Conteur prolifique et figure majeure de la littérature fantastique française, Pierre Gripari a marqué des générations de lecteurs avec ses récits malicieux mêlant folklore traditionnel et absurde urbain. Son œuvre polyvalente explore avec une ironie constante les mythes universels et la psychologie humaine.
Né à Paris d'un père ingénieur d'origine grecque et d'une mère médium, Pierre Gripari connaît une enfance solitaire marquée par le décès précoce de ses parents durant la Seconde Guerre mondiale. Après avoir abandonné ses études de lettres, il enchaîne les métiers précaires, travaillant notamment comme commis en librairie avant de s'engager dans les troupes coloniales. À son retour, il devient employé de bureau à la Mobil Oil, une fonction qu'il occupe durant vingt-sept ans tout en écrivant secrètement. Sa carrière littéraire débute véritablement en 1963 avec la parution de Lieutenant de réserve. Il quitte son emploi stable pour se consacrer entièrement à la création, explorant d'abord le théâtre et le roman pour adultes avant de rencontrer un succès phénoménal dans le domaine de la littérature jeunesse, grâce à une imagination fertile nourrie par une culture encyclopédique et un sens inné du merveilleux.
L'année 1967 marque un tournant décisif avec la publication des Contes de la rue Broca, recueil devenu un classique mondial de la littérature enfantine. Ce succès immense lui permet de collaborer avec de prestigieuses maisons d'édition et de produire une œuvre abondante comprenant des essais, des récits de voyage et des fables. Surnommé le « Papa de la rue Broca », il refuse pourtant de se laisser enfermer dans ce rôle de conteur pour enfants, publiant des ouvrages plus sombres et provocateurs tels que Vies parallèles de Roman Gary ou Frère de la poussière. Son style se caractérise par une clarté classique mise au service de situations fantastiques ou parodiques. Malgré une certaine marginalisation par les milieux académiques en raison de ses prises de position anticonformistes, il reçoit le Prix de l'Académie française en 1988 pour l'ensemble de son œuvre, confirmant son statut d'artisan majeur des lettres françaises du vingtième siècle.
1925 : naissance à Paris le 7 janvier
1946 : engagement dans les troupes coloniales
1950 : début de sa carrière administrative à la Mobil Oil
1963 : publication de son premier récit Lieutenant de réserve
1967 : parution du recueil Contes de la rue Broca
1974 : parution de La Gueule pleine
1975 : publication de L'Histoire du Prince Pipo
1976 : sortie du roman autobiographique Frère de la poussière
1978 : obtention du Prix de la littérature pour la jeunesse
1983 : parution des Contes de la rue Mercoeur
1988 : lauréat du Prix de l'Académie française
1990 : décès à Paris le 23 décembre
Pierre Gripari est le fils d'Ieroclis Gripari et de Georgette Brémont. Devenu orphelin à l'âge de dix-neuf ans, il reste toute sa vie marqué par cette perte, ce qui influencera la dimension mélancolique de certains de ses écrits. Célibataire et sans descendance, il mène une existence discrète dans le 11e arrondissement de Paris, quartier qu'il affectionne et qu'il transmue en décor fantastique pour ses histoires. Il consacre l'essentiel de son temps à la lecture et à l'étude des religions, vivant entouré de ses livres dans une apparente simplicité matérielle.
Sur le plan des engagements, l'écrivain se définit comme un athée de combat et un national-bolchevique, militant contre les dogmes religieux et les idéologies qu'il juge liberticides. Il collabore régulièrement avec des revues de la Nouvelle Droite, notamment au sein du GRECE, où il défend un paganisme culturel et une Europe enracinée. Amateur de musique classique et de cinéma, il s'investit dans la défense d'une langue française rigoureuse. Son opposition farouche au cléricalisme et sa liberté de ton lui valent de nombreuses polémiques, mais il demeure fidèle à sa ligne de conduite intellectuelle jusqu'à sa disparition.
L'écrivain s'éteint le 23 décembre 1990 à l'hôpital de la Pitié-Salpêtrière à Paris, des suites d'une intervention chirurgicale compliquée par un état de santé déclinant. Ses funérailles se déroulent dans une relative intimité, réunissant ses proches, ses éditeurs et quelques figures du monde littéraire. Sa mort survient à la veille de Noël, une période ironique pour cet auteur qui avait tant écrit sur les légendes populaires liées aux fêtes, laissant derrière lui plusieurs manuscrits inachevés et une œuvre qui continue de séduire les lecteurs par sa fraîcheur et son impertinence.
Pierre Gripari est inhumé au cimetière du Père-Lachaise à Paris, dans la 95e division. Sa sépulture est un lieu de passage pour les admirateurs du conteur. La rue Broca et la rue Mercoeur, dans la capitale, constituent également des lieux de mémoire informels où les promeneurs cherchent encore les traces de ses personnages légendaires.
1 - Le personnage de Monsieur Saïd dans les célèbres contes était inspiré d'un véritable épicier de la rue Broca que l'auteur fréquentait quotidiennement pour faire ses achats.
2 - Malgré son immense succès auprès des jeunes lecteurs, il affirmait ne pas écrire spécifiquement pour les enfants mais pour lui-même, cherchant avant tout à satisfaire son propre plaisir de la narration.
3 - Il pratiquait le gueuloir à la manière de Flaubert, lisant ses textes à haute voix pour en vérifier le rythme et la sonorité avant de valider définitivement ses manuscrits auprès de son éditeur.
- Métier(s) : Écrivain, conteur, romancier
- Résidence principale : Paris (France)
- Relations : Vladimir Volkoff, Jean-Edern Hallier
- Enfants : Aucun
- Distinctions : Prix de l'Académie française (1988)