Guillaume Apollinaire, né Wilhelm Albert Włodzimierz Apolinary Kostrowicki le 26 août 1880 à Rome, est un poète et écrivain français d'origine polono-italienne, figure centrale de l'avant-garde du début du XXe siècle, auteur d'Alcools et inventeur du terme « surréalisme ».
Né à Rome d'une mère polonaise, Angelika Kostrowicka, et d'un père présumé italien, Francesco Flugi d'Aspermont, Wilhelm Kostrowitzky grandit entre Monaco, Cannes et Nice, où sa mère, fichée comme femme galante par la police monégasque, l'inscrit au collège Saint-Charles dès 1887. Il échoue au baccalauréat au lycée Masséna de Nice en 1897 et ne se représente pas. En 1899, durant l'été wallon passé à Stavelot en Belgique avec son demi-frère Alberto, il commence à écrire. Installé à Paris dès 1900, il survit comme employé de banque et nègre littéraire, puis, de mai 1901 à août 1902, part en Rhénanie comme précepteur chez la vicomtesse de Milhau. Il y tombe amoureux de la gouvernante anglaise Annie Playden, qui finira par s'exiler aux États-Unis en 1905. Cette douloureuse période rhénane nourrit ses premiers grands poèmes, dont La Chanson du mal-aimé, et forge le pseudonyme Apollinaire, emprunté au prénom de son grand-père maternel, Apollinaris.
De retour à Paris, Apollinaire fonde en novembre 1903 la revue Le Festin d'Ésope avec André Salmon et Alfred Jarry, puis se lie étroitement à Pablo Picasso dès 1907, au moment où il rencontre la peintre Marie Laurencin avec laquelle il entretient une relation tumultueuse jusqu'en 1912. Critique d'art influent à L'Intransigeant et théoricien du cubisme, il publie en 1909 L'Enchanteur pourrissant, illustré par André Derain. En 1911, il est brièvement incarcéré à la prison de la Santé pour recel, dans le sillage du vol de la Joconde, avant d'être innocenté. En 1913 paraît Alcools, somme de quinze années de poésie. Engagé volontaire en décembre 1914, il sert sur le front de Champagne puis dans l'infanterie. Le 17 mars 1916, un éclat d'obus le blesse à la tempe ; il est trépané à l'hôpital du Val-de-Grâce. Sa conférence L'Esprit nouveau et les poètes, donnée au théâtre du Vieux-Colombier le 26 novembre 1917, définit son esthétique. En avril 1918, le Mercure de France publie Calligrammes.
Le 7 septembre 1911, Guillaume Apollinaire est incarcéré à la prison de la Santé à Paris pour recel d'objets volés au Louvre. Son ancien secrétaire et ami, Géry Pieret, aventurier belge, avait dérobé des statuettes phéniciennes dans les collections du musée en 1907 puis en 1911. L'affaire rebondit lors du vol de la Joconde, commis le 21 août 1911, sans lien direct avec Pieret. Apollinaire, soupçonné de complicité pour n'avoir pas signalé les méfaits de son ancien employé, est inculpé de recel et placé en détention. Il passe six jours en cellule avant d'être remis en liberté le 13 septembre, Pieret ayant reconnu seul sa responsabilité. Apollinaire est formellement innocenté. Cette affaire lui cause un préjudice public et moral important, attesté par l'acte d'inculpation et par la couverture de la presse nationale de l'époque, dont Paris-Journal.
1880 : naissance le 26 août à Rome sous le nom de Wilhelm Albert Włodzimierz Apolinary Kostrowicki
1887 : inscription au collège Saint-Charles de Monaco, dirigé par les frères maristes
1897 : échec au baccalauréat au lycée Masséna de Nice ; ne se représente pas
1899 : séjour estival à Stavelot en Belgique ; premières compositions poétiques
1900 : installation définitive à Paris
1901 : départ en Rhénanie comme précepteur chez la vicomtesse de Milhau ; rencontre d'Annie Playden
1903 : fondation de la revue Le Festin d'Ésope avec André Salmon et Alfred Jarry
1907 : rencontre de Pablo Picasso et de Marie Laurencin ; publication du roman érotique Les Onze Mille Verges
1909 : publication de L'Enchanteur pourrissant, illustré par André Derain
1911 : incarcération à la prison de la Santé dans le cadre du vol de la Joconde, puis innocenté
1913 : publication d'Alcools au Mercure de France
1916 : blessure à la tempe par éclat d'obus le 17 mars ; trépanation à l'hôpital du Val-de-Grâce ; naturalisation française
1917 : création du terme « surréalisme » dans la pièce Les Mamelles de Tirésias ; conférence L'Esprit nouveau et les poètes au Vieux-Colombier
1918 : publication de Calligrammes en avril ; mariage avec Jacqueline Kolb le 2 mai ; mort de la grippe espagnole le 9 novembre à Paris
Fils naturel d'Angelika Kostrowicka, petite noblesse polonaise, et du présumé Francesco Flugi d'Aspermont, officier d'origine suisse, Guillaume Apollinaire grandit entre Monaco, Cannes et Nice. Sa mère nomade le place au collège Saint-Charles de Monaco de 1887 à 1895. Il a un demi-frère, Alberto Eugenio Giovanni. Ses amours successives nourrissent son oeuvre : Annie Playden (1901-1905), Marie Laurencin (1907-1912), Louise de Coligny-Châtillon dite Lou (1914-1915), Madeleine Pagès (1915-1916). Le 2 mai 1918, il épouse Jacqueline Kolb, née le 26 septembre 1891 au Tholy. Picasso et Ambroise Vollard figurent parmi ses témoins.
