Officier du génie et homme politique français, Aristide Denfert-Rochereau est entré dans la mémoire nationale comme le « Lion de Belfort » pour avoir dirigé, durant cent trois jours en 1870-1871, une résistance qui permit à Belfort de rester française après la défaite face à la Prusse.
Pierre Marie Philippe Aristide Denfert-Rochereau effectue ses études secondaires au collège de Saint-Maixent, puis aux lycées de Toulouse, de Poitiers et au lycée Louis-le-Grand à Paris. Reçu à l'École polytechnique en 1842 après un premier échec, il en sort en 1845 et opte pour l'arme du génie après un stage à l'École d'application de l'artillerie et du génie de Metz, qu'il quitte en 1847 avec le grade de sous-lieutenant. Affecté au 2e régiment du génie à Montpellier, il prend part à l'expédition de Rome en 1849, puis à la guerre de Crimée en 1855, où il est blessé d'une balle à la jambe gauche lors du siège de Sébastopol. Rapatrié, il enseigne la fortification pendant cinq ans à l'École de Metz avant de servir en Algérie, de 1860 à 1864, où il dirige la construction de casernes, ponts et barrages à Constantine, Orléansville et Blida.
Promu chef de bataillon en 1863, Denfert-Rochereau est nommé chef du service du génie à Belfort en 1864. Il y reconfigure les défenses de la place et fait construire un fort sur le plateau de Bellevue. Le 19 octobre 1870, Léon Gambetta le nomme colonel à titre temporaire et gouverneur de Belfort. Du 3 novembre 1870 au 18 février 1871, il oppose une garnison hétérogène de quinze mille hommes aux quarante mille soldats prussiens du général August von Werder, assisté d'Udo von Tresckow. Le 4 novembre 1870, sommé de capituler, il répond par la formule restée célèbre sur le devoir envers la France et envers la République. Il quitte la place sur ordre exprès d'Adolphe Thiers, avec armes et drapeaux, après cent trois jours de siège. Son adjoint à la chefferie du génie, le capitaine Édouard Thiers, mène en parallèle la défense de la redoute de Bellevue.
1823 : naissance le 11 janvier à Saint-Maixent-l'École, dans les Deux-Sèvres.
1842 : entrée à l'École polytechnique.
1847 : sortie de l'École d'application de Metz, affectation au 2e régiment du génie.
1849 : participation à l'expédition de Rome.
1852 : mariage à Montbéliard le 29 mars avec Pauline-Louise-Henriette Surleau-Goguel.
1855 : blessé à la jambe gauche au siège de Sébastopol durant la guerre de Crimée.
1864 : nomination comme chef du service du génie à Belfort.
1870 : nommé colonel et gouverneur de Belfort par Léon Gambetta le 19 octobre ; début du siège le 3 novembre.
1871 : évacuation de Belfort le 18 février avec les honneurs ; élu député du Haut-Rhin le 8 février ; commandeur de la Légion d'honneur le 18 avril ; élu en juillet député de la Charente-Inférieure.
1872 : délégué au synode national de l'Église réformée de France.
1876 : élu député du 6e arrondissement de Paris en février.
1877 : signataire du manifeste des 363 lors de la crise du 16 mai ; réélu en octobre, confirmé questeur de l'Assemblée nationale.
1878 : décès le 11 mai à Versailles.
Aristide Denfert-Rochereau naît dans une famille protestante d'ancienne bourgeoisie originaire de Jarnac. Son père, René Clovis Denfert-Rochereau, est percepteur des contributions directes à Saint-Maixent ; sa mère, Marie Constance David de Lanoüe, est issue d'une famille protestante de province. Il a un frère cadet, Louis-Clovis. Élève au collège de Saint-Maixent, puis aux lycées de Toulouse et de Poitiers et à Louis-le-Grand à Paris, il épouse le 29 mars 1852 à Montbéliard Pauline-Louise-Henriette Surleau-Goguel, fille du pasteur et inspecteur ecclésiastique Jean Surleau. Le couple a deux enfants : Marie Pauline, née en 1853, et Aristide Georges René, né en 1854.
