Alexandre Millerand, né le 10 février 1859 à Paris et mort le 6 avril 1943 à Versailles, est un homme d'État français dont le parcours traverse les grands débats de la IIIe République. Avocat, journaliste, premier socialiste à entrer dans un gouvernement « bourgeois », puis président de la République contraint à la démission pour avoir voulu renforcer les pouvoirs du chef de l'État, sa trajectoire, de l'extrême gauche à la droite nationale, résume un demi-siècle de vie parlementaire française.
Fils d'un modeste négociant en drap du quartier du Sentier, Alexandre Millerand étudie au lycée Henri-IV, obtient un accessit au concours général de version latine en 1875 et une licence en droit en 1881. Il s'inscrit au barreau de Paris et se fait connaître en défendant des grévistes et des militants socialistes, tout en développant un cabinet d'avocats d'affaires prospère. Il collabore parallèlement au journal La Justice de Georges Clemenceau, où il forge ses premières armes politiques. Élu conseiller municipal de Paris à 25 ans, puis député de la Seine à 26 ans, il siège à l'extrême gauche et sera constamment réélu pendant trente-cinq ans.
Dans les années 1890, Millerand devient la figure principale des socialistes indépendants. Son discours de Saint-Mandé, prononcé le 30 mai 1896, pose les bases d'un socialisme réformiste fondé sur la conquête des pouvoirs publics par le suffrage universel et la nationalisation progressive. En 1899, sa décision d'entrer comme ministre du Commerce dans le gouvernement Waldeck-Rousseau provoque un séisme chez les socialistes : c'est la première fois qu'un socialiste participe à un gouvernement dit « bourgeois ». Jules Guesde et Rosa Luxemburg le dénoncent vivement. Il fait signer les « décrets Millerand » qui réduisent le temps de travail de douze à onze, puis dix heures, et garantissent le repos hebdomadaire. Exclu du parti socialiste en 1904, il évolue progressivement vers la droite.
Ministre de la Guerre en 1912-1913 puis de nouveau en août 1914, il gère les premiers mois de la Grande Guerre, accélère l'incorporation des classes et se rend plusieurs fois sur le front. Commissaire général en Alsace-Lorraine en 1919, il administre le rattachement des trois départements à la France. Président du Conseil en janvier 1920, il succède en septembre à Paul Deschanel, démissionnaire pour raison de santé, comme président de la République, élu par 695 voix sur 892. Partisan d'un exécutif fort, il tente de réformer la Constitution pour renforcer les prérogatives présidentielles. Son discours d'Évreux, le 14 octobre 1923, provoque la colère de la gauche. Après la victoire du Cartel des gauches en mai 1924, Édouard Herriot refuse de former un gouvernement sous son égide. Millerand démissionne le 11 juin 1924.
Sa participation au gouvernement Waldeck-Rousseau en 1899, aux côtés du général de Galliffet, ancien répresseur de la Commune, suscite une crise durable dans le mouvement socialiste international. Le « cas Millerand » est débattu aux congrès socialistes internationaux de Paris (1900) et d'Amsterdam (1904), aboutissant à sa mise au ban du socialisme organisé. Par ailleurs, en tant que ministre de la Guerre en 1914, il autorise la création de conseils de guerre spéciaux dont les décisions ne sont susceptibles d'aucun recours, privant temporairement le président de la République du droit de grâce. Il revient sur cette mesure en 1915.
Alexandre Millerand est le fils de Jean François Millerand, originaire de Roche-et-Raucourt en Haute-Saône, et de Mélanie Caen, issue d'une famille juive alsacienne convertie au catholicisme. Après des fiançailles rompues avec Laure Donnat en 1886, il entame une liaison avec Jeanne Levayer (1864-1950), fille d'un marchand de bois de la Sarthe. Ils vivent ensemble à partir de 1889 et se marient le 26 octobre 1898. Le couple a quatre enfants : Jean (1899-1972), industriel ; Jacques ; Alice ; et Marthe.
Sur le plan politique, Millerand se lie à la faculté de droit avec Raymond Poincaré, avec qui il entretient une relation durable. Il adhère très tôt aux idées de la Réforme et, en 1920, lors de son séjour aux Pays-Bas, il consigne dans son journal des pages passionnées en défense de Luther. Élu membre de l'Académie des sciences morales et politiques en 1918, il est aussi l'auteur de plusieurs ouvrages sur la condition ouvrière. Sénateur de 1925 à sa mort, il alerte sur le danger de la politique allemande et la montée du nazisme. Le 10 juillet 1940, âgé et affaibli, il ne participe pas au vote des pleins pouvoirs au maréchal Pétain.
Alexandre Millerand meurt le 6 avril 1943 à son domicile, 10 rue Mansart à Versailles, à l'âge de 84 ans, en pleine Occupation. Il s'éteint dans un relatif oubli politique.
Né à Paris, boulevard de Strasbourg, Alexandre Millerand passe l'essentiel de sa carrière politique dans la capitale. Après sa démission de l'Élysée en 1924, il s'installe à Versailles, rue Mansart, où il réside jusqu'à sa mort. Sa famille paternelle est originaire de Roche-et-Raucourt, en Haute-Saône.