Joseph Di Mambro, né le 19 août 1924 à Pont-Saint-Esprit (Gard) et mort le 5 octobre 1994 à Salvan (Valais, Suisse), est le cofondateur français de l'Ordre du Temple solaire, la secte ésotérique responsable du massacre de 53 membres entre le 30 septembre et le 5 octobre 1994 en Suisse et au Québec.
Joseph Léonce Di Mambro est l'aîné de trois enfants d'un foyer modeste de Pont-Saint-Esprit. Son père, Raphaël Di Mambro, est un ouvrier immigré du nord de l'Italie ; sa mère, Fernande Marie Raoux, est couturière. Il effectue toute sa scolarité dans une école privée catholique où il obtient le certificat d'études primaires, pratique le violon et fréquente la messe jusqu'à 20 ans. A 16 ans, il entre en apprentissage comme horloger-bijoutier. Pendant l'Occupation, son père disparaît à la Libération dans des circonstances non élucidées. Di Mambro épouse le 11 mars 1944 Jeannine Saltet, musicienne, dont il aura un fils, Bernard, décédé à Avignon. Il ouvre une boutique de bijouterie à Pont-Saint-Esprit en 1965, activité parallèle à sa fascination croissante pour le spiritisme et l'occultisme. Sa réputation de médium se répand localement dans les années 1950. En 1956, il adhère à l'AMORC (Ancien et Mystique Ordre de la Rose-Croix) et prend la tête d'une loge nîmoise jusqu'en 1958, développant ses capacités de manipulation et de mise en scène ésotérique. Il quitte l'AMORC en 1970 après avoir escroqué son associé Albert Boiron de son stock d'or et de bijoux, puis fuir en Israël où naît en novembre 1969 son fils Élie.
De retour en France en 1972, Di Mambro exerce illégalement comme psychologue à Pont-Saint-Esprit. Condamné à six mois de prison pour émission de chèques sans provision, abus de confiance envers des patients et usurpation du titre de psychiatre, il repart vers la Suisse après sa peine. Il fonde en 1973 le Centre de Préparation à l'Âge Nouveau à Collonges-sous-Salève, puis en 1978 la Fondation Golden Way à Genève, dont le chef d'orchestre Michel Tabachnik devient président. C'est au sein de cette fondation qu'il rencontre Luc Jouret, médecin homéopathe belge et conférencier charismatique. En 1984, les deux hommes créent à Genève l'Ordre du Temple solaire (OTS), structure néo-templière ésotérique active en France, en Suisse, au Canada et en Australie. Di Mambro en est le chef réel et secret, Jouret le visage public et le recruteur. Di Mambro orchestre les rituels à grand renfort d'effets spéciaux fabriqués -- hologrammes, épées lumineuses -- confiés à Antonio Dutoit, qu'il considère comme un fils adoptif. Il se prétend réincarnation d'Osiris, d'Akhenaton ou de Moïse et impose à ses membres un système de "couplages cosmiques" dictant leurs relations.
Joseph Di Mambro a été condamné en 1972 par un tribunal français à six mois d'emprisonnement pour émission de chèques sans provision, abus de confiance envers des patients et usurpation du titre de psychiatre. Les services de renseignement français le fichent à cette époque comme escroc. Un incendie survenu en 1979 dans la ferme communautaire de Collonges-sous-Salève est suspecté par les enquêteurs d'être une escroquerie à l'assurance. A partir de 1990, des membres quittant l'OTS exigent le remboursement de sommes versées à la secte. Di Mambro fait surveiller les dissidents, dont les téléphones sont mis sur écoute. En mars 1993, Luc Jouret et plusieurs membres sont mis en cause dans un scandale lié à l'acquisition illégale d'armes silencieuses au Canada, entraînant des perquisitions et des arrestations. Sur un enregistrement daté du printemps 1994, Di Mambro et Jouret commentent le siège de Waco (Branch Davidians), Di Mambro déclarant : "ce que nous ferons sera encore plus spectaculaire." Du 30 septembre au 5 octobre 1994, 53 membres et ex-membres de l'OTS sont retrouvés morts : 3 assassinés à Morin-Heights (Québec), dont le nourrisson Christopher Emmanuel Dutoit poignardé sur ordre de Di Mambro, 23 tués à Cheiry (Suisse) et 25 à Salvan, parmi lesquels Di Mambro lui-même, sa fille Emmanuelle Di Mambro (12 ans), son fils Élie Di Mambro (24 ans), son épouse Jocelyne Duplessis et Dominique Bellaton. Michel Tabachnik, seul survivant de la hiérarchie à être jugé, a été définitivement acquitté en 2006 par la cour d'appel de Grenoble.
