Cette année marque le 10ᵉ anniversaire de sa disparition.
Léo Marjane, de son vrai nom Thérèse Marie Léonie Gendebien, est une chanteuse française née le 26 août 1912 à Boulogne-sur-Mer et décédée le 18 décembre 2016 à Barbizon à 104 ans, connue pour avoir contribué à introduire le jazz en France dans les années 1940.
Née dans une famille dont le père, marchand de soieries, s'installe en Rhénanie alors qu'elle n'a que deux ans, Thérèse Gendebien passe son enfance en Allemagne puis en Autriche. Après le décès de son père alors qu'elle a six ans, elle étudie le violon et le piano au conservatoire de Vienne. Sa famille rejoint ensuite Marseille, et c'est là qu'à quinze ans elle remporte le concours Artistica à l'Alcazar. Sous le pseudonyme de Rita Karoly, elle forme un duo de chansons fantaisistes et de numéros d'acrobatie. En 1932, elle se produit au Caire, au cabaret Le Perroquet, puis revient à Paris où elle chante à l'Alhambra en 1933 et au Petit Casino en 1934. Elle adopte alors le nom de scène Léo Marjane, contraction de Marie-Jeanne, et signe ses premières plages chez Columbia en 1931 puis chez Ultraphone en 1933. Ses premiers titres, dont Les Prisons et Paris-Noël, restent discrets.
En 1937, la chanson La Chapelle au clair de lune la propulse au premier plan : rappelée d'urgence d'une tournée au Brésil par Jean Bérard, alors directeur de Marconi, elle enregistre dans la foulée Begin the Beguine et Night and Day de Cole Porter en 1938 pour Pathé-Marconi. Elle épouse le 20 mars 1938 à Marseille le chanteur Raymond Gérard, dit Raymondey. Sa voix de contralto et son phrasé jazzy lui ouvrent ensuite les Etats-Unis, où elle sillonne le pays pendant cinq ans aux côtés de Jean Sablon et Jacqueline François, interprétant des standards de Harold Arlen, Duke Ellington et Cole Porter. De retour en France sous l'Occupation, elle dirige ses propres cabarets, L'Écrin et Chez Léo Marjane, et remporte en 1942 un triomphe avec Seule ce soir, chanson dans laquelle se reconnaissent les femmes dont le mari est prisonnier de guerre. Après la Libération, elle tente de relancer sa carrière sous le nom de Marjane, enregistrant notamment avec Charles Aznavour, Gilbert Bécaud et Léo Ferré, et chante jusqu'en 1961.
À la Libération, Léo Marjane est poursuivie par les Comités d'épuration pour avoir chanté dans des établissements fréquentés par des officiers allemands et à Radio-Paris, station de propagande contrôlée par l'occupant. Elle est arrêtée, jugée, puis acquittée. Toutefois, ses disques conservés dans les archives de Radio France sont tous estampillés « censuré » jusqu'en 1951, et elle se trouve frappée d'une interdiction de travail de plusieurs années. Sa notoriété et son image en sortent durablement atteintes, compromettant définitivement ses chances de reconquête d'un public populaire d'après-guerre.
1912 : naissance le 26 août à Boulogne-sur-Mer sous le nom de Thérèse Marie Léonie Gendebien
1914 : installation de la famille en Rhénanie, puis enfance en Allemagne et en Autriche
1927 : victoire au concours Artistica à l'Alcazar de Marseille à l'âge de quinze ans
1931 : premiers enregistrements pour Columbia sous le nom de Léo Marjane
1932 : engagement au cabaret Le Perroquet au Caire
1937 : premier grand succès discographique avec La Chapelle au clair de lune
1938 : enregistrement de Begin the Beguine et mariage avec Raymond Gérard à Marseille
1941 : production au Concert Pacra et direction du cabaret L'Écrin à Paris
1942 : triomphe national avec Seule ce soir
1943 : apparition dans le film Feu Nicolas de Jacques Houssin
1944 : arrestation et comparution devant le Comité d'épuration
1946 : acquittement et mariage avec Charles, baron de Ladoucette, le 22 août à Paris
1951 : levée progressive de la censure sur ses disques à Radio France
1956 : petit rôle dans Elena et les Hommes de Jean Renoir
1961 : derniers enregistrements, retrait définitif de la scène
2016 : décès le 18 décembre à Barbizon, à l'âge de 104 ans
Thérèse Gendebien grandit au sein d'une famille mobile : son père, marchand de soieries, décède lorsqu'elle a six ans, la laissant avec sa mère qui s'installe finalement à Marseille. Le 20 mars 1938, à Marseille, elle épouse le chanteur Raymond Gérard, dit Raymondey, dont elle divorce le 20 décembre 1943. Le 22 août 1946 à Paris, elle unit sa vie à Charles, baron de Ladoucette (1912-2007), colonel et écuyer du Cadre noir de Saumur, avec lequel elle partage la passion des chevaux. De cette union naît un fils, Philippe de Ladoucette. Charles de Ladoucette décède en 2007, laissant Léo Marjane seule à Barbizon, où elle s'éteindra neuf ans plus tard.
