Souverain au règne le plus long de l'histoire de la papauté après celui de Saint Pierre, il a présidé à la transition douloureuse de l'Église vers la modernité. Pie IX était un prélat italien, chef de l'Église catholique de 1846 à 1878. Son pontificat est marqué par la perte du pouvoir temporel du Vatican en 1870.
Né Giovanni Maria Mastai-Ferretti à Senigallia, il est issu de la noblesse locale. Sa jeunesse est entravée par une épilepsie persistante qui l'empêche d'intégrer la Garde noble du Pape, l'orientant ainsi vers la prêtrise. Ordonné en 1819, il se distingue par son charisme et son dévouement auprès des orphelins. Sa progression est fulgurante : archevêque de Spoleto à 35 ans, puis évêque d'Imola, il est créé cardinal en 1840 par Grégoire XVI. À la mort de ce dernier en 1846, Mastai-Ferretti est élu pape lors d'un conclave rapide, suscitant un immense espoir chez les libéraux italiens. Initialement perçu comme un réformateur, il amnistie les prisonniers politiques et modernise l'administration des États pontificaux. Cependant, la révolution de 1848 et l'assassinat de son ministre Pellegrino Rossi brisent ses velléités libérales, le contraignant à la fuite à Gaète et marquant un virage conservateur définitif dans sa gestion doctrinale et politique du Saint-Siège.
De retour à Rome en 1850 sous protection française, il recentre l'autorité de l'Église sur la dogmatique. En 1854, il proclame le dogme de l'Immaculée Conception de la Vierge Marie, acte majeur de son magistère. Son opposition au Risorgimento italien s'intensifie alors que les États pontificaux sont progressivement annexés par le royaume d'Italie. En 1864, il publie l'encyclique Quanta Cura assortie du Syllabus, condamnant les "erreurs modernes" telles que le libéralisme et la liberté de culte. Il convoque le concile œcuménique Vatican I en 1869, lequel définit le dogme de l'infaillibilité pontificale, renforçant le prestige spirituel du pape au moment même où son pouvoir temporel s'effondre. Après la prise de Rome par les troupes italiennes le 20 septembre 1870, il se déclare "prisonnier du Vatican", refusant toute transaction avec le nouvel État italien. Son héritage, bien que controversé, demeure vivant à travers la centralisation romaine de l'Église moderne et sa béatification proclamée par Jean-Paul II en l'an 2000.
Son pontificat est entaché par l'affaire Edgardo Mortara en 1858, un enfant juif secrètement baptisé par sa servante et retiré de force à ses parents par la police pontificale pour être élevé dans la foi catholique. Malgré les protestations internationales d'empereurs et de chefs d'État, Pie IX refusa de rendre l'enfant, un acte encore cité aujourd'hui comme un point de tension majeur dans les relations judéo-chrétiennes. Par ailleurs, la publication du Syllabus en 1864 a cristallisé l'opposition entre l'Église et les sociétés démocratiques modernes, condamnant pêle-mêle le socialisme, le rationalisme et la liberté de conscience, des positions qui ont durablement isolé le Saint-Siège sur la scène politique européenne du XIXe siècle.
1792 : Naissance de Giovanni Maria Mastai-Ferretti à Senigallia.
1819 : Ordination sacerdotale à Rome.
1827 : Nommé Archevêque de Spoleto.
1840 : Élévation au rang de Cardinal-prêtre par Grégoire XVI.
1846 : Élection au trône pontifical sous le nom de Pie IX.
1848 : Fuite à Gaète suite à l'insurrection romaine.
1850 : Retour définitif à Rome après l'intervention française.
1854 : Proclamation du dogme de l'Immaculée Conception.
1858 : Déclenchement de l'affaire Mortara.
1864 : Publication du Syllabus des erreurs modernes.
1869 : Ouverture du Concile Vatican I.
1870 : Définition de l'infaillibilité pontificale.
