en grec et lui restera toute sa vie.
2 - Lorsque la junte militaire lui retire sa nationalité le 12 juillet 1967, Melina Mercouri répond au colonel Stylianos Pattakos : « Je suis née grecque et je mourrai grecque. M. Pattakos est né fasciste. Il mourra fasciste. » Cette réplique devient le titre de son autobiographie parue en 1971.
3 - Durant ses deux mandats au Théâtre d'Art de Karolos Koun (1949-1950), elle se forme à la méthode de Constantin Stanislavski, approche qu'elle adopte pour construire ses personnages de cinéma, selon ses propres déclarations dans I Was Born Greek.
4 - Son album Si Melina m'était contée (1973), enregistré en exil, contient plusieurs compositions de Vangelis Papathanassiou, dont le titre "Athènes, ma ville". C'est l'un des disques les plus vendus de sa discographie de chanteuse.
5 - Elue députée en novembre 1977 dans la 2e circonscription du Pirée, Melina Mercouri obtient le nombre de voix le plus élevé de toute la Grèce pour ce scrutin, battant tout candidat concurrent.
6 - A Paris en 1950-1952, lors de son séjour chez Marcel Achard, elle fréquente régulièrement Jean Cocteau, Jean-Paul Sartre, Colette et Françoise Sagan, cercle dont elle décrit les rencontres dans son autobiographie comme une "métamorphose" personnelle et intellectuelle décisive.
- Métier(s) : actrice, chanteuse, femme politique
- Résidence principale : Athènes (quartier de Kolonáki)
- Relations de couple : mariée à Pános Harokopos (1939-1962, divorce) ; mariée à Jules Dassin (1966-1994)
- Enfants : aucun
- Distinctions : Prix d'interprétation féminine au Festival de Cannes 1960 (Jamais le dimanche) ; nomination à l'Oscar de la meilleure actrice 1961 ; David di Donatello 1964 (Topkapi) ; Prix Europe pour le Théâtre (prix spécial, 1987) ; Prix Marika Kotopouli 1953
« La culture est l'industrie lourde de la Grèce. »
— Interview à la chaîne de télévision publique grecque ERT (date précise non documentée)
« Je suis née grecque et je mourrai grecque. M. Pattakos est né fasciste. Il mourra fasciste. »
— Déclaration du 12 juillet 1967, en réponse à la déchéance de sa nationalité grecque par la junte ; reprise dans son autobiographie I Was Born Greek, 1971
« Je pense que j'étais un animal politique depuis ma plus tendre enfance, et j'ai bu le lait politique de ma mère. »
— Déclaration rapportée par le HCR (source : unhcr.org/ceu/9504-mercouri-melina) (traduit de l'anglais)
« Mes deux amours sont le théâtre et la politique, mais je suis avant tout une patriote qui veut vivre pour la splendeur de la Grèce. »
— Déclaration citée dans Le Petit Journal d'Athènes (lepetitjournal.com/athenes, article « Je suis née grecque et je mourrai grecque »)