Passionnée d'équitation depuis l'enfance, Léo Marjane avait envisagé une carrière d'écuyère avant de choisir le music-hall. Après sa retraite de la scène, elle consacre l'essentiel de son temps à l'élevage de chevaux à Barbizon, près de Fontainebleau. En 2001, elle accorde une interview à Martin Pénet pour France Musique, après des décennies de silence public. À l'occasion de son centenaire en août 2012, elle révèle publiquement à Radio-Canada avoir financé de sa propre fortune le réseau de résistance dirigé par le colonel Rémy, auquel appartenait son second mari. Elle célèbre ses cent ans en présence, notamment, du musicien Louis Bertignac.
Léo Marjane est décédée le 18 décembre 2016 à son domicile de Barbizon, en Seine-et-Marne, des suites d'une crise cardiaque, à l'âge de 104 ans. Son fils Philippe de Ladoucette a annoncé le décès à l'AFP. Aucune cérémonie publique n'a été signalée dans les sources disponibles ; les obsèques se sont déroulées dans l'intimité familiale. Le monde de la chanson et les médias ont rendu hommage à celle que la presse désignait comme la doyenne de la chanson française, titre rappelé notamment par L'Obs et Europe 1 dès l'annonce de sa mort.
Léo Marjane est inhumée au cimetière communal de Barbizon, en Seine-et-Marne, commune où elle résidait depuis sa retraite de la scène et où elle consacrait ses journées à l'élevage de chevaux, à proximité de la forêt de Fontainebleau. Aucun monument ou mémorial dédié n'a été signalé dans les sources consultées à ce jour.
1 - Lors d'une séance au Studio Cognac Jay, elle improvise la technique du bas de soie posé devant le microphone pour amortir les syllabes sibilantes. Ce procédé acoustique sera repris par de nombreux chanteurs dans les décennies suivantes.
2 - Elle a longtemps nié avoir pratiqué la danse et l'acrobatie sous le nom de Rita Karoly lors de ses débuts à l'Alcazar de Marseille, affirmant préférer l'image d'avocate à celle d'acrobate. Cette coquetterie amusait les Marseillais qui avaient vu ses premiers numéros.
3 - Son rôle dans le film Elena et les Hommes (1956) de Jean Renoir se limite à une courte apparition en chanteuse des rues ; la même année, elle prête sa voix à une chanteuse de cabaret dans la version française d'Ariane de Billy Wilder.
4 - En 1954, Jacqueline François lui obtient un contrat chez Véga alors que son 33 tours Pathé était resté sans suite commerciale. Cette relance partielle lui permit de chanter jusqu'en 1961, notamment au Sportpalast de Berlin avec Zarah Leander à l'affiche.
5 - En 2001, elle rompt quarante ans de silence public en accordant une interview à Martin Pénet pour France Musique ; ses archives télévisées canadiennes de l'émission Quartiers de Paris, produites pour Radio-Canada, étaient restées jusqu'alors ignorées en France.
- Métier(s) : chanteuse
- Résidence principale : Barbizon (Seine-et-Marne)
- Relations de couple : Raymond Gérard dit Raymondey (1938-1943) ; Charles, baron de Ladoucette (1946-2007, décès du conjoint)
- Enfants : Philippe de Ladoucette
- Distinctions : non documentées dans les sources consultées
J'aimerais bien savoir qui n'a pas chanté ? Et ceux qui prétendent ne pas l'avoir fait n'ont pas de mémoire. Il fallait que je gagne ma vie.
— Cité dans Le Point, Jean-Noël Mirande, 25 août 2012
Quand ce n'est plus l'heure, ce n'est plus l'heure. Certains partent trop tôt, d'autres trop tard. Je n'avais plus rien à faire dans ce métier.
— Cité dans diverses sources après son retrait définitif de la scène (v. 1961)
Je ne pouvais pas empêcher les Allemands d'entrer. J'étais connue, célèbre, il était inévitable que j'aie beaucoup d'ennemis. Les Français ont eu honte d'eux-mêmes, alors ils en ont voulu à ceux qui étaient sur le devant de la scène.
— Cité dans Le Point, Jean-Noël Mirande, 25 août 2012
Mon mari, le colonel Charles de Ladoucette, que j'ai épousé en 1946 et qui à l'époque était lieutenant, faisait partie d'un réseau de la Résistance dirigé par le colonel Rémy. Et c'est moi, Marjane, qui ai entretenu financièrement ce réseau.
— Entretien à l'occasion du centenaire, Radio-Canada, 19 août 2012
Je peux dire que j'ai introduit le jazz en France. Dans les années trente, nous étions, Jean Sablon, Jacqueline François et moi, les trois artistes français qui venions chaque année chanter aux Etats-Unis, où chaque hôtel avait son cabaret. C'est ainsi que j'ai découvert le jazz.
— Entretien avec Marie-Christine Morosi, Le Point, 28 août 2012