1870 : Prise de Rome par l'Italie et fin du pouvoir temporel.
1878 : Décès au Vatican après 31 ans de règne.
2000 : Béatification par le pape Jean-Paul II.
Giovanni Maria Mastai-Ferretti est le neuvième enfant du comte Girolamo Mastai-Ferretti et de la comtesse Caterina Solazzi. Sa famille appartient à la petite noblesse des Marches, caractérisée par une piété rigoureuse et une fidélité absolue au Saint-Siège. Durant son enfance, il est éduqué au collège des nobles de Volterra, dirigé par les Piaristes. L'impact de son milieu social est déterminant : il grandit dans une Italie morcelée par les guerres napoléoniennes, ce qui forge son attachement à l'ordre traditionnel. Sa santé fragile, marquée par des crises d'épilepsie durant sa jeunesse, a profondément influencé son humilité personnelle et sa dévotion à la figure de la Vierge Marie, qu'il considérait comme sa protectrice.
Sur le plan intime, sa vie est celle d'un ascète entièrement dévoué à sa charge ecclésiastique. On ne lui connaît aucune relation sentimentale, ayant prêté ses vœux de chasteté dès son entrée au séminaire. Parmi ses amis proches et soutiens, on compte le cardinal Antonelli, son secrétaire d'État, qui géra les affaires politiques les plus complexes de son règne. Pie IX était également connu pour son humour spirituel et sa simplicité de manières, contrastant avec la rigidité de ses positions dogmatiques. Engagé dans les œuvres de charité, il fréquentait régulièrement les hôpitaux romains, particulièrement l'hospice de Tata Giovanni qu'il avait dirigé jeune prêtre, conservant un lien étroit avec les classes populaires de Rome jusqu'à la fin de sa vie.
Pie IX s'est éteint le 7 février 1878 à l'âge de 85 ans, dans ses appartements du palais du Vatican. La cause officielle de sa mort est une crise d'épilepsie aggravée par une bronchite infectieuse et des problèmes cardiaques chroniques. Ses derniers mots auraient été adressés aux cardinaux présents pour les exhorter à "protéger l'Église". En raison du conflit avec l'État italien, ses funérailles furent marquées par des tensions extrêmes. En 1881, lors du transfert nocturne de sa dépouille vers la basilique Saint-Laurent-hors-les-Murs, une foule d'antidéricales tenta de jeter son cercueil dans le Tibre aux cris de "Au fleuve le pape porc !". Il repose aujourd'hui dans une crypte simple à Saint-Laurent, conformément à sa volonté. Parmi les hommages officiels, celui de son successeur Léon XIII souligna la force d'âme d'un pape ayant traversé les tempêtes du siècle.
La ville de Senigallia conserve sa maison natale, transformée en musée. À Rome, le Palais du Vatican reste le lieu central de son long "enfermement" volontaire après 1870. La basilique Saint-Laurent-hors-les-Murs est son lieu d'inhumation définitif et un site de pèlerinage pour ses dévots. On cite également le sanctuaire de Lorette, qu'il affectionnait particulièrement et où il fit de nombreux dons durant son pontificat.
1 - Il était un grand amateur de tabac à priser, une habitude qu'il conserva malgré les protocoles rigides du Vatican.
2 - Pie IX est le premier pape à avoir été photographié de manière officielle durant son règne.
3 - Il aimait se promener incognito dans les rues de Rome au début de son pontificat pour distribuer des aumônes.
4 - Sa béatification en 2000 a provoqué de vives protestations de la part de la communauté juive à cause de l'affaire Mortara.
5 - Il a survécu à un attentat manqué en 1867 lors d'une visite dans un quartier populaire de Rome.
- Métier(s) : Pape, Souverain pontife.
- Résidence principale : Palais du Vatican (Rome).
- Relations de couple : Aucune (Célibat ecclésiastique).
- Enfants : Aucun.
- Distinctions : Béatifié en 2000 par Jean-Paul II.