Jean-Pierre Melville (1917-1973), né Jean-Pierre Grumbach, est un réalisateur et scénariste français, fondateur du Studio Jenner à Paris, auteur de Le Samouraï (1967) et de L'Armée des ombres (1969), régulièrement cités par Quentin Tarantino, John Woo et Martin Scorsese parmi leurs influences déterminantes.
Jean-Pierre Grumbach naît le 20 octobre 1917 dans le 9e arrondissement de Paris, fils de Jules Grumbach, négociant en vêtements, et de Berthe Grumbach. À six ans, ses parents lui offrent une caméra Pathé-Baby. Contraint de quitter l'école à dix-sept ans, il travaille comme coursier puis photographe de mariage avant d'être mobilisé en 1937. Après la débâcle de Dunkerque, il rejoint la Résistance avec son frère Jacques Grumbach et sa soeur Janine Grumbach, puis les Forces françaises libres sous le pseudonyme « Melville », en hommage à l'auteur américain Herman Melville. Il participe au débarquement de Provence en 1944. Refusé par le Syndicat des techniciens du cinéma, il crée sa propre société de production en 1946. Son premier long-métrage, Le Silence de la mer (1949), adaptation du roman de Vercors, est tourné sans autorisation officielle. Jean Cocteau, enthousiasmé, lui confie l'adaptation de son roman : Les Enfants terribles sort en 1950.
Melville installe son propre studio dans des hangars rue Jenner (Paris 13e) dès 1949. Son premier film de gangsters, Bob le flambeur (1956), pose les codes du polar à la française. Après l'échec commercial de Deux hommes dans Manhattan (1958), il s'oriente vers des productions plus accessibles : Léon Morin, prêtre (1961) avec Jean-Paul Belmondo et Emmanuelle Riva, puis Le Doulos (1962) et L'Aîné des Ferchaux (1963), toujours avec Belmondo. Une nouvelle collaboration s'ouvre ensuite avec Alain Delon, qui tient le rôle du tueur à gages dans Le Samouraï (1967), puis dans Le Cercle rouge (1970) et Un flic (1972). Entre ces deux cycles, L'Armée des ombres (1969), avec Lino Ventura, Simone Signoret et Paul Meurisse, adapte le roman de Joseph Kessel. Ses assistants Bertrand Tavernier et Volker Schlöndorff deviendront des réalisateurs reconnus. François Truffaut et Claude Chabrol comptent parmi les cinéastes de la Nouvelle Vague directement influencés par son oeuvre.
À sa sortie en 1969, dans le contexte de l'après mai 1968, L'Armée des ombres suscite une polémique dans la presse cinéphile française. Plusieurs critiques, notamment dans les Cahiers du cinéma, reprochent à Jean-Pierre Melville son gaullisme affiché : le général de Gaulle, présenté dans le film comme incarnation de la Résistance, était le chef de l'État lors des événements contestataires de 1968. Le film est accusé d'instrumentaliser la mémoire résistante à des fins politiques. Melville se définissait lui-même comme « anarchiste de droite » et « individualiste extrême ». Il niait toute récupération politique, déclarant avoir réalisé le film « complètement dépassionné, sans le moindre relent de cocorico ». La réhabilitation critique de L'Armée des ombres est intervenue progressivement après la mort du réalisateur.
1917 : naissance le 20 octobre à Paris (9e arrondissement) sous le nom de Jean-Pierre Grumbach.
1937 : mobilisation dans l'armée française ; service jusqu'à l'évacuation de Dunkerque.
1942 : franchissement des Pyrénées avec son frère Jacques pour rejoindre les Forces françaises libres ; Jacques Grumbach est tué la même année lors d'une mission de la Résistance.
1944 : participation au débarquement de Provence sous le nom de guerre « Melville ».
1946 : fondation de l'Organisation Générale Cinématographique ; réalisation du court-métrage Vingt-quatre heures de la vie d'un clown.
1949 : sortie de Le Silence de la mer (premier long-métrage) ; installation du Studio Jenner rue Jenner, Paris 13e.
1950 : sortie des Enfants terribles, en collaboration avec Jean Cocteau.
1952 : mariage avec Florence Melville.
1956 : sortie de Bob le flambeur, premier film de gangsters.
1960 : apparition dans À bout de souffle de Jean-Luc Godard dans le rôle de l'écrivain Parvulesco.
1967 : sortie du Samouraï avec Alain Delon ; incendie du Studio Jenner dans la nuit du 28 au 29 juin.
1969 : sortie de L'Armée des ombres avec Lino Ventura, Simone Signoret, Paul Meurisse et Jean-Pierre Cassel.
1970 : sortie du Cercle rouge avec Alain Delon.
1972 : sortie d'Un flic, dernier film, avec Alain Delon et Catherine Deneuve.
