Administrateur de génie et bâtisseur du Paris moderne, Georges Eugène Haussmann a métamorphosé la capitale française sous le Second Empire. Son œuvre urbanistique monumentale a fait passer la cité médiévale à l'ère industrielle, créant le modèle de la métropole moderne admiré dans le monde entier.
Georges Eugène Haussmann effectue des études de droit à Paris avant d'intégrer l'administration préfectorale en 1931. Son ascension est rapide, le menant à travers plusieurs départements où il forge sa réputation d'administrateur énergique et autoritaire. En 1853, l'empereur Napoléon III, séduit par son dynamisme, le nomme préfet de la Seine avec une mission titanesque : assainir et embellir Paris. À cette époque, la capitale est une ville encombrée, insalubre et sujette aux épidémies. Haussmann conçoit alors un plan d'urbanisme global fondé sur le percement de grandes percées rectilignes, reliant les pôles stratégiques de la cité. Il s'entoure d'une équipe d'experts, dont l'ingénieur Belgrand pour l'eau et les égouts, et l'architecte Alphand pour les parcs et jardins. Ensemble, ils coordonnent des chantiers d'une ampleur sans précédent qui vont durer près de dix-sept ans, mobilisant des milliers d'ouvriers et transformant Paris en un immense terrain d'expérimentation architecturale.
Le système Haussmann repose sur une standardisation rigoureuse de l'architecture urbaine, imposant l'usage de la pierre de taille et des balcons filants qui définissent aujourd'hui l'esthétique parisienne. Il crée les grands boulevards, les places en étoile et dote la ville de réseaux d'égouts et d'adduction d'eau modernes, améliorant radicalement la santé publique. Il fait également ériger des édifices emblématiques comme l'Opéra Garnier ou les halles centrales de Baltard. Cependant, ses méthodes de financement complexes, fondées sur l'emprunt et la spéculation, finissent par susciter de vives critiques politiques. En 1870, quelques mois avant la chute de l'Empire, il est révoqué par le gouvernement d'Émile Ollivier. Après la guerre franco-prussienne, il se retire de la vie publique active, se consacrant à la rédaction de ses Mémoires. Son héritage, bien que contesté pour ses destructions patrimoniales, demeure la base structurelle de la capitale française, faisant de lui l'architecte d'un Paris aéré, fonctionnel et prestigieux.
La gestion financière de Georges Eugène Haussmann a fait l'objet d'une polémique majeure dès 1867, cristallisée par le célèbre pamphlet de Jules Ferry intitulé Les Comptes fantastiques d'Haussmann. Le préfet était accusé d'opacité financière et d'avoir engagé la ville de Paris dans une dette colossale par le biais de bons de délégation irréguliers. Sur le plan humain, ses expropriations massives ont été dénoncées comme brutales, provoquant la destruction de quartiers historiques entiers et le rejet des populations ouvrières vers la périphérie. Bien que la justice n'ait jamais condamné Haussmann pour enrichissement personnel, ces méthodes ont conduit à son éviction politique et marquent encore aujourd'hui les débats sur la gentrification urbaine.
1809 : Naissance le 27 mars à Paris dans le quartier de la Chaussée d'Antin.
1831 : Début de sa carrière administrative comme secrétaire général de préfecture.
1853 : Nomination par Napoléon III au poste de préfet de la Seine en juin.
1854 : Lancement des travaux du boulevard de Strasbourg et de la rue de Rivoli.
1855 : Inauguration du Bois de Boulogne, premier grand parc haussmannien.
1858 : Début du percement du boulevard de Sébastopol sur la rive droite.
1860 : Annexion des communes limitrophes et création des vingt arrondissements parisiens.
1861 : Début des travaux de construction du nouvel Opéra de Paris.
1867 : Attaque politique majeure de Jules Ferry sur la gestion financière des travaux.
1870 : Révocation de ses fonctions de préfet de la Seine en janvier.
