Charles Pasqua, fils de policier grassois aux racines corses, construit sa légende politique sur deux socles que rien ne semblait prédestiner à coexister : un engagement dans la Résistance à 15 ans et quinze années de carrière commerciale chez Ricard, avant de devenir deux fois ministre de l'Intérieur et le patron incontesté des Hauts-de-Seine.
Né le 18 avril 1927 à Grasse, Charles Pasqua entre dans la Résistance en novembre 1942, à 15 ans, sous le pseudonyme "Prairie", après l'invasion de la zone libre par l'armée allemande. Son père est déjà engagé dans la même lutte. Il effectue des missions de renseignement et prend part aux combats de l'été 1944, actions qui lui valent la médaille de la France Libre et la Croix du Combattant volontaire de la Résistance. Après la guerre, il obtient une licence de droit à la faculté d'Aix-en-Provence. Il adhère au Rassemblement du peuple français (RPF) dès 1947, l'année de sa fondation par Charles de Gaulle. En janvier 1952, il entre comme représentant chez Ricard à Marseille, grimpe rapidement les échelons et devient directeur général des ventes en 1962, puis directeur de l'exportation l'année suivante. Lorsqu'il quitte le groupe en 1967 pour se consacrer pleinement à la politique, il en est le numéro deux. Il fonde alors Euralim, société d'importation de l'Americano Gancia, qu'il dirige jusqu'en 1971 à Levallois-Perret.
En 1959, il est l'un des cofondateurs du Service d'action civique (SAC), organisation controversée au service du gaullisme, qu'il préside de 1964 à 1969. En juin 1968, il remporte la quatrième circonscription des Hauts-de-Seine lors du raz-de-marée gaulliste consécutif aux événements de Mai. Il est l'un des fondateurs du RPR en 1976 aux côtés de Jacques Chirac, dont il organise la campagne présidentielle de 1981. En 1977, il est élu sénateur des Hauts-de-Seine pour la première fois, mandat qu'il occupe avec plusieurs interruptions jusqu'en 2011. Le 20 mars 1986, Jacques Chirac le nomme ministre de l'Intérieur malgré l'opposition initiale de François Mitterrand à sa nomination. Il y conduit une politique de fermeté : loi du 9 septembre 1986 durcissant les conditions de séjour des étrangers, démantèlement du groupe terroriste Action directe en 1987, formule "Il faut terroriser les terroristes" qui résume sa doctrine (France Inter, mai 1986). Un second passage place Beauvau de mars 1993 à mai 1995, sous le gouvernement Balladur, produit une nouvelle loi Pasqua sur l'immigration en août 1993. Son soutien à Édouard Balladur contre Jacques Chirac lors de la présidentielle de 1995 met un terme à sa carrière ministérielle. Il fonde en 1999 avec Philippe de Villiers le Rassemblement pour la France et l'indépendance de l'Europe (RPF-IE), liste souverainiste qui obtient 13,05 % aux européennes, avant de retrouver un siège de sénateur en 2004 qu'il quitte en 2011 sans se représenter.
Charles Pasqua est mis en cause dans plusieurs affaires politico-financières. En 2008, le tribunal correctionnel de Paris le condamne à 18 mois de prison avec sursis pour financement illégal de sa campagne des élections européennes de 1999 : il avait bénéficié de 7,5 millions de francs provenant de la vente du casino d'Annemasse, dont il avait autorisé l'exploitation en 1994 en tant que ministre de l'Intérieur. La cour d'appel confirme la peine en septembre 2009, et la Cour de cassation la valide en avril 2010 (Le JDD, 8 avril 2010). En octobre 2009, dans l'affaire de l'Angolagate, le tribunal correctionnel de Paris le condamne à trois ans de prison dont un an ferme et 100 000 euros d'amende pour trafic d'influence passif et abus de biens sociaux, dans le cadre de ventes d'armes à l'Angola effectuées entre 1993 et 1995 par les intermédiaires Pierre Falcone et Arcadi Gaydamak. La cour d'appel de Paris le relaxe en avril 2011 sur ces chefs. En 2010, la Cour de justice de la République (CJR) le condamne à un an de prison avec sursis pour complicité d'abus de biens sociaux et recel dans le dossier de la Sofremi, société d'exportation rattachée au ministère de l'Intérieur. En juillet 2013, il est relaxé dans l'affaire "Pétrole contre nourriture". Au total : deux condamnations définitives à des peines avec sursis, quatre relaxes.
