Homme d'État et historien français né le 13 juin 1821 à Paris, Albert de Broglie a marqué la Troisième République naissante en exerçant par deux fois la fonction de président du Conseil, s'affirmant comme le chef de file des monarchistes orléanistes.
Jacques Victor Albert de Broglie effectue de brillantes études au lycée Saint-Louis avant d'entamer une courte carrière diplomatique sous la monarchie de Juillet, occupant des postes à Madrid et Rome. Après la révolution de 1848, il se retire de la vie publique pour se consacrer à l'écriture et à l'histoire, publiant des ouvrages remarqués sur l'Église et l'Empire romain. Son élection à l'Académie française en 1862 consacre son autorité intellectuelle. Son retour en politique s'opère en 1871, lorsqu'il est élu député de l'Eure. Chef de l'opposition monarchique face à Adolphe Thiers, il orchestre la chute de ce dernier en mai 1873. Nommé vice-président du Conseil par le maréchal de Mac Mahon, il engage la politique dite de l'Ordre moral, visant à rétablir l'influence de l'Église et à préparer une restauration monarchique. Malgré son échec à restaurer la royauté, il structure les institutions conservatrices du nouveau régime.
Sa seconde présidence du Conseil intervient dans le contexte de la crise du 16 mai 1877, où il tente de résister à la poussée républicaine. Après la victoire électorale des républicains et son échec au Sénat en 1885, il abandonne définitivement ses responsabilités nationales. Il se consacre alors exclusivement à ses travaux d'historien, exploitant les riches archives de sa famille pour produire des études approfondies sur la diplomatie du XVIIIe siècle. Auteur de l'ouvrage L'Église et l'Empire romain au IVe siècle, il applique une rigueur scientifique à l'analyse des faits passés, tout en défendant une vision libérale et chrétienne de la société. Son influence au sein de l'Académie française demeure prépondérante jusqu'à ses derniers jours. Il laisse derrière lui une œuvre monumentale qui demeure une source précieuse pour la compréhension des relations internationales sous l'Ancien Régime et des débuts complexes de la République française.
1821 : Naissance à Paris au sein d'une illustre famille noble
1848 : Fin de sa carrière diplomatique après la chute de Louis-Philippe
1856 : Publication des premiers volumes de L'Église et l'Empire romain
1862 : Élection au fauteuil 18 de l'Académie française le 20 février
1870 : Succède à son père comme 4e duc de Broglie
1871 : Élu député de l'Eure à l'Assemblée nationale
1872 : Ambassadeur de France à Londres pendant quelques mois
1873 : Nomination au poste de vice-président du Conseil en mai
1874 : Chute de son premier ministère le 16 mai
1876 : Élection au Sénat comme représentant de l'Eure
1877 : Retour à la présidence du Conseil durant la crise du 16 mai
1885 : Échec aux élections sénatoriales et retrait de la vie politique
1901 : Décès à Paris à l'âge de 79 ans
Albert de Broglie est le fils de Victor de Broglie, ancien président du Conseil, et d'Albertine de Staël, elle-même fille de la célèbre baronne de Staël. Il grandit dans un milieu aristocratique et intellectuel de premier plan. En 1845, il épouse Joséphine de Galard de Brassac de Béarn, avec qui il a cinq fils, dont Victor de Broglie, qui lui succédera comme duc, et Maurice de Broglie, physicien renommé. Sa vie familiale est ancrée dans le château de Broglie en Normandie, où il gère ses propriétés tout en poursuivant ses recherches historiques. Son éducation a été profondément marquée par les valeurs du libéralisme chrétien et l'héritage intellectuel de Coppet.
Socialement, le duc de Broglie est le pilier du Cercle de l'Union et fréquente assidûment les salons du faubourg Saint-Germain. Il entretient des liens étroits avec les grandes figures de l'orléanisme comme François Guizot, qui fut son mentor politique, ou le comte de Falloux. Membre actif de la Société d'histoire diplomatique, il se passionne pour la réhabilitation de la politique étrangère de Louis XV. Ses engagements sont indissociables de sa foi catholique, qu'il défend avec ardeur au sein de l'Académie. Paradoxalement, bien que défenseur de la tradition, il encourage les travaux scientifiques de ses fils, favorisant un climat d'excellence intellectuelle au sein de la Maison de Broglie.
Albert de Broglie s'éteint le 19 janvier 1901 dans son hôtel particulier parisien de la rue de Solférino. Son décès est du à une congestion cérébrale survenue après une période de déclin de sa santé physique. Les obsèques ont été célébrées en l'église Sainte-Clotilde de Paris lors d'une cérémonie religieuse solennelle réunissant le monde politique conservateur et l'élite académique. Le comte d'Haussonville a salué la mémoire de son ami et collègue. Le transfert de sa dépouille a ensuite été effectué vers le domaine familial en Normandie. Il est inhumé dans le caveau des ducs de Broglie, rejoignant ses ancêtres dans la crypte de l'église paroissiale de Broglie.
La sépulture d'Albert de Broglie se situe dans l'église de la commune de Broglie, dans l'Eure. Le château de Broglie demeure le monument principal associé à sa mémoire et à celle de sa lignée. À Paris, son souvenir est lié à l'Institut de France, qu'il fréquenta pendant près de quarante ans, ainsi qu'aux archives du ministère des Affaires étrangères où ses travaux de recherche font toujours référence.
1 - Albert de Broglie est le petit-fils de Madame de Staël, ce qui lui conférait une légitimité intellectuelle immense au sein de la haute société européenne du XIXe siècle.
2 - Malgré ses convictions monarchistes, il est considéré comme l'un des "pères" involontaires des lois constitutionnelles de 1875, ayant échoué à restaurer la royauté au profit d'une république conservatrice.
3 - L'écrivain Victor Hugo, bien que politiquement opposé à lui, reconnaissait en lui un "historien de race" dont le style classique et la rigueur d'analyse forçaient l'admiration de ses contemporains.
4 - Il passait ses matinées à écrire debout sur un pupitre élevé, une habitude qu'il justifiait par la nécessité de maintenir une vigilance intellectuelle constante durant ses sessions de travail sur les archives diplomatiques.
- Métier(s) : Homme d'État, historien, diplomate
- Résidence principale : Paris, France
- Relations de couple : Joséphine de Galard de Brassac de Béarn (épouse)
- Enfants : Victor, Maurice, François, Robert, Casimiro
- Distinctions : Membre de l'Académie française (1862), Chevalier de la Légion d'honneur