Apollinaire fréquente assidûment le milieu des arts parisiens et noue des amitiés durables avec Georges Braque, Max Jacob, André Derain, Maurice de Vlaminck, Henri Rousseau dit le Douanier Rousseau, et Blaise Cendrars. Il collabore aussi avec Jean Cocteau et Gertrude Stein. Engagé dans la vie culturelle, il édite plusieurs revues et soutient des artistes méconnus : il est notamment le premier en France à publier une anthologie consacrée au marquis de Sade. Sa bibliothèque personnelle d'environ 5 000 ouvrages, acquise par la ville de Paris en 1990, est aujourd'hui conservée à la Bibliothèque historique de la ville de Paris.
Guillaume Apollinaire meurt le 9 novembre 1918 à son domicile du 202 boulevard Saint-Germain à Paris, d'une grippe espagnole qualifiée de « grippe intestinale compliquée de congestion pulmonaire » par Paul Léautaud dans son journal. Affaibli par sa trépanation de 1916, il ne résiste pas à l'épidémie. Ce jour-là, les Parisiens défilent sous ses fenêtres en criant « À mort Guillaume ! », visant l'empereur Guillaume II d'Allemagne qui abdique simultanément. Pablo Picasso, présent, pleure en entendant ces cris. Le cortège funèbre du 13 novembre rassemble amis, officiers et représentants du gouvernement militaire de Paris. Apollinaire est officiellement déclaré « mort pour la France ».
Apollinaire est inhumé au cimetière du Père-Lachaise, division 86, à Paris. Sa tombe, conçue par son ami le peintre Serge Férat, prend la forme d'un menhir en granit gravé de trois strophes extraites de Calligrammes et d'un calligramme en forme de coeur : « Mon coeur pareil à une flamme renversée ». Jacqueline Kolb repose à ses côtés. Un musée dédié au poète, le seul au monde, est installé à l'abbaye de Stavelot en Belgique.
1 - À Stavelot en 1899, Apollinaire et son demi-frère Alberto quittent leur pension sans payer la note, contraignant les jeunes fiancés propriétaires à repousser leur mariage de plusieurs mois, faute de l'argent du séjour non réglé.
2 - Le 7 septembre 1911, incarcéré à la prison de la Santé pour recel de statuettes phéniciennes volées au Louvre par son ami Géry Pieret, Apollinaire compose en cellule six poèmes réunis sous le titre À la Santé, inclus dans Alcools.
3 - Blessé à la tempe gauche par un éclat d'obus le 17 mars 1916, Apollinaire avait posé deux ans plus tôt pour le peintre Giorgio De Chirico, dont le portrait prémonitoire figurait déjà un cercle blanc à cet endroit exact de son visage.
4 - En février 1912, Apollinaire co-fonde la revue Les Soirées de Paris avec André Billy, René Dalize, André Salmon et André Tudesq, financée en partie par le comte Étienne de Beaumont, mécène aristocratique des avant-gardes.
5 - Le 13 novembre 1913, Apollinaire enregistre Le Pont Mirabeau et Le Voyageur aux Archives de la Parole ; ces documents sonores sont aujourd'hui conservés à la Bibliothèque nationale de France et accessibles sur Gallica.
- Métier(s) : poète, écrivain, critique d'art, théoricien de l'avant-garde
- Résidence principale : Paris
- Relations de couple : Annie Playden (1901-1905), Marie Laurencin (1907-1912), Louise de Coligny-Châtillon dite Lou (1914-1915), Madeleine Pagès (1915-1916), Jacqueline Kolb (épouse, 1918)
- Enfants : aucun documenté
- Distinctions : déclaré « mort pour la France » (1918) ; prix Guillaume-Apollinaire créé en son honneur en 1941 ; nom inscrit sur les plaques commémoratives du Panthéon de Paris dans la liste des écrivains morts sous les drapeaux
195 voies portent son nom en France.
Source : fichier officiel des rues de France (TOPO), mai 2026.
On ne peut transporter partout avec soi le cadavre de son père, on l'abandonne en compagnie des autres morts.
