Cette année marque le 120ᵉ anniversaire de sa naissance.
Premier chanteur français à utiliser un microphone sur une scène française, Jean Sablon a révolutionné le music-hall par son style de crooneur intimiste. Surnommé le French Troubadour, il a conquis les scènes internationales, de New York à Rio de Janeiro, imposant le jazz dans la variété française.
Fils du compositeur Charles Sablon, il baigne dès l'enfance dans un milieu artistique aux côtés de ses frères et sœurs. Après des études au lycée Charlemagne, il débute à dix-sept ans dans l'opérette aux Bouffes-Parisiens. Sa rencontre avec la compositrice Mireille au début des années 1930 marque un tournant majeur, notamment avec le succès de Couchés dans le foin. Accompagné par des musiciens d'exception comme Django Reinhardt et Stéphane Grappelli, il introduit des sonorités swing inédites dans le paysage sonore français.
Sa carrière prend une dimension mondiale en 1937 lorsqu'il s'installe aux États-Unis, devenant une vedette de la radio NBC et du Waldorf-Astoria. Sa voix de velours et sa diction parfaite lui permettent de rivaliser avec Bing Crosby ou Frank Sinatra. Durant plusieurs décennies, il effectue de nombreuses tournées au Brésil, où il devient une icône, ainsi qu'au Royaume-Uni et en Argentine. En 1983, il fait ses adieux définitifs à la scène lors d'un gala mémorable à Rio de Janeiro, clôturant soixante ans d'une carrière internationale ininterrompue.
En 1936, lors de son passage au théâtre Mogador puis à Bobino, Jean Sablon suscite un vif scandale en utilisant pour la première fois en France un microphone sur scène. Le public et la critique, habitués aux voix puissantes du lyrique ou du caf’conc’, perçoivent cet outil comme un aveu de faiblesse vocale. Cette innovation technique, qu'il impose malgré les huées initiales, finit par transformer durablement l'art de l'interprétation en privilégiant la nuance et la proximité avec l'auditeur.
Jean Sablon est issu d'une lignée d'artistes : son père Charles Sablon, ses frères Marcel et André, ainsi que sa sœur Germaine Sablon, chanteuse et résistante, ont tous marqué le monde de la musique. Homosexuel, il ne s'est jamais marié et n'a pas eu de descendance. En 1937, il rencontre Carl Galm, qui devient son manager et son compagnon de vie. Leur union dure cinquante-sept ans, jusqu'à leur disparition quasi simultanée en 1994. Malgré une brève annonce de fiançailles médiatisée avec l'actrice Jacqueline Delubac en 1945, sa relation avec Galm demeure le pilier central de son existence privée.
Grand voyageur, il nourrit une passion profonde pour le Brésil et Tahiti, dont il s'inspire pour baptiser sa villa "Iorana". Proche des plus grandes stars de son temps, il entretient des amitiés durables avec Mistinguett, Jean Gabin et Maurice Chevalier. Son élégance naturelle et sa discrétion en faisaient un véritable gentleman de la chanson. Bien que peu engagé politiquement de manière publique, il a soutenu la diffusion de la culture française à travers le monde, agissant comme un ambassadeur informel de la francophonie durant ses années d'exil et ses tournées mondiales.
Jean Sablon décède à l'âge de 87 ans le 24 février 1994, à Cannes-la-Bocca. Sa mort survient quelques mois seulement après celle de son compagnon Carl Galm. Le monde des arts lui rend un hommage unanime, saluant la perte du dernier grand crooneur français. Ses obsèques sont célébrées en l'église Saint-Germain-des-Prés à Paris, rassemblant de nombreuses personnalités de la chanson et du spectacle venues honorer sa mémoire et son influence sur les générations suivantes.
Jean Sablon est inhumé au cimetière du Montparnasse à Paris, dans la sépulture familiale où il repose aux côtés de Carl Galm. Sa ville natale, Nogent-sur-Marne, conserve son empreinte culturelle, tout comme Théoule-sur-Mer où une promenade porte son nom depuis 2015 face à la mer Méditerranée. Sa villa "Iorana", située sur la Côte d'Azur, demeure un lieu emblématique de sa retraite artistique, témoignant de son attachement à la région Provence-Alpes-Côte d'Azur où il a passé ses dernières décennies.
Le surnom de Jean Sablon aux États-Unis était le French Bing Crosby. Frank Sinatra lui-même admirait son phrasé et sa capacité à chanter avec une apparente décontraction, une technique de respiration que Sablon avait perfectionnée grâce à l'usage précurseur du microphone.
Jean Sablon a enregistré la version originale de la chanson Vous qui passez sans me voir en 1936. Ce titre, écrit par Charles Trenet et Johnny Hess, est devenu un standard international, repris par des dizaines d'artistes à travers le monde, scellant la renommée du chanteur comme interprète de référence.
Passionné par les technologies naissantes, il fut l'un des premiers artistes français à comprendre l'importance du disque et de la radio pour construire une carrière mondiale. Il n'hésitait pas à enregistrer ses titres dans plusieurs langues, notamment en anglais et en portugais, pour séduire ses différents publics.
Lors de ses débuts, Jean Sablon a partagé l'affiche avec un jeune débutant nommé Jean Gabin dans le film Chacun sa chance en 1931. Si Gabin a poursuivi une carrière de monstre sacré du cinéma, Sablon a rapidement délaissé les plateaux de tournage pour se consacrer exclusivement au tour de chant.