Protestant libéral convaincu, Denfert-Rochereau soutient au synode général de 1872 le courant libéral face à François Guizot et Charles Bois, partisans du courant orthodoxe. Républicain de longue date, il avait voté pour Ledru-Rollin à la présidentielle de 1848 et fréquentait les cercles fouriéristes à Toulon. Politiquement proche de Léon Gambetta, il s'inscrit à la Gauche républicaine puis à l'Union républicaine. Il sollicite auprès d'Adolphe Thiers la grâce du jeune officier Louis-Nathaniel Rossel, fusillé le 27 novembre 1871, et défend dans la Revue politique et littéraire le rétablissement du droit de vote des militaires.
Aristide Denfert-Rochereau meurt le 11 mai 1878 à Versailles, dans sa cinquante-sixième année. La cause précise du décès n'a pas été établie de manière unanime par les sources : un dictionnaire biographique évoque une affection bronchique brutale. Ses obsèques nationales se déroulent à Versailles puis à Montbéliard, où sa dépouille est acheminée par train depuis Belfort, ponctuée de salves d'artillerie. Le 14 mai 1878, le maire de Montbéliard Charles-Louis Fallot prononce son éloge devant le conseil municipal. Léon Gambetta et les députés républicains sont au premier rang des autorités rendant hommage au questeur de l'Assemblée disparu. Son nom est ensuite inscrit au Panthéon, sous l'urne contenant le cœur de Gambetta, parmi les officiers de la guerre de 1870 ayant « sauvé l'honneur de la France ».
Aristide Denfert-Rochereau est inhumé au cimetière de Montbéliard, dans la concession familiale de son épouse, sous une stèle ornée d'un médaillon par Eugène Bernard. Le Lion de Belfort sculpté par Auguste Bartholdi, taillé dans le grès rouge de la falaise en 1879, et sa réplique en bronze de la place Denfert-Rochereau à Paris, perpétuent sa mémoire. Une statue lui est dédiée à Saint-Maixent-l'École en 1880.
1 - Sorti cinquante-sixième sur cent dix-huit de l'École polytechnique en 1845, Denfert-Rochereau a reconnu lui-même avoir opté pour l'armée du fait de son classement médiocre, choisissant l'arme du génie à sa sortie de l'École d'application de Metz.
2 - Sa fiche signalétique conservée à la bibliothèque centrale de l'École polytechnique indique qu'il mesurait un mètre soixante-douze, avec un visage ovale, des cheveux et des yeux bruns, un front rond et un nez moyen.
3 - Aux élections du 2 juillet 1871, il est candidat dans quatre circonscriptions à la fois ; battu de quelques voix à Belfort par le conservateur Émile Keller, il est élu simultanément dans le Doubs, l'Isère et la Charente-Inférieure, et choisit ce dernier siège laissé vacant par Adolphe Thiers.
4 - Lors de la sortie de Belfort le 18 février 1871, il refuse les honneurs de la guerre que la convention de capitulation prévoyait, ne s'estimant pas vaincu, et rejoint Grenoble sous les ovations de la population.
5 - La statue de Denfert-Rochereau inaugurée en 1879 à Montbéliard, œuvre du sculpteur Just Becquet, fut fondue par les autorités d'occupation en 1942, car elle aurait été coulée dans le bronze de canons pris aux Prussiens en 1870-1871.
6 - Lors d'un séjour en Algérie, il avait été conseiller presbytéral de la paroisse protestante de Blida, prolongement administratif d'un engagement religieux qu'il avait porté toute sa vie.
- Métier(s) : officier du génie, colonel, député, questeur de l'Assemblée nationale
- Résidence principale : Versailles, attaches familiales à Montbéliard
- Relations de couple : Pauline-Louise-Henriette Surleau-Goguel (épouse, mariage en 1852)
- Enfants : Marie Pauline (1853) et Aristide Georges René (1854)
- Distinctions : commandeur de la Légion d'honneur (1871), nom inscrit au Panthéon
« Nous connaissons l'étendue de nos devoirs envers la France et envers la République et nous sommes décidés à les remplir. »
— Réponse à la sommation de capituler du général Udo von Tresckow, Belfort, 4 novembre 1870 (rapportée par Wikipédia, Chemins de mémoire et la Ville de Belfort)
« Nous connaissons l'étendue de nos devoirs envers la France et envers la République et nous sommes décidés à les remplir. »
— Réponse à la sommation de capituler du général Udo von Tresckow, Belfort, 4 novembre 1870 (rapportée par Wikipédia, Chemins de mémoire et la Ville de Belfort)