Jomo Kenyatta, homme d'État kenyan d'origine kikuyu né vers 1897 à Ngenda, est le père de la nation kenyane : premier Premier ministre (1963-1964) puis premier président de la République du Kenya (1964-1978), également anthropologue et militant anticolonial de premier plan.
Né Kamau wa Ngengi dans une famille kikuyu du district de Kiambu, au Kenya britannique, Kenyatta fut élevé par son grand-père Kongo wa Magana après la mort de son père Mūigai. En 1909, il s'inscrit à l'école de la mission de l'Église d'Écosse à Thogoto, où il apprend l'anglais avant d'exercer divers emplois à Nairobi. Devenu secrétaire de la Kikuyu Central Association (KCA), il rédige le journal kikuyu Mũigwithania à partir de 1928 et part en février 1929 pour Londres afin de défendre les droits fonciers de son peuple. Il y demeure seize ans. Durant les années 1930, il étudie à l'Université communiste des travailleurs de l'Orient à Moscou, à l'University College London puis à la London School of Economics sous la direction de l'anthropologue Bronislaw Malinowski. En 1938, il publie Facing Mount Kenya, une analyse fondatrice de la société kikuyu préfacée par Malinowski, qui n'écoule que 517 exemplaires mais marque durablement la pensée anticoloniale africaine.
En octobre 1945, avec Kwame Nkrumah et George Padmore, Kenyatta co-organise le cinquième Congrès panafricain à Manchester. Il rentre en septembre 1946 au Kenya, où il prend la direction du Koinange Independent Teachers' College à Githunguri avant d'être élu, en juin 1947, président de la Kenya African Union (KAU) en remplacement de James Gichuru. Sa popularité dans le pays kikuyu est considérable, mais l'administration coloniale le surveille étroitement. En octobre 1952, il est arrêté avec cinq coaccusés, les "Kapenguria Six", et inculpé de direction des Mau Mau. Condamné en avril 1953 à sept ans de travaux forcés par le juge Ransley Thacker, il reste emprisonné à Lokitaung jusqu'en 1959 puis en exil à Lodwar jusqu'en 1961. Libéré, il prend la présidence du KANU, remporte les élections de 1963 et est investi Premier ministre le 1er juin 1963. Le 12 décembre 1964, il devient le premier président de la République du Kenya.
Arrêté en octobre 1952, Kenyatta fut jugé avec cinq coaccusés lors du procès de Kapenguria (novembre 1952 - avril 1953) et condamné à sept ans de travaux forcés pour direction du mouvement Mau Mau. En 1958, le principal témoin à charge, Rawson Macharia, reconnut sous serment avoir falsifié son témoignage. Des documents ultérieurement rendus publics révélèrent des échanges secrets entre le juge Ransley Thacker et le gouverneur colonial Evelyn Baring. L'historien Wunyabari Maloba a qualifié rétrospectivement ce procès de "procès politique truqué à l'issue prédéterminée". Devenu président, Kenyatta gouverna dans les faits un État à parti unique : en octobre 1969, à la suite d'incidents à Kisumu, il fit dissoudre le Kenya People's Union de Jaramogi Oginga Odinga et emprisonner ses huit élus. Le 5 juillet 1969, le ministre Tom Mboya fut abattu à Nairobi par Nahashon Isaac Njenga Njoroge, membre du KANU, qui posa avant son exécution la question demeurée célèbre : "Pourquoi n'allez-vous pas voir le grand homme ?" Aucune autre mise en cause ne fut engagée. Des publications parues après sa mort documentèrent par ailleurs l'enrichissement personnel de la famille Kenyatta via l'accumulation de terres et de biens contournant les procédures administratives.
Vers 1897 : naissance à Ngenda, district de Kiambu, Kenya britannique
1909 : inscription à l'école de la mission de l'Église d'Écosse à Thogoto
1928 : secrétaire de la KCA, rédacteur du journal kikuyu Mũigwithania
1929 : premier voyage à Londres pour défendre les droits fonciers kikuyu
1938 : publication de Facing Mount Kenya à Londres
1945 : co-organisation du cinquième Congrès panafricain à Manchester avec Kwame Nkrumah
1947 : élu président de la Kenya African Union, succédant à James Gichuru
1952 : arrestation par les autorités coloniales britanniques
1953 : condamnation à sept ans de travaux forcés lors du procès de Kapenguria
1961 : libération et accession à la présidence du KANU
1963 : investiture comme Premier ministre (1er juin) ; indépendance du Kenya (12 décembre)
1964 : premier président de la République du Kenya (12 décembre)
1969 : interdiction du Kenya People's Union de Jaramogi Oginga Odinga ; assassinat du ministre Tom Mboya
1978 : décès à Mombasa le 22 août ; Daniel arap Moi lui succède
Fils de Mūigai et Wambūi, cultivateurs kikuyu du district de Kiambu, Kenyatta fut élevé par son grand-père Kongo wa Magana, guérisseur traditionnel, après la mort de ses parents. Il épousa successivement Grace Wahu (1922), dont il eut Peter Muigai Kenyatta (1920), futur vice-ministre, et Margaret Kenyatta (1928), première femme maire de Nairobi (1970-1976), puis Edna Grace Clarke, une Anglaise (1942), mère de Peter Magana (1943). Sa quatrième épouse, Ngina Muhoho, dite Mama Ngina, épousée en 1951, lui donna quatre enfants, dont Uhuru Kenyatta (né en 1961), devenu quatrième président du Kenya en 2013.
