Critre et écrivain français du dix-neuvième siècle, Charles-Augustin Sainte-Beuve a révolutionné l'analyse littéraire par sa méthode biographique. Figure centrale de la vie intellectuelle sous le Second Empire, il reste l'inventeur de la critique moderne, malgré ses célèbres différends avec ses contemporains.
Né à Boulogne-sur-Mer, Charles-Augustin Sainte-Beuve commence des études de médecine à Paris avant de succomber à sa passion pour les lettres. Il intègre la rédaction du journal Le Globe, où ses articles remarqués lui permettent de se lier d'amitié avec Victor Hugo et le cénacle romantique. Son unique roman, Volupté, publié en 1834, témoigne de ses tourments personnels et de son talent d'analyste psychologique. Cependant, c'est dans la critique qu'il trouve sa véritable voie. Sa méthode, consistant à étudier l'œuvre à travers la vie et la personnalité de l'auteur, pose les bases d'une approche scientifique de la littérature. Entre 1837 et 1859, il rédige son œuvre monumentale, Port-Royal, une fresque érudite sur le jansénisme qui lui assure une reconnaissance académique définitive. Élu à l'Académie française en 1844, il devient un acteur incontournable des institutions culturelles françaises, fréquentant les salons les plus influents de l'époque, notamment celui de la princesse Mathilde.
Sa carrière connaît un second souffle sous le Second Empire grâce à ses célèbres chroniques hebdomadaires, les Causeries du lundi. Publiés dans Le Constitutionnel puis dans Le Moniteur, ces articles traitent avec une érudition accessible de sujets variés, allant de la poésie classique à l'actualité éditoriale. Nommé sénateur en 1865, il utilise sa tribune pour défendre la liberté de pensée et la laïcité, se distinguant par son indépendance d'esprit face au pouvoir impérial. Malgré son immense influence, il fait l'objet de vives critiques, notamment de la part de Marcel Proust qui contestera plus tard sa méthode dans le célèbre essai Contre Sainte-Beuve. Atteint par la maladie, il consacre ses dernières années à la révision de ses écrits et à l'observation fine des mutations de la société française. Son héritage intellectuel, bien que discuté, demeure fondamental pour comprendre l'évolution du goût et de l'histoire littéraire en France. Il s'éteint à Paris, laissant derrière lui une œuvre critique dont la densité et la précision restent inégalées.
1804 : naissance à Boulogne-sur-Mer, France
1824 : premiers articles critiques dans le journal Le Globe
1827 : rencontre historique avec Victor Hugo
1834 : publication de son roman psychologique Volupté
1837 : début de la rédaction de l'histoire de Port-Royal
1844 : élection au siège numéro 28 de l'Académie française
1849 : début de la série des Causeries du lundi
1854 : nomination comme professeur au Collège de France
1865 : nomination au Sénat par Napoléon III
1869 : décès à son domicile parisien à l'âge de 64 ans
Fils posthume de Charles-François de Sainte-Beuve, un fonctionnaire municipal, Charles-Augustin est élevé par sa mère et une tante dans un milieu modeste. Sa vie sentimentale est marquée par sa relation passionnée et scandaleuse avec Adèle Foucher, l'épouse de Victor Hugo, qui entraînera la rupture définitive de leur amitié en 1834. Homme solitaire et complexe, il ne se mariera jamais, consacrant l'essentiel de son existence à ses recherches et à sa correspondance. Il réside durant de nombreuses années rue du Montparnasse à Paris, dans une maison devenue un lieu de ralliement pour de nombreux écrivains et intellectuels de passage. Sa vie est rythmée par un labeur acharné, sa table de travail étant le centre de sa vie domestique.
Sur le plan des engagements, Sainte-Beuve se distingue par son plaidoyer constant pour la liberté de la presse et l'autonomie de l'écrivain. Au Sénat, il défend courageusement le philosophe Ernest Renan et s'oppose à la censure religieuse, affirmant son attachement aux valeurs du rationalisme. Bien que proche du régime impérial, il refuse tout embrigadement idéologique, privilégiant la nuance et l'impartialité critique. Passionné par l'ontogenèse* des talents littéraires, il s'attache à déceler le génie chez les auteurs oubliés ou méconnus. Son engagement envers la culture classique ne l'empêche pas de s'intéresser aux sciences naturelles, dont il tente d'appliquer la rigueur à l'analyse des textes. Ses dernières années sont consacrées à soutenir les jeunes auteurs, malgré une santé déclinante qui l'isole progressivement des mondanités parisiennes.
Souffrant depuis plusieurs années de la maladie de la pierre, Charles-Augustin Sainte-Beuve s'éteint le 13 octobre 1869 à son domicile parisien. Malgré ses fonctions officielles de sénateur, il avait exprimé le souhait de funérailles strictement civiles et d'une grande simplicité. Son enterrement au cimetière du Montparnasse se déroule sans discours ni honneurs militaires, conformément à ses convictions laïques. Une foule immense d'amis, d'écrivains et d'admirateurs accompagne sa dépouille, témoignant de son immense prestige intellectuel à la veille de la chute de l'Empire.
La tombe de Charles-Augustin Sainte-Beuve se trouve au cimetière du Montparnasse à Paris, dans la 17e division. La sépulture est sobre, fidèle à la discrétion qu'il avait exigée pour ses derniers instants. Une plaque commémorative est également visible sur la façade de sa maison située au 11 rue du Montparnasse, où il vécut et travailla pendant plus de vingt ans.
1 - En 1830, il provoqua un duel au pistolet contre un opposant politique sous une pluie battante. Il choisit de tenir son arme d'une main et son parapluie de l'autre, expliquant calmement qu'il préférait être tué plutôt que d'être mouillé.
2 - Sa rupture avec Victor Hugo fut si violente que ce dernier le surnomma « Sainte-Bave » dans ses correspondances privées, illustrant la rancœur entre les deux anciens amis suite à la liaison de Sainte-Beuve avec Adèle Hugo.
3 - Il passait ses nuits à lire et à annoter des ouvrages, ne s'autorisant qu'une seule sortie hebdomadaire pour remettre son article du lundi au journal, une discipline de fer qu'il maintint pendant près de vingt ans sans exception.
- Métier(s) : Critique littéraire, écrivain, sénateur
- Résidence principale : Paris (France)
- Relations : Victor Hugo (ami puis rival), Princesse Mathilde (protectrice)
- Enfants : Aucun
- Distinctions : Officier de la Légion d'honneur, Membre de l'Académie française