Figure de proue de la Beat Generation, l'écrivain américain William S. Burroughs a radicalement transformé la littérature du XXe siècle par son style expérimental et ses thématiques subversives. Né le 5 février 1914, il reste une icône de la contre-culture mondiale dont l'œuvre continue d'influencer de nombreux artistes contemporains.
William S. Burroughs grandit dans une famille aisée du Missouri avant d'étudier la littérature et l'anthropologie à l'université Harvard. Après avoir voyagé en Europe, il s'installe à New York dans les années 1940 où il rencontre Jack Kerouac et Allen Ginsberg, formant le noyau dur de ce qui deviendra la Beat Generation. Sa carrière littéraire débute tardivement avec Junkie en 1953, un récit brut sur son addiction à l'héroïne. C'est en 1959 qu'il publie son chef-d'œuvre, Le Festin nu (Naked Lunch), écrit lors de son exil à Tanger. Ce roman, qui déstructure le langage et la narration traditionnelle, provoque un immense scandale judiciaire aux États-Unis pour obscénité avant d'être reconnu comme une œuvre majeure. Son style, marqué par l'usage du « cut-up » — une technique consistant à découper et mélanger des textes pour en créer de nouveaux — révolutionne la structure romanesque et influence durablement la poésie expérimentale.
Durant les décennies suivantes, Burroughs poursuit une exploration radicale des thèmes du contrôle social, de la technologie et des dépendances à travers sa trilogie composée de La Machine à explorer l'espace, Le Ticket qui explosa et Nova Express. Après des séjours prolongés à Paris et Londres, il retourne aux États-Unis dans les années 1970, s'installant au "Bunker" à New York avant de finir ses jours au Kansas. Son aura dépasse largement le cadre littéraire : il collabore avec des musiciens comme Laurie Anderson ou Kurt Cobain et apparaît dans des films tels que Drugstore Cowboy. En 1981, il publie Les Cités de la nuit écarlate, premier volet d'une ultime trilogie qui confirme son statut de visionnaire. Jusqu'à son décès en 1997, il ne cesse de dénoncer les mécanismes de pouvoir et de manipulation du langage, affirmant son rôle de conscience critique de la modernité. Son héritage artistique demeure aujourd'hui un pilier essentiel pour comprendre les mutations de la culture post-moderne.
La vie de William S. Burroughs a été marquée par un drame personnel aux conséquences judiciaires majeures. En septembre 1951, à Mexico, lors d'une soirée alcoolisée, il tue accidentellement son épouse Joan Vollmer en tentant de reproduire l'exploit de Guillaume Tell avec un pistolet. Bien qu'il ait plaidé l'homicide involontaire, il quitte le Mexique avant la fin de son procès pour éviter l'incarcération, une condamnation par contumace étant finalement prononcée. Par ailleurs, la publication de Le Festin nu a fait l'objet d'un procès historique pour obscénité dans le Massachusetts en 1965. Ce n'est qu'en 1966 que la Cour suprême de cet État lève l'interdiction de l'ouvrage, marquant une victoire décisive pour la liberté d'expression littéraire aux États-Unis.
1936 : Diplômé de l'université Harvard en littérature anglaise.
1944 : Rencontre fondatrice avec Kerouac et Ginsberg à New York.
1951 : Drame de Mexico entraînant le décès accidentel de son épouse Joan Vollmer.
1953 : Publication de son premier ouvrage autobiographique Junkie.
1954 : Installation à Tanger dans la « Zone Internationale ».
1959 : Publication de Le Festin nu chez Olympia Press à Paris.
1960 : Découverte et développement de la technique du cut-up avec Brion Gysin.
1962 : Parution de La Machine à explorer l'espace (The Soft Machine).
1966 : Fin de la censure sur ses œuvres majeures aux États-Unis.
1981 : Sortie du roman Les Cités de la nuit écarlate.
1983 : Élection à l'Académie américaine des arts et des lettres.
1991 : Collaboration musicale avec Kurt Cobain pour The "Priest" They Called Him.
1997 : Décès à Lawrence, au Kansas, le 2 août.
William S. Burroughs est le petit-fils de l'inventeur de la machine à additionner, héritant d'un milieu social privilégié qui lui assure une rente durant une partie de sa vie. Ses parents, Mortimer et Laura Burroughs, favorisent son éducation classique. Sa vie privée est marquée par son union avec Joan Vollmer, figure féminine centrale du cercle Beat, avec qui il a un fils, William S. Burroughs Jr, né en 1947. Homme aux mœurs anticonformistes, il vit ouvertement son homosexualité après la mort de son épouse, entretenant des relations durables avec des compagnons comme James Grauerholz. Son héritage familial, lié à la technologie de bureau, contraste avec sa vie de bohème errante à travers le monde, de l'Amazonie à l'Afrique du Nord.