1877 : Élection comme député de la Corse au sein du groupe bonapartiste.
1890 : Publication du troisième tome de ses Mémoires personnels.
1891 : Décès le 11 janvier à son domicile parisien.
Georges Eugène Haussmann est le fils de Nicolas Valentin Haussmann, intendant militaire, et d'Ève Marie Caroline Dentzel. Il est issu d'une lignée de fonctionnaires protestants alsaciens attachés au service de l'État. En 1838, il épouse Octavie de Lahaye, fille d'un haut fonctionnaire, avec qui il mène une vie familiale ordonnée. Le couple a deux filles : Henriette, née en 1840, et Valentine, née en 1843. Malgré ses fonctions prestigieuses, Haussmann reste un homme de traditions familiales, veillant scrupuleusement à l'éducation de ses enfants et au maintien de son rang social à Paris comme en province.
Fervent défenseur de l'ordre et du progrès technique, il était membre de la Société de géographie et de l'Académie des Beaux-Arts. Ami personnel de l'Empereur Napoléon III, il partageait avec lui une vision saint-simonienne de l'économie. Ses engagements se portaient également sur l'amélioration des conditions de vie urbaine, bien que perçues par le prisme de l'autorité administrative. Passionné de musique et d'opéra, il fréquentait assidûment les cercles artistiques de la capitale. Son mentor intellectuel fut sans doute son grand-père maternel, le général Dentzel, baron d'Empire, dont il admirait la rigueur et le dévouement patriotique durant les guerres napoléoniennes.
Georges Eugène Haussmann est décédé des suites d'une fluxion de poitrine (pneumonie) contractée au début de l'hiver. Il s'est éteint à l'âge de 81 ans dans son appartement de la rue Boissy-d'Anglas à Paris. Ses obsèques ont été célébrées lors d'une cérémonie sobre à l'église réformée de l'Oratoire du Louvre. Malgré son rôle historique immense, la République, alors au pouvoir, a observé une certaine réserve officielle lors de sa disparition. Néanmoins, de nombreux ingénieurs, architectes et anciens collaborateurs ont assisté à la cérémonie pour saluer celui qui avait littéralement rebâti la ville. La presse internationale a largement commenté son décès, le qualifiant de destructeur nécessaire et de créateur de la plus belle ville du monde.
Georges Eugène Haussmann repose au cimetière du Père-Lachaise à Paris, dans la 4e division, au sein du caveau familial. Le boulevard Haussmann, l'une des artères les plus commerçantes de la capitale, a été baptisé en son honneur de son vivant. Le pavillon de l'Arsenal à Paris consacre une grande partie de ses expositions permanentes à l'étude de son plan d'urbanisme et de son influence durable sur la métropole.
1 - Haussmann n'était ni architecte ni urbaniste de formation, mais un juriste doté d'une capacité d'organisation hors du commun, capable de mémoriser les moindres détails topographiques de chaque rue parisienne en chantier.
2 - L'Empereur Napoléon III lui avait remis une carte de Paris sur laquelle il avait lui-même tracé en rouge les grandes lignes des boulevards à percer, un document que le préfet appelait son plan de bataille.
3 - Pour s'assurer de la perspective parfaite de ses boulevards, Haussmann faisait ériger des tours en bois mobiles au sommet desquelles ses ingénieurs prenaient des mesures télémétriques précises avant de lancer les travaux de démolition.
4 - Bien qu'il ait transformé Paris, Haussmann détestait la vie de bohème et s'assurait que ses nouveaux immeubles ne comportent aucune alcôve ou recoin sombre, favorisant ainsi la surveillance et l'ordre moral dans l'habitat bourgeois.
- Métier(s) : Préfet, administrateur, urbaniste
- Résidence principale : Paris (France)
- Relations de couple : Octavie de Lahaye (1838-1891)
- Enfants : Henriette Haussmann, Valentine Haussmann
- Distinctions : Grand-Croix de la Légion d'honneur