— Meditations esthétiques, Partie I : Sur la peinture, 1913
Mais le nouveau existe bien, sans être un progrès. Il est tout dans la surprise. L'esprit nouveau est également dans la surprise.
— L'Esprit nouveau et les poètes", conférence au théâtre du Vieux-Colombier, 26 novembre 1917, publiée dans le Mercure de France, décembre 1918
Je suis partisan acharné d'exclure l'intervention de l'intelligence, c'est-à-dire de la philosophie et de la logique dans les manifestations de l'art.
— Entretien avec Perez-Jorba, La Publicidad (rapporté dans Oeuvres en prose complètes, Gallimard, 1977)
Avec ses chants ses longs loisirs.
Les femmes mentent, mentent, mentent.
Vous parlerez d'amour quand il aura mangé.
Il est grand temps de rallumer les étoiles.
Mon verre s'est brisé comme un éclat de rire.
Et ma vie pour tes yeux lentement s'empoisonne.
J'ai tout donné au soleil, tout, sauf mon ombre.
Je chante la joie d'errer et le plaisir d'en mourir.
Les feuillesQu'on fouleUn trainQui rouleLa vieS'écoule.
Les grands hommes qui n'ont pas leur statue sont légion.
L'honneur tient souvent à l'heure que marque la pendule.
Le fleuve est pareil à ma peineIl s'écoule et ne tarit pas.
Vienne la nuit sonne l'heureLes jours s'en vont je demeure.
Le fleuve est pareil à ma peine
Il s'écoule et ne tarit pas.
Les feuilles
Qu'on foule
Un train
Qui roule
La vie
S'écoule.
Vienne la nuit sonne l'heure
Les jours s'en vont je demeure.
Je connais gens de toutes sortesIls n'égalent pas leurs destins.
Je connais gens de toutes sortes
Ils n'égalent pas leurs destins.
On ne peut pas transporter partout avec soi le cadavre de son père.
Un Picasso étudie un objet comme un chirurgien dissèque un cadavre.
Tous les hommes aiment avant tout la lumière, ils ont inventé le feu.
Avant tout, les artistes sont des hommes qui veulent devenir inhumains.
En poésie nous avons des droits sur les paroles qui forment et défont l'Univers.
Je veux vivre inhumain, puissant et orgueilleuxPuisque je fus créé à l'image de Dieu.
Je veux vivre inhumain, puissant et orgueilleux
Puisque je fus créé à l'image de Dieu.
Rien n'est mort que ce qui n'existe pas encore
Près du passé luisant demain est incolore.
Tous les hommes sont à la fois pécheurs et saints quand ils ne sont pas criminels et martyrs.
Je donne à mon espoir tout l'avenir qui tremble comme une petite lueur au loin dans la forêt.
Les mauvaises herbes même sont de celles que l'on pourrait rendre bonnes en en usant congrûment.
L'homme est à la recherche d'un nouveau langage auquel la grammaire d'aucune langue n'aura rien à dire.
Passent les jours et passent les semainesNi temps passéNi les amours reviennentSous le pont Mirabeau coule la
On peut être poète dans tous les domaines : il suffit que l'on soit aventureux et que l'on aille à la découverte.
Passent les jours et passent les semaines
Ni temps passé
Ni les amours reviennent
Sous le pont Mirabeau coule la Seine
Douce poésie ! Le plus beau des arts ! Toi qui, suscitant en nous le pouvoir créateur, nous met tout proches de la divinité.
Passons passons puisque tout passeJe me retournerai souventLes souvenirs sont cors de chasseDont meurt le bruit parmi le vent.
Passons passons puisque tout passe
Je me retournerai souvent
Les souvenirs sont cors de chasse
Dont meurt le bruit parmi le vent.
Quand l'homme a voulu imiter la marche, il a créé la roue, qui ne ressemble pas à une jambe. Il a fait du surréalisme sans le savoir.
Nous passerons de doux dimanches, plus doux que n'est le chocolat, jouant tous deux au jeu des hanches : le soir, j'en serai raplapla.
Il y a longtemps que l'on discute le point de savoir de quel côté se trouve la raison, du côté de la minorité ou de celui de la majorité.
Je souhaite dans ma maison : une femme ayant sa raison, un chat passant parmi les livres, des amis en toute saison. Sans lesquels je ne peux pas vivre.
La différence entre l'homme qui met son humour dans la vie et celui qui fait de l'humour est la même qu'entre un aventurier et un homme qui a le goût de l'aventure.
J'ai cueilli ce brin de bruyère l'automne est morte souviens-t'en. Nous ne nous verrons plus sur terre odeur du temps brin de bruyère et souviens-toi que je t'attends.
L'on peut prévoir le jour où, le phonographe et le cinéma étant devenus les seules formes d'impression en usage, les poètes auront une liberté inconnue jusqu'à présent.