Cette année marque le 5ᵉ anniversaire de sa disparition.
Mary Wilson a traversé six décennies de musique populaire américaine en incarnant la stabilité et la fidélité au sein d'un groupe qui a redéfini le son de la Motown. Seule Supreme à avoir chanté sur chaque enregistrement du groupe de 1961 à 1977, elle représente la continuité d'une formation dont les membres se sont succédé autour d'elle, gardienne d'un héritage musical qu'elle a défendu jusqu'à ses derniers jours.
Née dans le Mississippi puis élevée à Detroit, Mary Wilson grandit dans les quartiers ouvriers de la Motor City au moment où Berry Gordy fonde Motown Records. Adolescente, elle forme avec Florence Ballard, Diana Ross et Betty McGlown un groupe baptisé The Primettes en 1959, pendant féminin des Primes qui deviendront The Temptations. Le quatuor se produit dans les clubs locaux, multiplie les auditions et finit par signer chez Motown en 1961 sous le nom de The Supremes. Les débuts sont difficiles : les premiers singles passent inaperçus, au point que le groupe gagne le surnom de "no-hit Supremes" au sein du label. Tout bascule en 1964 avec "Where Did Our Love Go", premier d'une série de douze numéros un consécutifs au Billboard Hot 100, un record alors inégalé. Derrière le micro central tenu par Diana Ross, Mary Wilson et Florence Ballard assurent les harmonies vocales et la chorégraphie synchronisée qui devient la signature visuelle du groupe.
La machine à succès des Supremes connaît ses premières fractures en 1967 lorsque Florence Ballard, en conflit avec Berry Gordy et affectée par des problèmes personnels, est évincée et remplacée par Cindy Birdsong. Le groupe devient alors "Diana Ross and the Supremes", officialisant la hiérarchie interne. Lorsque Diana Ross quitte définitivement la formation en 1970 pour entamer une carrière solo, Mary Wilson prend les rênes avec Jean Terrell comme nouvelle chanteuse principale. Elle maintient le groupe en activité pendant sept années supplémentaires, enregistrant plusieurs albums et tournant à travers le monde malgré des changements constants de lineup. Les Supremes se dissolvent officiellement en 1977 après un concert d'adieu au Drury Lane Theatre de Londres. Mary Wilson lance alors une carrière solo, enregistrant plusieurs albums dont "Mary Wilson" en 1979 et "Walk the Line" en 1992, tout en se produisant régulièrement sur scène dans des spectacles célébrant l'héritage Motown.
Orpheline de mère biologique très jeune, Mary Wilson passe une enfance marquée par l'instabilité familiale, ballottée entre différents foyers avant d'être élevée par sa tante à Detroit. C'est au sein des Brewster-Douglass Housing Projects, complexe d'habitations sociales du centre-ville, qu'elle rencontre Florence Ballard alors qu'elles fréquentent toutes deux la Northeastern High School. Leur passion commune pour le chant les pousse à former un groupe avec Diana Ross et Betty McGlown, remplacée rapidement par Barbara Martin. Elles chantent lors de concours de talents locaux, des sock hops et des événements communautaires, perfectionnant leur style vocal influencé par les groupes féminins de l'époque comme les Chantels et les Shirelles. L'acharnement de Florence Ballard à obtenir une audition chez Motown finit par payer : Berry Gordy signe le quatuor en janvier 1961, bien qu'il doute initialement de leur potentiel commercial.
Entre 1961 et 1963, les Supremes enchaînent les échecs commerciaux avec des titres comme "I Want a Guy", "Buttered Popcorn" ou "Let Me Go the Right Way". Berry Gordy envisage même de dissoudre le groupe. La situation change radicalement lorsque le trio de compositeurs Holland-Dozier-Holland prend en charge leur répertoire. "Where Did Our Love Go" atteint la première place en août 1964, suivi de "Baby Love", "Come See About Me", "Stop! In the Name of Love", "Back in My Arms Again" et "I Hear a Symphony". Les Supremes deviennent le groupe féminin le plus populaire d'Amérique, se produisant au Copacabana de New York, passant régulièrement à la télévision nationale et incarnant une image sophistiquée qui transcende les barrières raciales de l'époque. Mary Wilson et Florence Ballard, reléguées au second plan vocal, assurent néanmoins la présence scénique impeccable du groupe par leurs robes assorties, leurs perruques soigneusement coiffées et leur chorégraphie précise.