1924 : naissance le 19 août à Pont-Saint-Esprit (Gard), fils de Raphaël Di Mambro et Fernande Marie Raoux
1940 : apprentissage comme horloger-bijoutier à 16 ans
1944 : mariage avec Jeannine Saltet le 11 mars ; naissance de leur fils Bernard
1956 : adhésion à l'AMORC, prise de tête d'une loge à Nîmes
1966 : divorce de Jeannine Saltet ; mariage avec Hélène Ghersi
1967 : escroquerie de son associé bijoutier Albert Boiron ; fuite en Israël
1969 : naissance de son fils Élie à Tel Aviv (novembre)
1970 : rupture avec l'AMORC
1972 : condamné à six mois de prison pour fraude, abus de confiance et usurpation de titre
1973 : fondation du Centre de Préparation à l'Âge Nouveau à Collonges-sous-Salève
1977 : divorce d'Hélène Ghersi ; mariage avec Jocelyne Duplessis
1978 : création de la Fondation Golden Way à Genève ; Michel Tabachnik en devient président
1981 : rencontre avec Luc Jouret, intégré à la Fondation Golden Way
1982 : naissance d'Emmanuelle Di Mambro (fille de Di Mambro et de Dominique Bellaton), présentée comme "enfant cosmique"
1984 : cofondation avec Luc Jouret de l'Ordre du Temple solaire à Genève
1993 : scandale des armes silencieuses au Canada ; perquisitions et arrestations dans l'OTS
1994 : le 5 octobre, 53 membres et ex-membres de l'OTS meurent au Québec et en Suisse ; Di Mambro meurt à Salvan par empoisonnement
Joseph Di Mambro est issu d'une famille ouvrière : son père Raphaël est verrerie-ouvrier immigré d'Italie du Nord, sa mère Fernande est couturière à Nîmes. Il a une soeur, Florina (morte en 1985 écrasée par un convoi ferroviaire à Pont-Saint-Esprit), et un frère, Nicolas (mort à 83 ans dans la même ville). Di Mambro se marie trois fois : d'abord le 11 mars 1944 avec Jeannine Saltet, musicienne (un fils, Bernard, comédien, décédé à Avignon) ; puis en 1966 avec Hélène Ghersi, dont il a deux autres enfants ; enfin en 1977 avec Jocelyne Duplessis, originaire de Lyon, sans enfants. En 1982, il a également une fille, Emmanuelle, née de sa relation avec Dominique Bellaton, ancienne manucure rencontrée dans les cercles ésotériques genevois. Élie Di Mambro, son fils cadet, découvre en 1989-1990 le placard de faux accessoires utilisés pour simuler des apparitions lors des rituels de l'OTS et le révèle à d'autres membres, provoquant une crise interne.
Di Mambro se décrit comme un médium depuis ses années de jeunesse à Pont-Saint-Esprit. Le chef d'orchestre Michel Tabachnik, rencontré en 1977, témoigne dans son livre Bouc émissaire de l'effet de fascination que Di Mambro exerçait sur ses interlocuteurs lors de la première rencontre. Di Mambro s'est établi successivement en Haute-Savoie, à Genève, au Canada (Québec) et en Suisse (Valais). Dans ses dernières années, il souffre d'insuffisance rénale, de diabète et d'incontinence, et confie à Thierry Huguenin qu'il a un cancer. Cette dégradation physique est documentée par plusieurs membres comme facteur aggravant de sa paranoïa et de la radicalisation de l'OTS.
Joseph Di Mambro meurt le 5 octobre 1994 à Granges-sur-Salvan, dans le canton du Valais (Suisse), à l'âge de 70 ans. La cause officielle retenue par le rapport du coroner québécois Roger Michaud est un empoisonnement par ingestion de médicaments dérivés du curare, absorbés avant que les chalets ne s'embrasent. Les corps sont retrouvés dans les trois chalets du lieu-dit "Le Fond du Ban" à Salvan. Celui de Di Mambro est localisé au premier chalet, dans l'escalier intermédiaire, près du corps d'Emmanuelle. Le corps de Jocelyne Duplessis est retrouvé à l'étage supérieur du même bâtiment. Les identifications de Di Mambro et de Luc Jouret ont nécessité une analyse des dossiers dentaires, les corps étant carbonisés. Aucune cérémonie funèbre publique n'a été organisée. Ni la famille de Di Mambro ni celle de Jouret n'ayant réclamé les corps, les deux hommes ont été incinérés après autopsie. Le journaliste Arnaud Bédat, qui a conduit l'enquête pour l'Ordre du Temple solaire avec Gilles Bouleau et Bernard Nicolas, a établi que les deux hommes ont été inhumés sous une dalle sans inscription dans un cimetière de Sion (Suisse), dont la localisation précise a été tenue secrète par les autorités cantonales pour décourager tout pèlerinage.