Charles Pasqua naît dans une famille d'origine corse installée à Grasse : son grand-père paternel était berger à Casevecchie, son père André Pasqua était policier, sa mère s'appelait Françoise Rinaldi. Il épouse en 1947 Jeanne Joly, une Québécoise rencontrée à Grasse, avec qui il a un fils l'année suivante, Pierre-Philippe Pasqua (1948-2015). Pierre-Philippe Pasqua, homme d'affaires qui n'entre jamais en politique, décède en février 2015 à 67 ans des suites d'une longue maladie, quatre mois avant son père. Plusieurs proches signalent que ce deuil affaiblit profondément Charles Pasqua (Purepeople, février 2015). Jeanne Joly lui survit et décède en 2016. Ses petits-fils s'appellent Alexandre et Philippe Pasqua. Il réside à Neuilly-sur-Seine, ville dont il est conseiller municipal de 1983 à 2001. En septembre 1994, évoquant son engagement dans la Résistance, il déclare sur TF1 : "nous avons le devoir de rappeler ce qui s'est passé, c'est un devoir sacré parce que l'histoire est porteuse de leçons" (TF1, 18 septembre 1994).
Son ancrage politique principal reste les Hauts-de-Seine, département dont il préside le conseil général de 1973 à 1976 puis de 1988 à 2004, et où il soutient l'ascension d'élus comme Patrick Devedjian. Il s'éloigne de Jacques Chirac en soutenant Édouard Balladur en 1995, décision présentée par de nombreux observateurs comme le tournant définitif de sa carrière. Il est officier de la Légion d'honneur et titulaire de la médaille de la France Libre. Il publie ses mémoires en deux volumes chez le Seuil en 2007 et 2008 sous le titre Ce que je sais..., puis un dernier ouvrage chez Fayard en 2016, Le Serment de Bastia, publié à titre posthume.
Charles Pasqua meurt le 29 juin 2015 à l'hôpital Foch de Suresnes (Hauts-de-Seine), à 88 ans, des suites d'un accident cardiaque. Il avait fait sa dernière apparition publique lors du congrès fondateur des Républicains en mai 2015. Une première cérémonie est célébrée le 3 juillet 2015 en la cathédrale Saint-Louis des Invalides à Paris, par l'évêque Luc Ravel, en présence de nombreux responsables politiques. L'éloge funèbre y est prononcé par Henri Guaino. Une seconde messe est célébrée le 7 juillet 2015 en la cathédrale Notre-Dame-du-Puy de Grasse, par André Marceau, évêque de Nice. Le président François Hollande adresse ses condoléances à la famille dans un communiqué transmis à l'AFP. Patrick Devedjian, président du Conseil départemental des Hauts-de-Seine, fait part de la "profonde tristesse" du département.
Charles Pasqua est inhumé dans le caveau familial au cimetière Sainte-Brigitte de Grasse, ville natale de la famille depuis plusieurs générations. Les origines corses de la famille, installée à Grasse à partir de son grand-père paternel, constituent un fil conducteur de son identité publique. Son ancrage politique principal reste les Hauts-de-Seine, où il réside à Neuilly-sur-Seine. Une place est inaugurée en son nom au Plessis-Robinson en 2016, un quai à Levallois-Perret, et une rue à Nice inaugurée en 2018 par Nicolas Sarkozy.
La démocratie s'arrête là où commence la raison d'état.
Le sage ne tire pas la queue du tigre, même lorsqu'il dort !
Les promesses des hommes politiques n'engagent que ceux qui les reçoivent.
Dans un même appartement, on peut toujours cohabiter sans être obligé au concubinage.
Ce n'est pas en rassemblant un borgne et un paralytique qu'on fait un champion de cross.
Les murs influencent les moeurs politiques. A l'Assemblée, on tue au poignard, au Sénat, on empoisonne avec le sourire.
Je suis prêt à assumer une certaine culture du secret. Mais de là à être traité de corrompu ! Il y a des jours où ça me rend malade !
La démocratie s'arrête là où commence la raison d'état.
Le sage ne tire pas la queue du tigre, même lorsqu'il dort !
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Ce n'est pas en rassemblant un borgne et un paralytique qu'on fait un champion de cross.
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