1973 : décès le 2 août à Paris, à l'âge de 55 ans, au restaurant de l'Hôtel PLM Saint-Jacques.
Jean-Pierre Grumbach grandit à Paris dans une famille juive alsacienne. Son père Jules Grumbach, négociant en gros de vêtements, né à Belfort en 1875 et décédé à Paris en 1935, et sa mère Berthe Grumbach, cousine germaine de son époux, ont quatre enfants : Jacques Grumbach (1902-1942), journaliste au Populaire, hebdomadaire du Parti socialiste, Simone (1904-1910), Janine Grumbach (1913-1978) et Jean-Pierre. Il épouse Florence Melville en 1952 ; leur union dure jusqu'à la mort du réalisateur en 1973. Le couple ne compte aucun enfant documenté dans les sources consultées. Melville vivait au 25 bis rue Jenner (Paris 13e), dans l'appartement attenant à son studio.
Cinéphile, Melville passait des journées entières dans les salles de cinéma, parfois de 9 heures à 3 heures du matin, avec une prédilection pour le cinéma américain des années 1930-1940, dont il adoptait le style : Stetson, lunettes Ray-Ban et imperméable beige. Il siégea pendant plusieurs années à la Commission de classification des oeuvres cinématographiques, militant contre la pornographie au cinéma. Bertrand Tavernier, son assistant avec Volker Schlöndorff, lui a consacré un chapitre de son documentaire Voyage à travers le cinéma français (2016). Philippe Labro a préfacé la première biographie du cinéaste, publiée en 2017 par Bertrand Tessier aux éditions Fayard.
Jean-Pierre Melville décède le 2 août 1973 à Paris lors d'un dîner au restaurant de l'Hôtel PLM Saint-Jacques (13e arrondissement), en compagnie de l'écrivain Philippe Labro. Les sources divergent sur la cause précise : la crise cardiaque est le terme le plus fréquemment cité, mais plusieurs biographies retiennent une rupture d'anévrisme. Il avait 55 ans. Au moment de sa mort, il travaillait sur le scénario de Contre-enquête, son quatorzième long-métrage, un thriller d'espionnage avec Yves Montand dans le rôle principal, destiné au producteur Jacques-Éric Strauss. Les hommages officiels au moment du décès ne sont pas documentés dans les sources consultées.
Jean-Pierre Melville repose au cimetière de Pantin (8e section), commune de Seine-Saint-Denis. L'emplacement du Studio Jenner, dans les anciens hangars de la rue Jenner (Paris 13e), constitue un second lieu associé à son parcours : c'est là qu'il vécut et travailla, créant l'essentiel de son oeuvre, de 1949 à l'incendie de juin 1967.
1 - Dans la nuit du 28 au 29 juin 1967, un incendie ravage le Studio Jenner pendant le tournage du Samouraï. Melville, qui dormait sur place, échappe aux flammes indemne. Il soupçonnera ensuite la concurrence d'avoir délibérément allumé le feu.
2 - Dans À bout de souffle (1960) de Jean-Luc Godard, Melville incarne l'écrivain Parvulesco lors de la scène à l'aéroport d'Orly. Interrogé sur sa plus grande ambition dans la vie, son personnage répond : « Devenir immortel... et puis mourir. »
3 - Pendant le tournage de L'Armée des ombres, Simone Signoret demanda au réalisateur si son personnage avait trahi avant la scène d'exécution. Melville lui répondit : «
Je reprends depuis la fin de l'anecdote 3, avec la suite et la Note de livraison.
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Devenir immortel... et puis mourir.
— À bout de souffle, réalisé par Jean-Luc Godard, 1960 (rôle de Parvulesco)
Avant d'aimer le cinéma, j'ai aimé le cirque.
— Entretien, Cahiers du cinéma n°124, octobre 1961
Le métier du cinéma n'est comparable à aucun autre.
— Entretien avec Michel Mardore, Candide n°205, 29 mars 1965
Je l'ai porté en moi 25 ans et 14 mois exactement. Il fallait que je le fasse et que je le fasse maintenant, complètement dépassionné, sans le moindre relent de cocorico. C'est un morceau de ma mémoire, de ma chair.
— Propos sur L'Armée des ombres, secrets de tournage, AlloCiné
Dans ce film, j'ai montré pour la première fois des choses que j'ai vues, que j'ai vécues. Toutefois, ma vérité est, bien entendu, subjective et ne correspond certainement pas à la vérité réelle. D'un récit sublime, merveilleux documentaire sur la Résistance, j'ai fait une rêverie rétrospective ; un pèlerinage nostalgique à une époque qui a marqué profondément ma génération.
— Propos sur L'Armée des ombres, secrets de tournage, AlloCiné
Les hommes naissent innocents, mais ça ne durent guère.