Le départ forcé de Florence Ballard en 1967 marque un tournant douloureux. Mary Wilson assiste impuissante au déclin de son amie d'enfance, qui meurt dans la pauvreté en 1976 à seulement 32 ans. Lorsque Diana Ross annonce publiquement en novembre 1969 qu'elle quitte les Supremes, Mary Wilson refuse de voir le groupe disparaître. Elle recrute Jean Terrell, sœur du boxeur Ernie Terrell, comme nouvelle lead vocalist, puis successivement Lynda Laurence, Scherrie Payne et Susaye Greene au fil des départs. Cette version des Supremes produit des albums comme "Right On" en 1970 et "The Supremes" en 1975, obtenant des succès modestes avec "Stoned Love", "Nathan Jones" et "Floy Joy". Mary Wilson bataille constamment avec Motown pour obtenir un meilleur soutien promotionnel et artistique, mais le label concentre ses efforts sur Diana Ross. Épuisée par les luttes internes et la lassitude du public, elle accepte finalement la dissolution du groupe en juin 1977.
En 1986, Mary Wilson publie son autobiographie "Dreamgirl: My Life as a Supreme", un récit sans concession qui lève le voile sur les coulisses tumultueuses du groupe le plus célèbre de Motown. Le livre révèle les tensions avec Diana Ross, les manipulations de Berry Gordy, le traitement inéquitable subi par Florence Ballard et les pratiques contractuelles abusives du label qui ont laissé Mary Wilson avec une fraction minime des royalties malgré des dizaines de millions de disques vendus. Diana Ross et Berry Gordy réagissent avec colère, qualifiant le livre de diffamatoire et d'opportuniste. La publication déclenche une brouille publique durable entre les anciennes partenaires, alimentée par les médias qui opposent systématiquement les deux femmes lors d'interviews. Mary Wilson maintient ses accusations tout en publiant une suite, "Supreme Faith: Someday We'll Be Together", en 1990, qui détaille les années post-Ross et ses propres difficultés financières.
Le conflit s'intensifie en 2000 lorsque Diana Ross organise une tournée de retrouvailles des Supremes sans consulter Mary Wilson ni Cindy Birdsong, leur proposant un cachet fixe jugé insultant alors que Ross empocherait l'essentiel des recettes. Mary Wilson refuse publiquement de participer, dénonçant l'arrogance de son ancienne camarade et son refus de partager équitablement les bénéfices d'un patrimoine commun. La tournée "Return to Love" se déroule finalement avec Scherrie Payne et Lynda Laurence, mais les critiques sont mitigées et les ventes de billets décevantes. L'épisode confirme l'impossibilité d'une véritable réconciliation entre les deux femmes, même si Mary Wilson déclarera dans ses dernières années avoir pardonné, tout en continuant à défendre sa version de l'histoire contre ce qu'elle percevait comme une réécriture monopolisée par Diana Ross.
Mary Wilson épouse Pedro Ferrer, homme d'affaires portoricain, en 1974. Le couple a trois enfants : Turkessa, Pedro Antonio Jr. et Rafael. Le mariage traverse des périodes difficiles marquées par des séparations et des réconciliations avant de se terminer par un divorce en 1981. En 1994, elle perd son fils unique, Rafael, alors âgé de 14 ans, dans un accident de voiture qui la plonge dans un deuil profond dont elle parlera ouvertement dans ses interviews ultérieures, évoquant la douleur incommensurable de survivre à son enfant. Elle devient ensuite grand-mère et évoque régulièrement l'importance de sa famille élargie comme source de réconfort. Passionnée de mode depuis l'époque des robes scintillantes des Supremes, Mary Wilson collectionne les vêtements vintage et les accessoires des années soixante. Elle réside principalement à Los Angeles et à Las Vegas, où elle maintient une présence régulière dans les spectacles célébrant l'histoire de la Motown. Amateur de voyages, elle visite fréquemment l'Europe où les Supremes conservent une base de fans fidèles, notamment au Royaume-Uni.
