Tino Rossi, de son vrai nom Constantin Rossi, est un chanteur et acteur français né le 29 avril 1907 à Ajaccio et mort le 26 septembre 1983 à Neuilly-sur-Seine. Interprète de Petit Papa Noël, il détient le record absolu de ventes pour un single en France.
Constantin Rossi grandit à Ajaccio, rue Fesch, au sein d'une fratrie de huit enfants. Préférant le chant à l'école, il s'installe à Marseille au début des années 1930 après plusieurs années difficiles entre Toulon et la Corse. Repéré par le baryton-basse Adrien Legros, il est lancé sur les petites scènes provençales par le tourneur Louis Allione, qui le présente comme « Le Roi des chanteurs de charme ». En 1932, un représentant de la maison Parlophone l'entend dans une boutique marseillaise et l'invite à Paris pour graver son premier disque, comprenant les chansons corses O Ciuciarella et Nini-Nanna. La firme Columbia le signe l'année suivante. Sous la direction de Jean Bérard, il enregistre Le Tango de Marilou, son premier tube. L'imprésario Émile Audiffred l'intègre à ses tournées aux côtés de Lucienne Boyer, Damia, Mireille et Jean Sablon.
Sa consécration intervient en 1934 au Casino de Paris dans la revue Parade de France, montée par Henri Varna, où il triomphe avec Ô Corse, île d'amour et Vieni... Vieni..., deux chansons composées pour lui par Vincent Scotto. Le cinéma le sollicite immédiatement : Marinella (1936) de Pierre Caron lance sa carrière à l'écran, suivie de Naples au baiser de feu (1937) d'Augusto Genina avec Mireille Balin, Fièvres (1942) de Jean Delannoy, ou encore La Belle Meunière (1948) de Marcel Pagnol. À partir de 1955, il se tourne vers l'opérette à grand spectacle avec Méditerranée au théâtre du Châtelet, sur une musique de Francis Lopez et un livret de Raymond Vincy, qui se joue à guichets fermés jusqu'en 1957. En novembre 1982, à plus de 75 ans, il célèbre son demi-siècle de carrière au Casino de Paris dans le spectacle Cinquante ans d'amour, mis en scène par Maritie et Gilbert Carpentier.
À la Libération, Tino Rossi est arrêté en octobre 1944 dans les coulisses du Moulin-Rouge, en raison de ses fréquentations corses dans le milieu marseillais et de prestations sous l'Occupation, dont un gala en faveur de la Légion des volontaires français contre le bolchevisme auquel il avait été contraint à son insu. Il est détenu trois mois à la prison de Fresnes. L'instruction, montée par l'inspecteur Georges Clot, est jugée sans fondement : Tino Rossi est exempté de toute poursuite. Plusieurs faits plaident en sa faveur, notamment son refus d'enregistrer Maréchal, nous voilà !, son hébergement du compositeur juif Norbert Glanzberg dans son orchestre, et le prêt de sa voiture à un réseau de Résistance. Il reçoit, fait alors rarissime, des excuses officielles.
1907 : naissance à Ajaccio le 29 avril, au 43 rue Fesch
1932 : premier disque chez Parlophone, enregistré à Paris
1934 : triomphe au Casino de Paris dans la revue Parade de France
1936 : sortie de Marinella, premier grand succès au cinéma
1942 : épouse la danseuse Lilia Vetti à Cassis
1944 : arrestation et détention de trois mois à Fresnes, puis non-lieu
1946 : création de Petit Papa Noël dans le film Destins
1949 : reçoit un disque en or massif pour Petit Papa Noël
1952 : nommé chevalier de la Légion d'honneur par décret du 26 octobre
1955 : entrée dans l'opérette avec Méditerranée au Châtelet
1963 : retour avec Le Temps des guitares à l'ABC
1976 : promu officier de la Légion d'honneur
1982 : commandeur de la Légion d'honneur sur décret de François Mitterrand ; spectacle Cinquante ans d'amour au Casino de Paris
1983 : mort à Neuilly-sur-Seine le 26 septembre, inhumation au cimetière marin d'Ajaccio le 1er octobre
Constantin Rossi est le fils de Laurent Rossi, artisan tailleur ajaccien, et d'Eugénie Rossi, qui se consacre à ses huit enfants en plus de l'atelier familial. Il quitte tôt l'école pour le chant. À moins de vingt ans, il épouse à Toulon Annie Marlan (1907-1981), violoniste rencontrée à Ajaccio, dont naît sa fille Pierrette (1927-2011). Le couple divorce rapidement. Il épouse en septembre 1934 Faustine Fratani (1912-1985), dont il divorce après une liaison passionnée avec l'actrice Mireille Balin. À l'été 1941, Mistinguett lui présente la danseuse niçoise Lilia Vetti (1923-2003), qu'il épouse en 1942 à Cassis et qui lui donne son fils Laurent.
