Résumé biographique
Homme d'État et universitaire français de premier plan, Alain Devaquet a marqué l'histoire politique contemporaine par son intégrité et son engagement pour l'enseignement supérieur. Sa démission du gouvernement en 1986 demeure un acte symbolique fort de responsabilité politique face à la contestation sociale.
Parcours
Normalien et docteur ès sciences, Alain Devaquet mène une brillante carrière universitaire en tant que professeur de chimie avant de s'engager en politique au sein du RPR. Proche de Jacques Chirac, il est élu député de Paris en 1978 et s'impose rapidement comme l'un des experts du mouvement gaulliste sur les questions d'éducation et de recherche. En 1983, il devient maire du 11e arrondissement de Paris, consolidant ainsi son ancrage local. Sa rigueur intellectuelle et sa connaissance approfondie des rouages universitaires le conduisent naturellement à être nommé ministre délégué chargé de l'Enseignement supérieur et de la Recherche lors de la première cohabitation en mars 1986. Il reçoit alors la mission délicate de réformer l'université française pour lui donner plus d'autonomie et de compétitivité, un projet qui portera son nom et cristallisera les tensions sociales du pays.
Le projet de loi Devaquet, visant notamment à instaurer une sélection à l'entrée des universités et une modulation des frais d'inscription, provoque à l'automne 1986 un mouvement de contestation étudiant d'une ampleur inédite. Malgré ses tentatives de dialogue et d'amendement du texte, la situation s'envenime jusqu'au tragique décès du jeune Malik Oussekine en marge des manifestations. Profondément affecté et refusant que sa réforme soit associée à la violence, il présente sa démission le 6 décembre 1986, entraînant le retrait immédiat du projet de loi par le Premier ministre. Après cet épisode, il poursuit sa carrière comme député puis rejoint la mairie de Paris comme adjoint. Il termine son parcours public en tant que chargé de mission à la présidence de la République sous le mandat de Jacques Chirac, tout en reprenant ses activités de recherche scientifique, notamment sur les modèles mathématiques appliqués à la chimie.
Repères chronologiques
1942 : Naissance le 4 octobre à Raon-l'Étape, dans les Vosges.
1962 : Admission à l'École normale supérieure de la rue d'Ulm.
1970 : Obtention de son doctorat d'État en sciences physiques.
1977 : Devient secrétaire national du RPR chargé de l'éducation.
1978 : Élection comme député de la 15e circonscription de Paris.
1983 : Élection à la mairie du 11e arrondissement de Paris.
1986 : Nomination comme ministre délégué à l'Enseignement supérieur.
1986 : Démission du gouvernement le 6 décembre suite aux manifestations.
1988 : Réélection comme député de Paris lors des législatives.
1995 : Nommé chargé de mission à l'Élysée pour les questions scientifiques.
1997 : Décoré de la Légion d'honneur pour ses services à l'État.
2015 : Publication de ses réflexions sur l'évolution de la recherche française.
2018 : Décès le 19 janvier à Villejuif, dans le Val-de-Marne.
Vie personnelle et engagements
Alain Devaquet était le fils d'un ingénieur et d'une institutrice, un héritage familial qui a durablement influencé son attachement au mérite républicain et à la transmission du savoir. Marié et père de deux enfants, il a toujours veillé à séparer strictement ses fonctions officielles de sa sphère privée. Scientifique reconnu internationalement, il a publié de nombreux ouvrages de référence en chimie théorique, notamment sur la photochimie et les orbitales moléculaires. Sa double culture, alliant les exigences de la recherche fondamentale à l'action politique, faisait de lui une personnalité respectée par-delà les clivages partisans, saluée pour sa courtoisie et son sens de l'éthique.
Ses engagements ne se limitaient pas à la sphère politique ; il était un membre actif de plusieurs sociétés savantes et s'impliquait dans la promotion de la culture scientifique auprès des jeunes. Grand amateur d'opéra et de littérature classique, il entretenait des relations suivies avec des figures du monde académique comme Jean-Marc Monteil ou des responsables politiques tels que Philippe Séguin. Il a également œuvré au sein de la mairie de Paris pour le développement des bibliothèques municipales et l'accès aux nouvelles technologies dans les écoles. Jusqu'à la fin de sa vie, il est resté un observateur attentif et critique des réformes de l'éducation, publiant régulièrement des tribunes pour défendre une vision humaniste de l'université.
Contexte du décès
Alain Devaquet s'éteint le 19 janvier 2018 à l'hôpital Gustave-Roussy de Villejuif, à l'âge de 75 ans. Il luttait depuis plusieurs années contre une pathologie cancéreuse. Ses obsèques ont été célébrées dans l'intimité familiale, conformément à ses dernières volontés, suivies d'une cérémonie de recueillement plus large à Paris. Jacques Chirac, par la voix de ses proches, a salué la mémoire d'un "ami fidèle et d'un grand serviteur de la France". François Hollande et de nombreux responsables de l'enseignement supérieur ont rendu hommage à son courage politique et à sa dignité lors des événements de 1986. Sa dépouille a été inhumée dans le caveau familial de son village natal dans les Vosges.
Lieux de mémoire
La sépulture d'Alain Devaquet se situe au cimetière communal de Raon-l'Étape, dans les Vosges, sa terre d'origine. Un hommage permanent lui est rendu à la mairie du 11e arrondissement de Paris, qu'il a dirigée pendant douze ans. Le laboratoire de chimie de l'Université Paris-Diderot, où il a longtemps enseigné, conserve également des archives et des documents relatifs à ses travaux de recherche pionniers en chimie quantique.
Anecdotes
1 - Alain Devaquet était un passionné de chimie théorique si assidu qu'il continuait de corriger des épreuves scientifiques dans son bureau de ministre entre deux réunions de cabinet. Il considérait la rigueur des équations comme un refuge face à l'imprévisibilité de la joute politique.
2 - Le jour de sa démission en 1986, il a quitté son ministère à pied, sans escorte, refusant d'utiliser la voiture officielle. Ce geste de simplicité a durablement marqué ses collaborateurs, symbolisant sa volonté de redevenir immédiatement un citoyen ordinaire.
3 - Bien qu'associé à une réforme contestée, il était paradoxalement très apprécié par ses étudiants qui louaient ses qualités pédagogiques exceptionnelles. Ses cours de chimie à l'École normale supérieure affichaient souvent complet bien après son passage au gouvernement.
4 - Il possédait une collection impressionnante de livres anciens traitant de l'histoire des sciences. Il aimait raconter que la découverte d'un traité de chimie du XVIIIe siècle l'avait plus ému que sa première élection au Parlement, soulignant sa primauté pour le savoir.
Points clés
- Métier(s) : Universitaire, ministre, député, maire.
- Résidence principale : Paris, France.
- Relations de couple : Marié.
- Enfants : Deux enfants.
- Distinctions : Officier de la Légion d'honneur, Commandeur des Palmes académiques.