Militante de longue date pour les droits des artistes, Mary Wilson témoigne à plusieurs reprises devant le Congrès américain pour dénoncer les pratiques contractuelles de l'industrie musicale qui spolient les interprètes de leurs royalties. Elle soutient activement les campagnes visant à modifier la législation sur le droit d'auteur et rejoint la Rhythm and Blues Foundation qui aide financièrement les pionniers du rhythm and blues tombés dans la précarité. Elle s'engage également pour la préservation de l'héritage Motown, collaborant avec le Motown Museum de Detroit et participant à des programmes éducatifs destinés aux jeunes artistes. Ses amitiés durables incluent Dionne Warwick, avec qui elle partage l'expérience d'avoir navigué dans l'industrie musicale des années soixante, et Smokey Robinson, autre légende Motown avec qui elle entretient des relations respectueuses. Elle défend aussi publiquement la mémoire de Florence Ballard, organisant des événements commémoratifs et rappelant systématiquement la contribution essentielle de son amie à la réussite des Supremes.
Mary Wilson meurt subitement le 8 février 2021 à son domicile de Henderson dans la banlieue de Las Vegas, à l'âge de 76 ans. Selon le communiqué de son attachée de presse, elle décède paisiblement dans son sommeil, sans que des circonstances suspectes soient évoquées. La nouvelle choque le monde de la musique car elle venait tout juste d'annoncer sur ses réseaux sociaux, quelques jours auparavant, la signature d'un nouveau contrat discographique avec Universal Music pour un album prévu en 2021. Elle avait également participé deux jours plus tôt à une interview vidéo où elle semblait en bonne santé et pleine d'enthousiasme pour ses projets à venir. L'autopsie révèle par la suite que le décès est dû à une hypertension athérosclérotique avec maladie cardiovasculaire, confirmant une mort naturelle liée à des problèmes cardiaques non diagnostiqués.
Les hommages affluent immédiatement de la part de l'industrie musicale. Diana Ross publie un message sur Twitter exprimant sa tristesse et saluant la mémoire de son ancienne partenaire malgré leurs différends passés. Berry Gordy diffuse un communiqué reconnaissant le rôle essentiel de Mary Wilson dans le succès de Motown. De nombreux artistes contemporains, de Beyoncé à John Legend, rendent hommage à son influence sur la musique populaire et à sa dignité face aux injustices de l'industrie. Une cérémonie commémorative privée est organisée pour la famille et les proches, tandis que des rassemblements spontanés ont lieu devant le Motown Museum de Detroit où des fans déposent fleurs et messages. Sa disparition marque la fin d'une époque, celle des derniers témoins directs de l'âge d'or de la Motown qui ont façonné le son de l'Amérique des années soixante. Les Supremes (ligne-up Ross-Wilson-Ballard) ont reçu le Grammy Lifetime Achievement Award en 2023, posthumement pour Mary Wilson, distinction posthume significative pour son héritage Motown.
Mary Wilson repose à côté de son fils Rafael (décédé en 1994) au Forest Lawn Memorial Park de Hollywood Hills en Californie, nécropole qui accueille de nombreuses célébrités du divertissement américain. Une cérémonie funéraire intime s'est tenue dans la chapelle du lieu avant l'inhumation, réunissant sa famille, ses enfants survivants Turkessa et Pedro Antonio Jr., ainsi que quelques amis proches de l'industrie musicale. Le Motown Museum de Detroit, installé dans l'ancienne maison Hitsville U.S.A. où les Supremes enregistraient leurs premiers succès, maintient une exposition permanente consacrée au groupe avec des robes de scène, des photographies et des objets personnels donnés par Mary Wilson de son vivant. Sa ville d'adoption, Las Vegas, où elle résidait depuis les années deux mille, lui rend régulièrement hommage lors de spectacles célébrant l'histoire du rhythm and blues. Greenville dans le Mississippi, sa ville natale, conserve la mémoire de cette enfant du Sud devenue icône mondiale, bien qu'elle y ait passé peu de temps durant son enfance avant son déménagement vers Detroit, ville avec laquelle elle resta identifiée toute sa vie comme berceau de la Motown et des Supremes.