Le pontife réformateur Pie V, né Antonio Michele Ghislieri, a marqué l'histoire de l'Église catholique par sa rigueur morale et son rôle décisif dans l'application des décrets du concile de Trente. Son règne fut le fer de lance de la Contre-Réforme au XVIe siècle.
Issu d'une famille modeste, Antonio Michele Ghislieri entame son éducation au couvent de Voghera avant de poursuivre ses études de théologie et de philosophie à Bologne puis à Pavie. Entré chez les Dominicains sous le nom de Michele, il est ordonné prêtre en 1528. Son zèle doctrinal au sein de l'Inquisition en Lombardie attire l'attention de la hiérarchie romaine, le menant à être nommé Grand Inquisiteur de la chrétienté par le pape Paul IV en 1558. Élu souverain pontife en janvier 1566, il s'attache immédiatement à réformer la Curie et à imposer une discipline austère au clergé pour lutter contre le népotisme. Sous son impulsion, l'Église unifie sa doctrine et sa pratique avec la publication du Catéchisme romain dès 1566, suivi de la bulle In Coena Domini en 1567, qui réaffirme l'autorité papale face aux pouvoirs séculiers.
Sur le plan liturgique et diplomatique, son pontificat est jalonné par la publication du Bréviaire romain en 1568 et du Missel romain en 1570, standardisant la messe tridentine pour l'ensemble du monde catholique. Il mène une politique étrangère intransigeante, excommuniant la reine Élisabeth Ire d'Angleterre en 1570 par la bulle Regnans in Excelsis. Face à l'expansion ottomane, il parvient à organiser la Sainte Ligue, dont la flotte remporte la victoire navale historique de Lépante en 1571. Pour commémorer ce succès, il institue la fête de Notre-Dame de la Victoire. Son héritage vestimentaire subsiste encore aujourd'hui, car c'est sous son règne qu'est généralisée la soutane blanche, couleur traditionnelle de son ordre dominicain. Il meurt en 1572, laissant une institution restructurée dont il restera l'un des rares modèles de sainteté pontificale avant l'époque contemporaine.
Le pontificat de Pie V est lié à une rigueur inquisitoriale extrême, ayant entraîné de nombreuses exécutions pour hérésie, notamment à Rome où son intransigeance suscitait la crainte. Son action politique a également généré des tensions diplomatiques majeures, particulièrement l'excommunication d'Élisabeth Ire qui a aggravé la persécution des catholiques anglais. En 1567, ses directives limitant certaines pratiques locales, comme l'interdiction des messes en latin pour les populations du Nouveau Monde sans encadrement strict, ont provoqué des débats au sein des missions jésuites. Sa volonté d'imposer une moralité publique stricte l'a conduit à promulguer des décrets sévères contre les prostituées et les divertissements romains, jugés incompatibles avec la piété chrétienne.
1504 : naissance le 17 janvier à Bosco Marengo
1518 : entrée dans l'ordre des Frères Prêcheurs (Dominicains)
1528 : ordination sacerdotale à Gênes
1558 : nommé Grand Inquisiteur par le pape Paul IV
1566 : élection au pontificat et publication du Catéchisme romain
1567 : promulgation de la bulle In Coena Domini
1568 : publication du Bréviaire romain réformé
1570 : excommunication d'Élisabeth Ire et publication du Missel romain
1571 : victoire de Lépante et institution de Notre-Dame de la Victoire
1572 : décès le 1er mai au Palais du Vatican
1672 : béatification par le pape Clément X le 1er mai
1712 : canonisation officielle par le pape Clément XI le 22 mai
Antonio Michele Ghislieri est le fils de Paolo Ghislieri et de Domenica Augeria, des éleveurs dont la situation précaire rendit ses premières études incertaines. Sa formation intellectuelle fut finalement rendue possible grâce à la générosité d'un protecteur local qui finança son entrée au couvent de Voghera. Malgré son ascension au sommet de la hiérarchie ecclésiale, il conserva sa vie durant les habitudes de simplicité de son ordre, refusant les privilèges matériels et maintenant une discipline personnelle faite de prières nocturnes et de jeûnes rigoureux, caractéristiques de sa formation dominicaine initiale.
Ses engagements intellectuels se cristallisèrent autour de la défense de la scolastique, notamment à travers la proclamation de Thomas d'Aquin comme Docteur de l'Église en 1567. Il entretenait des relations suivies avec des figures de la réforme catholique telles que Charles Borromée. Outre son engagement religieux, il se passionnait pour l'architecture sacrée, finançant des projets majeurs comme le complexe de Santa Croce dans son village natal. Ses mentors au sein de l'Inquisition ont forgé sa vision d'une Église militante, orientée vers la sauvegarde de l'orthodoxie et la résistance armée contre les menaces extérieures.
Pie V s'éteint le 1er mai 1572 au Palais du Vatican à Rome, après avoir lutté contre la maladie de la pierre. Ses funérailles furent célébrées à la basilique Saint-Pierre avant que son corps ne soit transféré en 1587 dans un monument funéraire monumental conçu par Domenico Fontana à la basilique Sainte-Marie-Majeure. L'éloge funèbre fut marqué par les hommages du cardinal Charles Borromée, qui salua en lui le restaurateur de la discipline ecclésiastique. Sa mort fut ressentie comme une perte majeure pour la coalition de la Sainte Ligue, dont il était le principal architecte politique et spirituel.
La dépouille de saint Pie V repose dans la basilique Sainte-Marie-Majeure à Rome, au sein d'un monument érigé par Domenico Fontana. Son village natal de Bosco Marengo reste un lieu de mémoire essentiel avec le couvent de Santa Croce qu'il a fondé.
1 - On lui attribue traditionnellement l'origine de la soutane blanche papale car, après son élection, il aurait continué de porter son habit de dominicain au lieu de la pourpre cardinalice.
2 - Lors de la bataille de Lépante, il aurait interrompu une réunion au Vatican pour annoncer la victoire à ses cardinaux, affirmant en avoir eu la vision à l'instant même.
3 - Sa réputation d'austérité était telle que les diplomates romains craignaient que son élection ne transforme Rome en un vaste monastère aux règles de vie monacales.
4 - Bien qu'il soit l'un des rares papes canonisés avant le vingtième siècle, il partage cet honneur avec Grégoire VII, canonisé en 1726 sous son impulsion posthume.
- Métier(s) : Pape, Grand Inquisiteur, théologien
- Résidence principale : Palais du Vatican, Rome (décédé)
- Relations de couple : Aucune (vœux religieux)
- Enfants : Aucun
- Distinctions : Béatifié en 1672, Canonisé en 1712