Résumé biographique
Écrivain, journaliste et académicien, Jean d'Ormesson occupe une place singulière dans la vie intellectuelle française, mêlant romans historiques, méditations philosophiques et interventions médiatiques qui ont accompagné plus de cinquante ans de débat culturel et politique.
Parcours
Né le 16 juin 1925 à Paris, Jean Bruno Wladimir François-de-Paule Lefèvre d'Ormesson grandit dans une famille de la noblesse de robe, entre le château d'Ormesson, le château de Saint-Fargeau et les postes diplomatiques de son père, André d'Ormesson, ambassadeur. Formé au lycée puis à l’École normale supérieure, il devient agrégé de philosophie avant d’effectuer son service militaire dans un régiment parachutiste. Il enseigne le grec et la philosophie au lycée Jacques-Decour, puis entre au Conseil international de la philosophie et des sciences humaines rattaché à l’UNESCO, dont il devient secrétaire général en 1950. En parallèle, il débute une carrière de journaliste à Paris Match, puis dans la presse régionale, et rejoint la revue Diogène, dont il devient rédacteur en chef. Cette double inscription dans les institutions internationales et la presse structure la première partie de son parcours.
Jean d'Ormesson publie en 1956 son premier roman, L'amour est un plaisir, mais c’est avec La Gloire de l'Empire, couronné par le grand prix du roman de l’Académie française en 1971, qu’il s’impose dans le paysage littéraire. Suivent des œuvres marquantes comme Au plaisir de Dieu, Dieu, sa vie, son œuvre, Histoire du Juif errant, La Douane de mer, Presque rien sur presque tout, C'est une chose étrange à la fin que le monde ou encore Je dirai malgré tout que cette vie fut belle. Élu à l’Académie française en 1973, au fauteuil 12, il devient de 1974 à 1977 directeur général du quotidien Le Figaro, tout en poursuivant une activité de chroniqueur. Il préside le Conseil international de la philosophie et des sciences humaines au début des années 1990 et publie jusqu’à la fin de sa vie, avec notamment Et moi je vis toujours, paru après sa mort.
Controverse
En 2003, Jean d'Ormesson et son épouse sont visés par une enquête portant sur des avoirs non déclarés à l’étranger, dans le cadre d’investigations judiciaires plus larges. Les autorités fiscales françaises soupçonnent alors la dissimulation de sommes importantes sur des comptes suisses. La procédure n’aboutit cependant pas à une condamnation : en 2006, les poursuites sont interrompues en raison d’irrégularités dans l’entraide judiciaire internationale. Cette affaire, largement relayée par la presse, reste l’épisode judiciaire le plus commenté de sa trajectoire publique, sans remettre en cause ses fonctions académiques ni son statut d’écrivain reconnu dans le champ littéraire français.
Repères chronologiques
1925 : Naissance à Paris au sein de la famille Lefèvre d'Ormesson, issue de la noblesse de robe
1950 : Nomination comme secrétaire général du Conseil international de la philosophie et des sciences humaines, rattaché à l’UNESCO
1956 : Publication du premier roman, L'amour est un plaisir
1971 : Succès de La Gloire de l'Empire, récompensé par le grand prix du roman de l’Académie française
1973 : Élection à l’Académie française, au fauteuil 12, succédant à Jules Romains
1974 : Prise de fonctions comme directeur général du quotidien Le Figaro
1980 : Engagement actif pour l’entrée de Marguerite Yourcenar à l’Académie française, première femme élue sous la Coupole
1992 : Accession à la présidence du Conseil international de la philosophie et des sciences humaines
2010 : Publication de C'est une chose étrange à la fin que le monde, méditation philosophique et littéraire sur le temps et la finitude
2014 : Promotion au rang de grand-croix de la Légion d’honneur par le président de la République
2016 : Parution de Je dirai malgré tout que cette vie fut belle, ouvrage autobiographique couronné de plusieurs prix littéraires
2017 : Décès à Neuilly-sur-Seine et hommage national rendu aux Invalides, en présence des plus hautes autorités de l’État
Vie personnelle et engagements
Né dans une lignée marquée par le service de l’État, Jean d'Ormesson est le fils d’André d'Ormesson, diplomate et ambassadeur, et de Marie Henriette Isabelle Anisson du Perron, issue d’une famille liée à l’histoire de l’Imprimerie royale. Il a un frère aîné, Henry d'Ormesson, haut fonctionnaire. En 1962, il épouse à Paris Françoise Béghin, fille de l’industriel Ferdinand Béghin, actif dans la presse et le secteur du sucre. Leur fille, Héloïse, naît la même année et deviendra éditrice. L’écrivain garde des liens étroits avec les lieux familiaux d’Ormesson-sur-Marne et de Saint-Fargeau, qui nourrissent son imaginaire et sa mémoire.
