Lucie Aubrac, résistante française née le 29 juin 1912 à Paris, est professeure agrégée d'histoire et cofondatrice du mouvement Libération-Sud. En octobre 1943, enceinte, elle organise à Lyon l'évasion armée de son mari Raymond Aubrac et de quatorze autres prisonniers de la Gestapo.
Née Lucie Bernard dans une famille modeste d'origine bourguignonne, elle grandit en Saône-et-Loire après que son père Louis Bernard, jardinier invalide de guerre, et sa mère Louise Vincent ont quitté Paris. Pupille de la nation en 1924, elle bénéficie de bourses pour poursuivre ses études. Elle réussit l'agrégation d'histoire-géographie en 1938 après un parcours autodidacte atypique : refusant l'internat de l'École normale des Batignolles, elle prépare seule son baccalauréat, s'inscrit à la Sorbonne, où elle noue des liens avec Jean-Pierre Vernant et Victor Leduc. Nommée au lycée de Strasbourg, elle y rencontre Raymond Samuel, ingénieur des Ponts et Chaussées mobilisé. Ils se marient en décembre 1939 à Dijon. À l'été 1940, Raymond est fait prisonnier à Sarrebourg ; Lucie organise son évasion, puis le couple rejoint Lyon où elle enseigne au lycée de jeunes filles Edgar-Quinet.
À l'automne 1940, par l'intermédiaire de Jean Cavaillès, elle rencontre Emmanuel d'Astier de La Vigerie, fondateur du noyau clandestin "La dernière colonne". Sous le pseudonyme de Catherine, elle intègre ce qui deviendra Libération-Sud, contribue en juillet 1941 au premier numéro du journal Libération, fabrique de faux papiers et organise le franchissement de la ligne de démarcation. Après une première arrestation de Raymond en mars 1943, elle menace le procureur lyonnais et obtient sa libération, puis organise l'évasion de Serge Ravanel, Maurice Kriegel-Valrimont et François Morin-Forestier de l'hôpital de l'Antiquaille. Lors de la seconde arrestation de Raymond à Caluire le 21 juin 1943, aux côtés de Jean Moulin, elle monte l'opération du 21 octobre 1943 : en plein jour, enceinte, elle mène l'attaque armée du fourgon de la Gestapo boulevard des Hirondelles à Lyon, libérant Raymond et quatorze autres résistants. La famille fuit vers Londres le 8 février 1944 ; Catherine Aubrac y naît quatre jours plus tard.
En 1997, lors de la sortie du film de Claude Berri avec Carole Bouquet et Daniel Auteuil, le journaliste Gérard Chauvy publie Aubrac, Lyon 1943 (Albin Michel), exploitant un document remis par Klaus Barbie à son avocat Jacques Vergès en 1990, dit "Testament de Barbie", qui présentait Raymond Aubrac comme un agent double. Le couple Aubrac attaque l'auteur en diffamation et l'emporte : Gérard Chauvy est condamné en 1998 à payer des dommages et intérêts, et à faire figurer sur tous les supports du film la mention des deux acquittements de René Hardy, en 1947 et 1950. En 2009, douze ans après la polémique, l'historien Laurent Douzou conclut dans sa biographie de référence qu'aucune pièce d'archives ne permet d'étayer les accusations de trahison formulées par Barbie.
1912 : naissance le 29 juin à Paris (14e arrondissement) sous le nom de Lucie Bernard
1924 : reconnue pupille de la nation avec sa soeur Jeanne à la suite des blessures de guerre de son père
1932 : adhésion aux Jeunesses communistes ; visite à Berlin avec le Cercle international de jeunesse
1938 : obtention de l'agrégation d'histoire-géographie ; prise de poste à Strasbourg
1939 : mariage avec Raymond Samuel le 14 décembre à Dijon
1940 : organisation de l'évasion de Raymond prisonnier à Sarrebourg ; installation à Lyon ; premiers contacts avec la Résistance via Jean Cavaillès
1941 : naissance de Jean-Pierre ; participation au premier numéro du journal Libération avec Emmanuel d'Astier de La Vigerie
1943 : première libération de Raymond menacée au procureur ; évasion de résistants de l'hôpital de l'Antiquaille ; arrestation de Jean Moulin et Raymond à Caluire (21 juin) ; opération armée du boulevard des Hirondelles à Lyon (21 octobre)
1944 : exfiltration vers Londres (8 février) ; naissance de Catherine (12 février) ; participation à la mise en place des Comités de libération ; siège à l'Assemblée consultative provisoire
1945 : participation au jury de la Haute Cour de justice lors du procès du maréchal Philippe Pétain
1984 : publication de Ils partiront dans l'ivresse (Seuil), récit autobiographique des années de clandestinité
1997 : sortie du film Lucie Aubrac de Claude Berri ; procès en diffamation contre Gérard Chauvy
2000 : publication de La Résistance expliquée à mes petits-enfants (Seuil)
2007 : décès le 14 mars à Issy-les-Moulineaux ; obsèques nationales aux Invalides le 21 mars
Fille de Louis Bernard, jardinier invalide de guerre d'origine bourguignonne, et de Louise Vincent, issue d'une famille de vignerons de Saône-et-Loire, Lucie grandit dans une famille modeste qui déménage plusieurs fois. Elle a une soeur, Jeanne. Elle épouse Raymond Samuel (dit Raymond Aubrac) le 14 décembre 1939 à Dijon. De cette union naissent trois enfants : Jean-Pierre (1941), Catherine (1944) et un troisième enfant après la guerre. À la Libération, Lucie reprend l'enseignement de l'histoire jusqu'à sa retraite, après avoir siégé à l'Assemblée consultative provisoire en 1944-1945 et participé au jury de la Haute Cour de justice lors du procès Pétain.