Proche du militant panafricain George Padmore depuis ses années londoniennes, Kenyatta noua également une amitié avec l'acteur afro-américain Paul Robeson lors du tournage du film Sanders of the River à Shepperton Studios en 1934. Opposant déclaré aux régimes racistes d'Afrique du Sud et de Rhodésie du Sud, il s'engagea dans le mouvement panafricain aux côtés de Kwame Nkrumah. Devenu président, il fit du Harambee - terme swahili signifiant "s'unir pour construire ensemble" - la devise nationale du Kenya, mobilisant les communautés autour de projets collectifs d'éducation et de santé. Il résida principalement dans sa propriété de Gatundu, district de Kiambu.
Jomo Kenyatta mourut dans son sommeil le 22 août 1978 à State House Mombasa, où il séjournait pour des vacances de travail. Sa santé s'était dégradée depuis un infarctus en mai 1968 et une phlébite chronique. La cause précise du décès ne fut pas rendue publique dans ses détails cliniques. Le vice-président Daniel arap Moi fut aussitôt investi par le juge en chef James Wicks à State House Nairobi. Le corps fut exposé dix jours au public. Les funérailles d'État du 31 août 1978 réunirent des représentants de 82 nations, dont onze chefs d'État ; le prince Charles représentait la reine Elizabeth II. Daniel arap Moi qualifia Kenyatta de "mon père, mon professeur et mon mentor".
Kenyatta fut inhumé le 31 août 1978 dans un mausolée de marbre et de granit érigé en moins d'une semaine sur le terrain adjacent aux bâtiments du Parlement, à Nairobi. Cette sépulture, conçue par l'architecte israélien George Vamos, est gardée en permanence par les Forces de défense du Kenya et n'est pas ouverte au public. L'aéroport international de Nairobi et la Kenyatta University portent son nom.
1 - En 1934, pour subvenir à ses besoins à Londres, Kenyatta figura parmi les 250 figurants noirs du film Sanders of the River, tourné à Shepperton Studios. C'est sur ce tournage qu'il noua une amitié avec l'acteur afro-américain Paul Robeson.
2 - À Lokitaung, Kenyatta fut exempté de concasser des pierres au soleil en raison de son âge ; il fut affecté comme cuisinier du groupe et préparait quotidiennement du posho (farine de maïs) et des haricots pour ses codétenus des Kapenguria Six.
3 - Facing Mount Kenya, publié en 1938, ne s'écoula qu'à 517 exemplaires à sa sortie. Le professeur Bronislaw Malinowski, qui en avait rédigé la préface, qualifia l'ouvrage de "tour de force de la propagande" anticoloniale.
4 - Le cercueil et la plaque funéraire de Kenyatta furent fabriqués à Londres plusieurs années avant sa mort et stockés dans un dépôt militaire de Nairobi sous l'étiquette "matériel de transport", à l'initiative d'un comité gouvernemental secret.
5 - Malgré quinze ans à la présidence d'un État dont la capitale est Nairobi, Kenyatta n'y passa jamais une seule nuit, résidant systématiquement dans sa propriété de Gatundu ou à State House Mombasa.
- Métier(s) : homme d'État, anthropologue, journaliste
- Résidence principale : Gatundu, district de Kiambu, Kenya
- Relations de couple : Grace Wahu (1922), Edna Grace Clarke (1942), Grace Wanjiku (v. 1947-1950), Ngina Muhoho dite Mama Ngina (1951)
- Enfants : Peter Muigai Kenyatta (1920), Margaret Kenyatta (1928), Peter Magana (1943), Christine Wambui (1952), Uhuru Kenyatta (1961), Anna Nyokabi, Muhoho Kenyatta (1964)
- Distinctions : Compagnon de l'Ordre du coeur d'or (CGH) ; père de la nation kenyane ; titre honorifique Mzee (Vénérable)
Je n'ai aucune intention de me venger ni de regarder en arrière. Nous allons oublier le passé et regarder vers l'avenir.
— Déclaration post-électorale, 1964 (traduit de l'anglais)
À toute la jeunesse africaine dépossédée : avec la certitude profonde que les morts, les vivants et les non encore nés s'uniront pour rebâtir les temples détruits.
— Dédicace de Facing Mount Kenya, 1938 (traduit de l'anglais)
Nous, les Africains, sommes majoritaires au Kenya et nous devrions nous gouverner nous-mêmes. Cela ne signifie pas que nous ne devons pas tenir compte des Blancs, pourvu que nous ayons les positions clés. Nous voulons être leurs amis, pas être dominés par eux.
— Daily Express, septembre 1952 (traduit de l'anglais)
Les missionnaires ont accompli beaucoup de bien car c'est grâce à eux que nombre de Kikuyu ont reçu leur première éducation. Mais je crois qu'ils n'ont pas compris la valeur des coutumes africaines, et beaucoup ont tenté d'en supprimer certaines sans savoir la place qu'elles occupaient dans la vie des Kikuyu.
— Entretien BBC, 1963 (traduit de l'anglais)