Didier Decoin est un écrivain, scénariste et journaliste français né le 13 mars 1945 à Boulogne-Billancourt, lauréat du prix Goncourt en 1977 pour John l'Enfer et président de l'Académie Goncourt de 2020 à 2024, mort le 5 août 2026 à Villejuif.
Fils du cinéaste Henri Decoin et de Juliette Charpenay, Didier Decoin grandit dans l'ombre du cinéma paternel avant de choisir la littérature pour s'en affranchir. Après des études secondaires au collège Sainte-Croix de Neuilly-sur-Seine, il débute comme journaliste de presse écrite à France-Soir, puis collabore au Figaro, aux Nouvelles littéraires et à la radio Europe 1. En 1977, il participe, avec Maurice Siegel, ancien directeur d'Europe 1, à la création du magazine VSD. Parallèlement, il entame à vingt ans une carrière de romancier avec Le Procès à l'amour, publié au Seuil en 1966 et distingué par la bourse Cino Del Duca. Suivent une vingtaine de titres, dont Abraham de Brooklyn, récompensé par le prix des Libraires en 1971, puis John l'Enfer, l'histoire d'un laveur de carreaux cheyenne à New York, qui lui vaut le prix Goncourt en 1977.
Pour préserver son indépendance d'écrivain, Didier Decoin se fait aussi scénariste. Au cinéma, il collabore avec Marcel Carné, Robert Enrico et Henri Verneuil, et coécrit avec Elias Khoury, à partir du récit du journaliste Roger Auque, Hors la vie de Maroun Bagdadi, présenté en compétition à Cannes en 1991 et récompensé du prix spécial du jury. Mais c'est à la télévision qu'il déploie l'essentiel de son travail : après avoir dirigé la fiction de France 2 pendant trois ans et demi, il reçoit en 1999 le 7 d'or du meilleur scénario pour la mini-série Le Comte de Monte-Cristo, la première d'une longue collaboration avec la réalisatrice Josée Dayan, qui adaptera aussi ses scripts pour Les Misérables, Balzac et Napoléon. Élu en 1995 à l'Académie Goncourt au couvert de Jean Cayrol, il en devient secrétaire général avant d'en assurer la présidence de 2020, succédant à Bernard Pivot, à 2024, où il passe le relais à Philippe Claudel.
En 2021, la présence dans la première sélection du Goncourt d'un roman de François Noudelmann, compagnon de la jurée Camille Laurens, laquelle avait publiquement critiqué un autre ouvrage en lice, suscite une polémique sur un possible conflit d'intérêts. Sous la présidence de Didier Decoin, l'Académie durcit alors son règlement : les ouvrages écrits par les proches des académiciens deviennent inéligibles, et les jurés exerçant une activité de critique doivent désormais s'abstenir de chroniquer les titres sélectionnés. Interrogé sur cet épisode, Didier Decoin déclare regretter qu'il ait eu lieu, tout en estimant qu'il n'a pas laissé de traces durables au sein de l'institution.
1945 : Naissance à Boulogne-Billancourt, fils du cinéaste Henri Decoin.
1966 : Publication de son premier roman, Le Procès à l'amour.
1971 : Abraham de Brooklyn reçoit le prix des Libraires.
1977 : John l'Enfer obtient le prix Goncourt ; création du magazine VSD avec Maurice Siegel.
1991 : Coécrit avec Elias Khoury le scénario de Hors la vie, présenté en compétition à Cannes.
1995 : Élu à l'Académie Goncourt, au couvert de Jean Cayrol ; en devient secrétaire général.
1999 : Reçoit le 7 d'or du meilleur scénario pour la mini-série Le Comte de Monte-Cristo.
2007 : Élu président de l'association Les Écrivains de marine et membre de l'Académie de marine.
2012 : Élu président du Festival international de programmes audiovisuels documentaires de Biarritz.
2020 : Devient président de l'Académie Goncourt, succédant à Bernard Pivot.
2022 : Départage, par sa voix prépondérante, l'attribution du prix Goncourt à Brigitte Giraud pour Vivre vite.
2023 : Publie le roman Le Nageur de Bizerte.
2024 : Cède la présidence de l'Académie Goncourt à Philippe Claudel.
2026 : Publie son dernier roman, Maypops, puis meurt le 5 août à Villejuif.
Fils du cinéaste Henri Decoin et de Juliette Charpenay (1913-2004), Didier Decoin est scolarisé au collège Sainte-Croix de Neuilly-sur-Seine avant d'entamer sa carrière de journaliste. Marié à Chantal Decoin, il est père de trois enfants, dont l'écrivain Julien Decoin. Il vit pour partie à Auderville, dans la Hague, dans une maison de pêcheur achetée grâce au montant de son prix Goncourt, qu'il évoquera dans Avec vue sur la mer et où il situera plusieurs romans, dont Les Trois Vies de Babe Ozouf. Il découvre cette pointe du Cotentin durant son enfance, lors de vacances chez la famille d'un ami.