Joseph Di Mambro est inhumé dans un cimetière de Sion, dans le canton du Valais (Suisse), sous une dalle anonyme. Les autorités cantonales ont classé la localisation exacte de la sépulture comme confidentielle afin d'éviter tout rassemblement d'adeptes. Aucun mémorial public n'existe à la mémoire de Di Mambro.
1 - Lors de la perquisition de sa maison pendant l'Occupation, Di Mambro échappe à l'arrestation par les Allemands parce que l'officier responsable, lui-même musicien, apprend que le jeune homme joue du violon -- fait rapporté par Arnaud Bédat dans L'Ordre du Temple solaire: Enquête et révélations sur les chevaliers de l'apocalypse.
2 - Di Mambro fait naître son fils Élie en novembre 1969 à Tel Aviv, convaincu qu'une naissance en Israël conférerait à l'enfant un destin "exceptionnel", une croyance qui l'y conduit alors même qu'il est en fuite après avoir escroqué son associé bijoutier Albert Boiron.
3 - Les apparitions de "Maîtres" lors des rituels de l'OTS étaient produites par des effets spéciaux -- hologrammes, épées équipées d'ampoules -- conçus et opérés par Antonio Dutoit, que Di Mambro considérait comme un fils adoptif et qu'il fera assassiner en 1994 avec sa femme Nicky Dutoit et leur nourrisson à Morin-Heights.
4 - Di Mambro choisit le prénom de sa fille Emmanuelle en se référant à une conception par "immaculée conception mentale", prétendant que la grossesse de Dominique Bellaton résultait de la seule force de son esprit ; la naissance d'une fille, et non d'un fils, fut attribuée à l'"imperfection humaine" de la mère.
5 - Sur un enregistrement réalisé au printemps 1994, Di Mambro et Jouret commentent le siège de Waco en déclarant que les Branch Davidians "les ont grillés de vitesse", avant que Di Mambro n'ajoute que leur propre action serait "encore plus spectaculaire" -- enregistrement cité dans les travaux de Jean-François Mayer sur l'OTS.
- Métier(s) : bijoutier-horloger, conférencier ésotérique, fondateur de secte
- Résidence principale : Pont-Saint-Esprit (Gard), puis Genève, puis Québec, puis Salvan (Valais)
- Relations de couple : Jeannine Saltet (mariée 1944, divorcée) ; Hélène Ghersi (mariée 1966, divorcée c. 1977) ; Jocelyne Duplessis (mariée 1977, morte avec lui le 5 octobre 1994) ; liaison avec Dominique Bellaton
- Enfants : Bernard (de Jeannine Saltet, décédé) ; au moins deux enfants de Hélène Ghersi dont Élie Di Mambro (mort à Salvan, 5 oct. 1994) ; Emmanuelle Di Mambro (de Dominique Bellaton, morte à Salvan, 5 oct. 1994)
- Distinctions : aucune
Ce que nous ferons sera encore plus spectaculaire.
— Enregistrement audio attribué à Joseph Di Mambro, printemps 1994, commentant le siège de Waco ; cité par Jean-François Mayer, Nova Religio, avril 1999 (traduit de l'anglais)
Votre Transit doit être assuré d'un succès total, mais cela dépend de vous.
— Note manuscrite retrouvée sur le corps de Joseph Di Mambro à Salvan, 5 octobre 1994 ; citée par Arnaud Bédat, Gilles Bouleau et Bernard Nicolas, L'Ordre du Temple Solaire, Libre Expression, 1997 (traduit de l'anglais)
Les gens qui disent que Di Mambro était un escroc ont raison. Ceux qui disent qu'il croyait à son message spirituel ont raison aussi. Di Mambro avait simplement une personnalité complexe, une personnalité de type schizophrène et perturbée. La consequence terrible en est une perte totale du sens des réalités, et le monde onirique qu'il avait élaboré a été partagé par plusieurs personnes qui sont entrées de plus en plus dans ses délires.
— Jean-François Mayer, chercheur en nouvelles religions, cité dans Wikiquote (traduit de l'anglais)