Résumé biographique
Figure majeure de la Résistance française, Noëlla Rouget s’impose comme une institutrice engagée, déportée à Ravensbrück puis grande témoin de la déportation, installée à Genève et opposante déclarée à la peine de mort, dont le parcours illustre l’histoire européenne du XXe siècle.
Parcours
Née Noëlla Peaudeau à Saumur en 1919, elle grandit dans une famille catholique et suit sa scolarité au pensionnat Saint-Laud à Angers, où elle devient institutrice au début de la Seconde Guerre mondiale. Après l’occupation d’Angers en 1940, elle entre dans le réseau de Résistance Honneur et Patrie, puis collabore aussi avec le réseau Buckmaster Alexandre Privet. Arrêtée en juin 1943, elle est incarcérée au Pré-Pigeon à Angers puis transférée à Compiègne, avant d’être déportée au camp de Ravensbrück en janvier 1944. Libérée au printemps 1945, elle est accueillie en convalescence en Suisse, où elle rencontre André Rouget, qu’elle épouse en 1947. Installée à Genève, elle s’implique durablement dans l’Association des déportées et internées de la Résistance et devient, à partir des années 1980, une témoin régulière dans les écoles et commémorations.
Repères de carrière
25/12/1919 : Naissance à Saumur (Maine-et-Loire) dans une famille catholique pratiquante.
Années 1930 : Études au pensionnat Saint-Laud d’Angers, engagement dans le scoutisme (Guides de France) puis formation d’institutrice.
1940 : Entrée en Résistance à Angers au sein du réseau Honneur et Patrie, diffusion de tracts et journaux clandestins, missions d’agent de liaison.
23/06/1943 : Arrestation à Angers et incarcération à la prison du Pré-Pigeon.
31/01/1944 : Déportation au camp de Ravensbrück par le convoi des « 27000 ».
05/04/1945 : Libération dans un convoi de déportées françaises acheminées vers la Suisse pour convalescence.
1947 : Mariage avec André Rouget et installation définitive à Genève.
1959 : Acquisition de la nationalité suisse (bourgeoise de Genève).
1965 : Témoignage au procès de Jacques Vasseur et démarche pour obtenir sa grâce auprès du général de Gaulle.
Années 1980 : Reprise publique de la parole face au négationnisme, interventions dans les médias et dans les écoles.
1997–2017 : Participation régulière aux cérémonies de Yom HaShoah à Genève et accompagnement de voyages scolaires à Auschwitz.
30/11/2019 : Élévation à la dignité de grand-croix de l’Ordre national du Mérite.
07/02/2020 : Remise des insignes de grand-croix à Genève par le général Benoît Puga.
22/11/2020 : Décès à Genève à l’âge de 100 ans.
Vie personnelle et engagements
Issue d’un milieu modeste, Noëlla Peaudeau est la fille de Clément, employé aux chemins de fer, et de Marie, née Bossard, couturière. Élevée dans un cadre catholique, elle a un frère aîné, Georges, devenu prêtre. À Angers, elle exerce comme institutrice au pensionnat Saint-Laud, où elle croise des milieux enseignants sensibilisés aux enjeux politiques de l’époque. Fiancée à l’instituteur Adrien Tigeot, résistant fusillé en 1943, elle reconstruit sa vie après-guerre en Suisse, où elle épouse André Rouget, pacifiste engagé dans le Service civil international, avec qui elle a deux fils, Patrick et François. À Genève, elle articule engagement mémoriel, action éducative et positionnement clair contre la peine de mort, notamment à travers son intervention en faveur de la grâce de Jacques Vasseur et ses prises de parole publiques en faveur de la vigilance démocratique.
Anecdotes
1 – Lors de ses premières missions de liaison, elle transporte des valises dont elle ignore le contenu et découvrira plus tard qu’elles contenaient des armes pour la Résistance angevine.
2 – Son fiancé Adrien Tigeot, arrêté en juin 1943, est fusillé en décembre 1943 ; après la guerre, elle retrouve sa dernière lettre où il l’exhorte à vivre et à aimer à nouveau.
3 – En 1965, après avoir témoigné contre Jacques Vasseur, elle adresse une lettre au président du tribunal puis au général de Gaulle pour demander la grâce de cet homme responsable de son arrestation et de la mort de son fiancé.
4 – À partir des années 1980, elle intervient régulièrement dans les écoles suisses et françaises pour contrer le négationnisme, notamment dans le contexte de l’« affaire Paschoud » à Lausanne.
5 – De 1997 à 2017, elle participe chaque année à Yom HaShoah à Genève, allumant des bougies en mémoire des victimes de la Shoah aux côtés de jeunes.
6 – En 2019, un décret présidentiel l’élève à la dignité de grand-croix de l’Ordre national du Mérite ; les insignes lui sont remis à Genève en février 2020, quelques mois avant son décès.
Lieux de mémoire
Née à Saumur et formée à Angers, Noëlla Rouget est marquée par ces territoires de l’Ouest français où se déploie son engagement dans la Résistance. Après la déportation à Ravensbrück et la convalescence au chalet La Gumfluh à Château-d’Œx, elle s’installe durablement à Genève. Elle repose aujourd’hui au Cimetière des Rois, panthéon genevois, et son nom est donné à plusieurs lieux publics en Suisse et en France.
Contexte du décès
Noëlla Rouget meurt le 22 novembre 2020 à Genève, à l’âge de 100 ans, des suites de la Covid-19, dans le contexte de la pandémie en Suisse. Ses obsèques se déroulent le 9 décembre 2020 à l’église Sainte-Thérèse de Genève, lors d’une cérémonie à la fois religieuse et officielle réunissant autorités suisses et françaises, ainsi que des représentants d’associations mémorielles. Des honneurs militaires lui sont rendus, en reconnaissance de son engagement dans la Résistance et de son rôle de témoin de la déportation. Elle est ensuite inhumée au Cimetière des Rois, où sa tombe porte la mention « Résistante française, déportée à Ravensbrück, passeuse de mémoire ». Sa disparition donne lieu à de nombreux hommages publics, dans la presse, le monde associatif et les collectivités locales liées à son histoire.
Points clés
• Métier(s) : institutrice, résistante, déportée de Ravensbrück, témoin de la déportation, militante contre la peine de mort
• Résidence principale : Genève, Suisse
• Relations : Adrien Tigeot (fiancé, résistant, arrêté et fusillé en 1943), André Rouget (époux, mariage en 1947, décès en 2005)
• Enfants : Patrick Rouget, François Rouget
• Distinctions : Croix de guerre 1939-1945, Médaille de la Résistance française, Médaille du combattant volontaire, Croix du combattant, Légion d’honneur (commandeur), Grand-officier puis grand-croix de l’Ordre national du Mérite