Louis Chevrolet, pilote automobile et ingénieur suisse naturalisé américain, né le 25 décembre 1878 à La Chaux-de-Fonds, est l'homme dont le nom orne des millions de véhicules sans qu'il en ait jamais tiré profit. Fondateur de la Chevrolet Motor Company en 1911, recordman du monde de vitesse en 1905, il cède le contrôle de sa marque à William Durant dès 1915 et meurt dans l'obscurité le 6 juin 1941, lors d'une visite à Detroit depuis sa retraite en Floride.
Louis Chevrolet naît le 25 décembre 1878 à La Chaux-de-Fonds, en Suisse, de Joseph-Félicien Chevrolet, horloger, et Marie-Anne Angéline Mahon. La famille s'installe à Beaune, en Bourgogne, en 1887, où le jeune Louis découvre le vélo de course. Grand, physiquement imposant, il se fait remarquer sur les circuits locaux au point que la presse régionale lui décerne le surnom de "maître de la pédale beaunoise". Ses soeurs Fanny et Berthe courent elles aussi. Son frère Gaston, le benjamin, ne le quitte pas des yeux. C'est à Beaune que Louis travaille à la boutique de mécanique Roblin, de 1889 à 1899 environ, et apprend à démonter et remonter les machines. Un jour, son patron Roblin le défie de réparer un tricycle à vapeur que personne ne parvient à remettre en état. Louis le fait fonctionner en deux heures. La nouvelle se répand dans toute la ville. Une délégation de l'entreprise Darracq, fabricant de vélos, fait le déplacement depuis Paris pour rencontrer ce mécanicien dont on parle (Michel Layaz, Les Vies de Chevrolet, éditions Zoé).
Louis effectue son apprentissage dans une usine automobile française avant le tournant du siècle. En 1901, il arrive à New York pour travailler dans la succursale brooklynoise d'un constructeur français (Evening Star, AP, 6 juin 1941). Il travaille successivement pour les compagnies Mors et Darracq, puis pour De Dion-Bouton Motorette à Brooklyn. Après la mort de son père en 1902, il fait venir le reste de sa famille en Amérique et rejoint Fiat à Manhattan. Sa première invention date de l'enfance : une pompe à tonneau de vin. Il fabrique ensuite des vélos, puis une machine à fabriquer des pneus, avant de s'imposer dans le secteur automobile en pleine expansion.
Le 20 mai 1905, Louis Chevrolet établit un record du monde de vitesse sur un mile mesuré à Sheepshead Bay, New York, au volant d'une Fiat de 90 chevaux : 52,8 secondes, à une moyenne de 68 miles à l'heure (Evening Star, AP, 6 juin 1941). Sa rivalité avec Barney Oldfield structure toute la décennie suivante. Son fils Charles résume ainsi la hiérarchie de l'époque : "Si Barney ne gagnait pas une course en ce temps-là, c'est papa qui gagnait." (The Brooksville Sun, 13 octobre 1933). Louis se vante lui-même qu'Oldfield ne l'a battu qu'une seule fois, "quand ma voiture est tombée en panne" (Cast Iron Wonder, University of Michigan). En 1909 et 1910, il prend la tête de l'équipe de course Buick, qui réalise un clean sweep sur les deux saisons (Evening Star, AP, 6 juin 1941). Louis Chevrolet dispute une douzaine de courses à l'Indianapolis Motor Speedway au cours de sa carrière (The Indianapolis Times, 29 mai 1934).
Le 30 mai 1917, à Cincinnati, il remporte une course de 250 miles au volant d'une Frontenac, avec un temps de 2h26'47 et une moyenne de 102,39 miles à l'heure. Son frère Gaston termine deuxième, à sept secondes. Ralph de Palma, Barney Oldfield et Ira Vail figurent parmi les vingt-huit concurrents. La cagnotte est de 29 000 dollars ; Louis en reçoit 12 500 (The Ogden Standard, 31 mai 1917).
Le 3 novembre 1911, Louis Chevrolet fonde la Chevrolet Motor Company à Detroit, en association avec William C. Durant, qui vient de perdre le contrôle de General Motors (Peninsula Enterprise, 29 octobre 1932). La première voiture sort d'un appartement à l'étage transformé en atelier. Louis en dirige l'activité jusqu'en 1915. Cette année-là, il quitte la direction. Dans l'année qui suit son départ, Durant reprend le contrôle de General Motors et intègre Chevrolet dans le groupe. En 1918, Chevrolet Motor Company devient officiellement partie intégrante de General Motors Corporation. En 1932, le nom Chevrolet orne plus de huit millions de radiateurs de voitures et de camions dans le monde. Un article commémorant le 21e anniversaire de la marque décrit Louis Chevrolet comme "un pilote d'une autre époque qui a fait du travail expérimental sur la première voiture" (Peninsula Enterprise, 29 octobre 1932). Il n'est plus que cela dans la mémoire institutionnelle de l'entreprise.
Louis ne disparaît pas des circuits après 1915. En 1916, il construit la voiture de course Frontenac. En 1919, il conçoit et fabrique la Monroe racing car, qui remporte l'Indy 500 en 1920 avec son frère Gaston au volant, ainsi que le championnat national A.A.A. Gaston est tué dans un accident sur le Los Angeles Speedway à la fin de l'année 1920. Louis, déjà en train de construire un Frontenac huit cylindres portant le numéro 1 de champion que Gaston avait gagné, confie cette voiture à Tommy Milton, qui remporte l'Indy 500 en 1921 (Evening Star, AP, 6 juin 1941). Louis considère la conception de ces deux vainqueurs consécutifs des 500 miles comme sa plus grande réussite. Après la mort de Gaston, il abandonne la course pendant cinq ans. Il revient en 1925 et remporte la Miami Regatta cette saison-là. En 1928, il rejoint les effectifs de la Stutz Automobile Company à Indianapolis, mais ce poste est de courte durée.