Ses engagements se situent principalement dans la défense de la liberté individuelle contre toutes les formes de coercition étatique ou psychologique. Burroughs entretenait des amitiés professionnelles et personnelles intenses avec des figures comme Mick Jagger, Patti Smith ou Lou Reed, qui voyaient en lui un mentor spirituel. Bien qu'il n'ait jamais appartenu à un parti politique, ses écrits contre le contrôle de la pensée et la surveillance ont fait de lui une référence pour les mouvements anarchistes et libertaires. Passionné par les armes à feu et les expériences occultes, il consacrait son temps libre à la peinture et à la pratique de la divination. Son héritage générationnel se perpétue à travers la William S. Burroughs Trust, qui veille à la préservation de ses archives et à la diffusion de sa pensée radicalement libre.
William S. Burroughs décède le 2 août 1997 à l'hôpital de Lawrence, au Kansas, à l'âge de 83 ans. La cause précise de sa disparition est une crise cardiaque survenue le lendemain d'un malaise à son domicile. Ses funérailles se déroulent à Lawrence dans une atmosphère de recueillement, en présence de ses amis proches comme Patti Smith. Conformément à ses dernières volontés, il est inhumé avec ses objets fétiches, dont sa canne-épée et une arme à feu. De nombreux hommages mondiaux, notamment de la part de l'écrivain Norman Mailer et du chanteur David Bowie, ont salué la perte d'un géant des lettres. Sa postérité immédiate a été marquée par la reconnaissance unanime de son rôle de précurseur du mouvement cyberpunk et de la culture numérique.
La sépulture de William S. Burroughs est située au cimetière de Bellefontaine à Saint-Louis, dans le Missouri, au sein du caveau de la famille Burroughs. Ce lieu est devenu un point de pèlerinage pour les admirateurs de la Beat Generation. Sa maison à Lawrence, où il a passé ses dernières années, est également conservée comme un lieu de mémoire informel par ses ayants droit.
1 - William S. Burroughs était un tireur d'élite accompli. Dans les années 1980, il s'est passionné pour la création artistique par le tir, plaçant des bombes de peinture devant des planches de bois et les faisant exploser au fusil pour créer des tableaux abstraits.
2 - Pour son roman Le Festin nu, l'auteur a affirmé n'avoir aucun souvenir d'en avoir rédigé de larges segments, ayant écrit la majeure partie de l'œuvre sous l'influence de substances psychoactives à Tanger.
3 - Il possédait une collection impressionnante de chats, qu'il considérait comme des « compagnons psychiques » essentiels. Il leur a d'ailleurs dédié un court ouvrage autobiographique intitulé The Cat Inside.
4 - Bien que considéré comme l'un des hommes les plus subversifs d'Amérique, Burroughs entretenait une image vestimentaire de banquier ou d'entrepreneur du XIXe siècle, portant toujours un complet veston gris et un chapeau, même sous la chaleur écrasante du Maroc.
- Métier(s) : Écrivain, poète, plasticien
- Résidence principale : Lawrence (Kansas, États-Unis)
- Relations de couple : Joan Vollmer (1946-1951)
- Enfants : William S. Burroughs Jr (1947-1981)
- Distinctions : Commandeur de l'Ordre des Arts et des Lettres (France)
Ce n'est pas la vérité qui blesse, c'est le mensonge éhonté.
Sans friction, sans conflit, n'importe quel système s'arrêtera.
Souvenez-vous que l'intérêt des compagnies pharmaceutiques est la maladie.
On en apprend beaucoup plus sur son prochain en lui parlant qu'en l'écoutant.
La vérité est là quand tous les mots sont effacés. Les mots ont été faits pour mentir.
Écrire n'est rien d'autre que ça : non pas une évasion hors de la réalité, mais une tentative pour changer la réalité, de sorte que l'écrivain peut s'évader des limites de la réalité.
Une de mes dernières volontés serait de jouer dans un film. Je crois que je pourrai jouer le rôle d'un agent de CIA, d'un savant fou ou celui d'un criminel de guerre. Ça me plairait vraiment…
L'utilisation de la bombe atomique alors que même en poussant le pragmatisme au maximum, ce n'était pas nécessaire, ça frôlait le péché impardonnable puisqu'il y aurait pu n'y avoir personne pour pardonner.
Ce n'est pas la vérité qui blesse, c'est le mensonge éhonté.
Sans friction, sans conflit, n'importe quel système s'arrêtera.
Souvenez-vous que l'intérêt des compagnies pharmaceutiques est la maladie.
On en apprend beaucoup plus sur son prochain en lui parlant qu'en l'écoutant.
La vérité est là quand tous les mots sont effacés. Les mots ont été faits pour mentir.
Écrire n'est rien d'autre que ça : non pas une évasion hors de la réalité, mais une tentative pour changer la réalité, de sorte que l'écrivain peut s'évader des limites de la réalité.
Une de mes dernières volontés serait de jouer dans un film. Je crois que je pourrai jouer le rôle d'un agent de CIA, d'un savant fou ou celui d'un criminel de guerre. Ça me plairait vraiment…
L'utilisation de la bombe atomique alors que même en poussant le pragmatisme au maximum, ce n'était pas nécessaire, ça frôlait le péché impardonnable puisqu'il y aurait pu n'y avoir personne pour pardonner.