Tino Rossi entretient des amitiés durables avec ses amis d'enfance corses, qui continuent à l'appeler « Tintin », ainsi qu'avec Vincent Scotto et Marcel Pagnol, dont il est l'exécuteur testamentaire. Une grande complicité l'unit également à Maurice Chevalier, Édith Piaf, Fernandel, Charles Trenet, Joséphine Baker et Georges Brassens. Grand amateur de peinture et doté d'un coup de crayon, il préside au début des années 1950 le Syndicat des artistes. Il s'investit dans des galas caritatifs, notamment au profit des prisonniers corses pendant la guerre, puis pour la campagne « Paris 2 000 espaces verts » au jardin des Tuileries.
Tino Rossi meurt dans la soirée du 26 septembre 1983 à son domicile de Neuilly-sur-Seine, des suites d'un cancer du pancréas. La maladie avait nécessité une lourde intervention chirurgicale au mois de mars à l'Hôpital américain de Neuilly. Ses obsèques nationales sont célébrées le 29 septembre en l'église parisienne de la Madeleine, en présence de son épouse Lilia, de ses enfants Pierrette et Laurent. Une seconde cérémonie a lieu le 1er octobre à la cathédrale Notre-Dame-de-l'Assomption d'Ajaccio, où le maire Charles Ornano prononce un discours d'hommage. Mireille Mathieu et Johnny Hallyday, proches de la famille, accompagnent la dépouille jusqu'en Corse.
Tino Rossi est inhumé le 1er octobre 1983 au cimetière marin d'Ajaccio, dans la chapelle qu'il avait lui-même choisie au début des années 1960. Des milliers de visiteurs viennent s'y recueillir chaque année. Son domaine du Scudo, dans le golfe d'Ajaccio, a reçu en 2011 le label « Maison des Illustres » du ministère de la Culture.
1 - Sa voix doit son timbre exceptionnel à une anomalie des cordes vocales : la gauche est longue et fine, la droite courte, tordue et large. Un médecin ORL fut un jour très surpris que leur propriétaire pût chanter.
2 - Au plus fort de sa popularité dans les années 1930, Tino Rossi vendait 80 000 disques par mois quand le deuxième artiste le plus vendu en écoulait 6 000. En 1939, il demanda lui-même par écrit aux radios de moins le programmer, craignant de lasser les auditeurs.
3 - Refusant les offres financières d'Hollywood qui le voyait en prince russe dans la superproduction Balalaïka de la 20th Century Fox, il rentra en France après une tournée jugée éprouvante. Sa partenaire Mireille Balin, sous contrat avec la MGM, fit le même choix.
4 - Pour célébrer le succès phénoménal de Petit Papa Noël, Tino Rossi reçut en 1949 un disque en or massif. Selon son fils Laurent, il fut le seul artiste à avoir bénéficié d'un tel hommage matériel pour une chanson.
5 - Pendant l'Occupation, il dissimula dans son orchestre, sous le statut de pianiste, le compositeur juif polonais Norbert Glanzberg. Lorsque celui-ci fut arrêté à Nice, Tino Rossi alerta l'actrice Marie Bell et organisa son évasion avec la complicité d'un gardien de prison corse.
6 - Le ténor Tito Schipa, surnommé le « prince des ténors », déclara à son sujet que Tino Rossi possédait le plus beau legato du monde. Cette phrase fut gravée à l'avers de la médaille frappée à son effigie par la Monnaie de Paris en 1970.
- Métier(s) : chanteur, acteur, producteur
- Résidence principale : Neuilly-sur-Seine, avec un domaine en Corse à Ajaccio (Scudo)
- Relations de couple : Annie Marlan (épouse 1927-1929), Faustine Fratani (épouse 1934-1942), Lilia Vetti (épouse 1942-1983)
- Enfants : Pierrette Rossi (1927-2011), Laurent Rossi
- Distinctions : commandeur de la Légion d'honneur (1982), grand prix du Disque de l'Académie Charles-Cros, grand prix du Midem, médaille de vermeil de la Ville de Paris
25 voies portent son nom en France.
Source : fichier officiel des rues de France (TOPO), mai 2026.
La Corse, c'est le pays où, quand tu avances, le travail recule.
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