Engagée dans les combats de la décolonisation, Lucie Aubrac héberge en 1946 le dirigeant vietnamien Hô Chi Minh. Elle enseigne ensuite l'histoire au Maroc et à Rome pendant que Raymond Aubrac exerce des fonctions de direction à la FAO. Active à la Ligue des droits de l'homme, elle milite pour les droits des femmes et l'antiracisme. À la retraite, elle consacre des années à des conférences dans des milliers d'établissements scolaires. En 2006, elle signe un "Appel des résistants" contre la précarisation sociale. Vice-présidente d'honneur de la Fondation de la Résistance, elle reste militante jusqu'à son hospitalisation finale en janvier 2007.
Lucie Aubrac meurt le 14 mars 2007 à l'hôpital suisse de Paris, à Issy-les-Moulineaux (Hauts-de-Seine), où elle était hospitalisée depuis deux mois et demi. La cause précise du décès n'a pas été rendue publique par la famille. Le président de la République Jacques Chirac prononce son éloge funèbre dans la cour d'honneur de l'Hôtel national des Invalides le 21 mars 2007, en présence du Premier ministre Dominique de Villepin, de nombreux membres du gouvernement et de représentants de toute la classe politique, dont Marie-George Buffet, Jean-Pierre Chevènement, Ségolène Royal et Nicolas Sarkozy. Jacques Chirac déclare que "la cohésion nationale est un combat de tous les jours".
Les cendres de Lucie Aubrac reposent au cimetière de Salornay-sur-Guye, village du Clunisois (Saône-et-Loire) dont est originaire sa famille paternelle. Son nom est donné à plus de 103 établissements scolaires en France, à la station de métro Bagneux - Lucie Aubrac (ligne 4, Paris, inaugurée en 2022) et à plusieurs rues et places. Son mari Raymond Aubrac, décédé le 10 avril 2012, l'a rejointe au même cimetière.
1 - Avant d'organiser l'opération du 21 octobre 1943, Lucie Aubrac se présente à la Kommandantur allemande sous l'identité de "Guillaine de Barbentane", nom emprunté à la famille noble dont ses parents avaient été domestiques, pour obtenir le droit d'épouser Raymond condamné à mort et lui communiquer le plan d'évasion.
2 - Élève de Lucie Aubrac au lycée de Vannes en 1939-1940, Simone Signoret est coincée en Bretagne par la mobilisation ; cette relation est documentée dans les archives scolaires de l'époque.
3 - En 1944 aux États-Unis, un comics intitulé Lucie to the Rescue retrace l'évasion d'octobre 1943 ; c'est l'un des rares documents qui popularise son action hors de France dès la guerre.
4 - Lauréate en 1938 d'une bourse David-Weil pour préparer une thèse de géographie sur la colonisation des Montagnes Rocheuses aux États-Unis, elle renonce à partir le 1er septembre 1939, quatre jours avant la date prévue d'embarquement, à l'annonce de l'invasion de la Pologne.
5 - Lors du procès Chauvy en 1998, le réalisateur Claude Berri et sa société Renn Productions sont condamnés à mentionner sur tous les supports du film les deux acquittements de René Hardy, en 1947 et 1950, pour avoir laissé peser une ambiguïté sur sa responsabilité dans l'arrestation de Jean Moulin.
6 - Dans L'Armée des ombres de Jean-Pierre Melville (1969), le personnage de Mathilde interprété par Simone Signoret est librement inspiré de la figure de Lucie Aubrac.
- Métier(s) : résistante, professeure agrégée d'histoire-géographie, auteure
- Résidence principale : Paris
- Relations de couple : Raymond Aubrac (Raymond Samuel), marié le 14 décembre 1939, décédé le 10 avril 2012
- Enfants : Jean-Pierre (1941), Catherine (1944), un troisième enfant (après-guerre)
- Distinctions : Grand officier de la Légion d'honneur, Grand-Croix de l'ordre national du Mérite, Croix de guerre 1939-1945, Médaille de la Résistance avec rosette, Commandeur des Palmes académiques
445 voies portent son nom en France.
Source : fichier officiel des rues de France (TOPO), mai 2026.
« Le mot résister doit toujours se conjuguer au présent. »
— Le Figaro, 15 mars 2007 (cité à l'occasion de son décès)
« Ce que j'ai fait, c'est un boulot de femme, et de femme enceinte, en plus. »
— Ils partiront dans l'ivresse, Seuil, 1984
« Les Allemands nous avaient volé la Liberté et l'Égalité, ils n'avaient pas pu interdire la Fraternité. »
— Ils partiront dans l'ivresse, Seuil, 1984
« Le racisme est la pire plaie de l'humanité. Il triomphe quand on laisse le fascisme prendre le pouvoir. »
— La Résistance expliquée à mes petits-enfants, Seuil, 2000
Le mot résister doit toujours se conjuguer au présent.
Le verbe Résister doit toujours se conjuguer au présent.
Le raciste est la pire plaie de l'humanité. Il triomphe quand on laisse le fascisme prendre le pouvoir.
Le racisme est la pire plaie de l'humanité. Il triomphe quand on laisse le fascisme prendre le pouvoir.