Didier Decoin assure à deux reprises la présidence de la Société des gens de lettres et compte parmi les fondateurs de la Société civile des auteurs multimédia. Passionné de navigation, il est élu en 2007 président de l'association Les Écrivains de marine et membre de l'Académie de marine. Il gardera une fidélité affectueuse à son éditeur au Seuil, à Fayard puis chez Stock, Jean-Marc Roberts, mort en 2013, qu'il décrira comme un petit prince adoré. Lecteur boulimique devenu président de l'Académie Goncourt, il confiera parvenir à lire un livre et demi par jour durant l'été, période de dépouillement de la rentrée littéraire.
Didier Decoin meurt le 5 août 2026 à l'hôpital de Villejuif, dans le Val-de-Marne, à l'âge de 81 ans, des suites d'un cancer, après s'être battu, selon les mots de son fils Julien Decoin, avec force et courage contre la maladie. Ses obsèques se déroulent dans l'intimité familiale le 13 août, en l'église d'Auderville, suivies d'une crémation au crématorium du Cotentin. La ministre de la Culture, Catherine Pégard, salue publiquement son exigence, son humanité et son amour de l'écriture. Le comédien Christian Clavier et la déléguée générale de l'Académie Goncourt, Françoise Rossinot, lui rendent également hommage, tandis que l'Académie Goncourt salue en lui un romancier ayant eu une haute idée de la langue et de la littérature.
Après une crémation au crématorium du Cotentin, les cendres de Didier Decoin sont inhumées au cimetière d'Auderville, petite commune du cap de la Hague qu'il affectionnait et où il possédait depuis les années 1970 une maison de pêcheur achetée grâce au prix Goncourt. Il repose ainsi face à la mer qui a inspiré plusieurs de ses romans, dont Avec vue sur la mer.
1 - Adolescent, alors que son père Henri Decoin repérait des décors pour Le Masque de fer, Didier Decoin engagea, dans un hôtel de Théoule, une conversation avec un inconnu passionné de nuages, qu'il identifia plus tard comme le cinéaste américain Walt Disney.
2 - Devenu président de l'Académie Goncourt, il expliquait parvenir à lire un livre et demi par jour durant l'été, période où les manuscrits de la rentrée littéraire arrivent par dizaines, tout en délaissant en chemin plusieurs autres lectures entamées.
3 - Son dernier roman, Maypops, publié quelques mois avant sa mort, s'inspire de l'affaire réelle de George Stinney Jr., un adolescent noir de quatorze ans exécuté en 1944 en Caroline du Sud à l'issue d'un procès rouvert soixante-dix ans plus tard.
4 - Scénariste prolifique, il lui arriva d'apparaître à l'écran dans ses propres productions télévisées, tenant de brefs rôles de figuration, notamment celui d'un brancardier dans le téléfilm Les Fiançailles de feu, qu'il avait lui-même écrit en 1981.
5 - En 1977, année de son prix Goncourt, il participa aussi, aux côtés de Maurice Siegel, ancien directeur d'Europe 1, à la création du magazine VSD, conciliant ainsi dans la même année la reconnaissance littéraire et l'aventure de presse.
- Métier(s) : Écrivain, scénariste, journaliste
- Résidence principale : Auderville (Manche, Normandie)
- Relations de couple : Marié à Chantal Decoin
- Enfants : Trois enfants, dont l'écrivain Julien Decoin
- Distinctions : Prix Goncourt (1977), chevalier de la Légion d'honneur (2005)
Je ne peux pas m'en passer.
— Propos rapportés par l'AFP, 5 août 2026 (à propos de la lecture)
J'arrive à lire un livre et demi par jour.
— Interview Le Journal du Dimanche, 10 juillet 2022
Bernard Pivot est irremplaçable et il ne sera pas remplacé.
— Interview Le Journal du Dimanche, 10 juillet 2022
J'en rêvais et je m'en souviens comme d'une joie déferlante.
— Interview Le Journal du Dimanche, 10 juillet 2022 (à propos du prix Goncourt 1977)
Le grand danger est de s'enfermer, de se regarder le nombril.
— Interview Le Journal du Dimanche, 10 juillet 2022
Nous ne sommes pas un jury, nous sommes une académie qui décerne des prix.
— Interview Le Journal du Dimanche, 10 juillet 2022