À partir des années 1970, sa vie privée est également marquée par une relation durable avec Malcy Ozannat, rencontrée en 1974, que les médias décrivent comme une compagne de longue date. L’équilibre singulier entre ce couple et son épouse est évoqué publiquement par sa veuve après sa mort. Sur le plan des engagements, Jean d'Ormesson participe au Comité des intellectuels pour l’Europe des libertés, prend position dans le débat européen et soutient Nicolas Sarkozy lors de l’élection présidentielle de 2012. Il se mobilise aussi en faveur des chrétiens d’Orient et parraine diverses institutions culturelles et éducatives, prolongeant ainsi son action au-delà de sa seule œuvre littéraire.
Contexte du décès
Jean d'Ormesson meurt dans la nuit du 4 au 5 décembre 2017, à son domicile de Neuilly-sur-Seine, victime d’une crise cardiaque à l’âge de 92 ans. Sa disparition intervient à quelques heures de celle du chanteur Johnny Hallyday, ce qui marque fortement l’actualité médiatique française. Le 8 décembre 2017, une messe est célébrée à la cathédrale Saint-Louis des Invalides, suivie d’un hommage national dans la cour d’honneur, présidé par le président de la République. Emmanuel Macron y prononce un éloge funèbre et dépose, selon le souhait exprimé par l’écrivain lui-même, un simple crayon à papier sur son cercueil, geste symbolique largement commenté. La crémation a lieu ultérieurement, dans un cadre familial, avant la dispersion de ses cendres.
Où se recueillir ?
Jean d'Ormesson ne repose pas dans un caveau ouvert au public : après la crémation, ses cendres ont été dispersées à Venise, devant la Douane de mer, lieu auquel il était particulièrement attaché. Les admirateurs qui souhaitent lui rendre hommage se tournent vers ce site de la lagune, associé à l’un de ses romans, ainsi que vers les espaces symboliques où sa mémoire est honorée en France, notamment les établissements scolaires et rues qui portent son nom.
Anecdotes
1 - Enfant, Jean d'Ormesson partage son temps entre les demeures familiales d’Ormesson-sur-Marne et de Saint-Fargeau et les capitales où son père est envoyé comme ambassadeur. Cette mobilité précoce nourrit son goût pour l’histoire, les paysages européens et les grandes bibliothèques diplomatiques.
2 - Au cours de la guerre civile libanaise, un séjour prolongé au Liban conduit les autorités de ce pays à lui accorder un passeport libanais, qu’il évoquera plus tard dans la presse. Ce document supplémentaire illustre la place singulière qu’il occupe dans certains milieux politiques et intellectuels au-delà de la France.
3 - Lors de l’hommage national aux Invalides, le président Emmanuel Macron respecte la demande formulée par l’écrivain d’avoir « un simple crayon à papier » sur son cercueil. Ce crayon, posé à côté de son épée d’académicien et de sa grand-croix de la Légion d’honneur, devient l’un des symboles les plus repris de ses funérailles.
4 - Passionné par l’Italie et par Venise, Jean d'Ormesson situe une partie de son œuvre autour de la lagune, comme en témoigne le roman La Douane de mer. Le choix de disperser ses cendres devant ce bâtiment emblématique prolonge le lien entre sa biographie, son imaginaire romanesque et la Cité des Doges.
Points clés
- Métier(s) : écrivain, journaliste, académicien
- Résidence principale : Neuilly-sur-Seine, France
- Relations : époux de Françoise Béghin ; relation de longue durée avec Malcy Ozannat
- Enfants : Héloïse d'Ormesson (née en 1962)
- Distinctions : grand prix du roman de l’Académie française, grand-croix de la Légion d’honneur, nombreux prix littéraires français et étrangers