En 1927, Louis Chevrolet lance la société Chevrolair pour la fabrication de moteurs d'avion. Il s'associe ensuite avec son frère Arthur pour fonder la Chevrolet Bros. Aircraft Co. Un litige oppose rapidement les deux frères sur l'usage du nom familial. Louis obtient en justice le droit d'utiliser le nom Chevrolet Aircraft Co. pour une entreprise indépendante, qu'il installe à Indianapolis puis transfère à Baltimore. En janvier 1930, sa femme Suzanne organise en son honneur un dîner d'adieu à l'Indianapolis Athletic Club avant son départ pour Baltimore. La table est ornée d'un avion miniature. Les convives sont Fred S. Duesenberg, Harry C. Stutz, le pilote Charles Merz et les proches de la famille (The Indianapolis Times, 18 janvier 1930). L'entreprise de Baltimore ne survit pas à la Grande Dépression. Au début des années 1930, Louis Chevrolet travaille comme vendeur de pétrole. Il retourne ensuite travailler comme simple mécanicien dans les usines Chevrolet de Detroit, puis prend sa retraite en 1938 en Floride (Evening Star, AP, 6 juin 1941).
Louis Chevrolet épouse Suzanne Treyvoux en juillet 1905 à l'église Saint-Vincent-de-Paul de Manhattan. Le couple a deux fils : Charles Louis, né en 1906, et Alfred Joseph, né en 1912. Suzanne décède en 1966 à Detroit, inhumée au Mount Elliott Cemetery. Louis est le deuxième enfant d'une fratrie de six : ses frères Alfred, Arthur et Gaston, et ses soeurs Fanny et Berthe. Les trois frères Gaston, Arthur et Louis partagent une passion commune pour la mécanique et la vitesse, héritée des années de course à vélo en Bourgogne. Gaston remporte l'Indy 500 en 1920 et meurt quelques mois plus tard dans un accident de course à Los Angeles. Charles, le fils aîné de Louis, meurt à 27 ans le 28 mai 1934 à Indianapolis, d'un empoisonnement urémique, laissant une veuve et une fille prénommée Renee, âgée de quatre ans. Il gérait le Midway Garage au croisement de Sixteenth et Alabama Street (The Indianapolis Times, 29 mai 1934). Alfred, le second fils, survit à son père et décède en 1970.
Le réseau professionnel de Louis Chevrolet à son apogée comprend les grandes figures de l'automobile américaine pionnière. En janvier 1930, Fred S. Duesenberg, Harry C. Stutz et le pilote Charles Merz sont à sa table d'adieu. Les familles Duesenberg et Chevrolet se connaissent depuis l'ère des champions cyclistes, bien avant les débuts de l'automobile (The Brooksville Sun, 13 octobre 1933). Arthur Chevrolet se suicide en Louisiane en 1946, cinq ans après la mort de Louis.
Louis Chevrolet meurt le vendredi 6 juin 1941 à Detroit, lors d'une visite depuis sa résidence de retraite en Floride, d'une crise cardiaque. Une athérosclérose sévère l'avait contraint à l'amputation d'une jambe dans les années précédant sa mort, dont il ne s'était jamais remis. Il était en mauvaise santé depuis plusieurs années et à la retraite depuis 1938 (Evening Star, AP, 6 juin 1941). Sa mort intervient alors que la marque qui porte son nom est l'une des plus grandes entreprises automobiles du monde. La quasi-totalité de ses souvenirs personnels et de ses plans d'ingénierie avait été détruite auparavant dans l'incendie de la maison de sa soeur au New Jersey (Encyclopedia.com). Il est inhumé au Holy Cross and Saint Joseph Cemetery d'Indianapolis, aux côtés de son frère Gaston. Sa veuve Suzanne et son fils Alfred lui survivent.
Louis Chevrolet naît à La Chaux-de-Fonds, en Suisse. Sa famille d'origine vient de Bonfol, dans l'actuel canton du Jura. Il grandit à Beaune, en Bourgogne. Il arrive à New York en 1901 et s'installe progressivement à Indianapolis, ville centrale de sa vie professionnelle et familiale. Il prend sa retraite en Floride en 1938 et meurt à Detroit en 1941. Il est inhumé au Holy Cross and Saint Joseph Cemetery d'Indianapolis, aux côtés de son frère Gaston. Un mémorial en bronze lui est dédié à l'entrée de l'Indianapolis Motor Speedway Museum à Speedway, Indiana. La ville de Bonfol, en Suisse, lui donne le nom d'une place en 1991.
Si Barney ne gagnait pas une course en ce temps-là, c'est papa qui gagnait.
— Charles Louis Chevrolet, fils de Louis, The Brooksville Sun, 13 octobre 1933
Louis Chevrolet remporte dix des onze courses qu'il dispute face à Barney Oldfield, le pilote le plus célèbre de l'époque. Il concède l'unique défaite d'une seule phrase : " parce que ma voiture est tombée en panne."
— Louis Chevrolet, Cast Iron Wonder, University of Michigan
Si Barney ne gagnait pas une course en ce temps-là, c'est papa qui gagnait.
— Charles Louis Chevrolet, fils de Louis, The Brooksville Sun, 13 octobre 1933
Louis Chevrolet remporte dix des onze courses qu'il dispute face à Barney Oldfield, le pilote le plus célèbre de l'époque. Il concède l'unique défaite d'une seule phrase : " parce que ma voiture est tombée en panne."
— Louis Chevrolet, Cast Iron Wonder, University of Michigan