Cette année marque le 1er anniversaire de sa disparition.
Xavier Durringer, dramaturge, réalisateur et scénariste français né le 1er décembre 1963 à Paris, est l'auteur d'une oeuvre plurielle traversant le théâtre, le cinéma et la littérature. Il est notamment connu pour La Conquête (2011), premier film de fiction réalisé sur un chef d'État français en exercice.
Formé à l'Acting International sous la direction de Robert Cordier, dramaturge et metteur en scène belge, Xavier Durringer crée sa première pièce, Une rose sous la peau, au Festival d'Avignon off en 1988. Il fonde la même année la compagnie La Lézarde, au sein de laquelle il écrit et met en scène ses propres textes. Autour de lui se constitue une troupe fidèle : les comédiens Éric Savin, Gérald Laroche, Edouard Montoute et Jean Miez deviennent ses collaborateurs réguliers. Le langage cru, les situations exacerbées et les personnages en marge de la société caractérisent ce théâtre des exclus. Durringer est régulièrement invité au Festival d'Avignon, où il présente notamment Bal-trap, La Quille (1999) et Une petite entaille. Son travail de composition part systématiquement d'un fait divers ou d'une situation limite : rupture, licenciement, retour de guerre.
Sa transition vers le cinéma s'amorce en 1993 avec La Nage indienne, premier long-métrage réunissant Karin Viard et Gérald Laroche, sélectionné à la Berlinale. En 1997, le polar J'irai au paradis car l'enfer est ici, co-écrit avec Jean Miez, ancien braqueur reconverti au théâtre, est présenté au Festival de San Sebastián. Claire Keim y tient un rôle marquant. Après un retour au théâtre et la réalisation du clip "Debout" pour Johnny Hallyday, Durringer signe en 2005 le film d'arts martiaux Chok Dee. C'est avec La Conquête (2011), coécrit avec le scénariste Patrick Rotman, que son nom s'impose au grand public : le film reconstitue l'ascension de Nicolas Sarkozy jusqu'à la présidentielle de 2007. Denis Podalydès incarne le futur président, entouré de Florence Pernel dans le rôle de Cécilia Sarkozy, Bernard Le Coq en Jacques Chirac et Hippolyte Girardot en Claude Guéant. Présenté hors compétition à Cannes le 18 mai 2011, le film reçoit un accueil critique favorable. En 2016, le téléfilm Ne m'abandonne pas, sur la radicalisation d'une adolescente, diffusé sur France 2 avec Sami Bouajila et Marc Lavoine, remporte l'International Emmy Award du meilleur téléfilm en 2017. Son dernier long-métrage, la comédie L'Homme parfait, avec Didier Bourdon et Pierre-François Martin-Laval, sort en juin 2022. Durringer publie également deux romans : Sfumato (Le Passage, 2015) et Making of (Le Passage, 2017).
1963 : naissance le 1er décembre à Paris (10e arrondissement)
1981 : débuts au théâtre à 18 ans, formation à l'Acting International
1988 : création de Une rose sous la peau au Festival d'Avignon off ; fondation de la compagnie La Lézarde
1991 : La Petite entaille, présentée à Avignon avec Éric Savin
1993 : premier long-métrage La Nage indienne, avec Karin Viard et Gérald Laroche, sélectionné à la Berlinale
1997 : J'irai au paradis car l'enfer est ici, avec Jean Miez et Claire Keim, sélectionné au Festival de San Sebastián
1999 : création de la pièce La Quille
2005 : Chok Dee, film d'arts martiaux ; réalisation du clip "Debout" pour Johnny Hallyday
2011 : La Conquête, avec Denis Podalydès, hors compétition au Festival de Cannes
2015 : publication du roman Sfumato aux éditions Le Passage
2016 : téléfilm Ne m'abandonne pas, diffusé sur France 2
2017 : International Emmy Award du meilleur téléfilm pour Ne m'abandonne pas ; publication du roman Making of
2019 : Paradise Beach, thriller co-écrit avec Jean Miez, avec Sami Bouajila
2022 : L'Homme parfait, comédie avec Didier Bourdon et Pierre-François Martin-Laval
2025 : décès le 4 octobre à L'Isle-sur-la-Sorgue (Vaucluse)
Né à Paris dans le 10e arrondissement, Xavier Durringer grandit dans la région parisienne et se forme à l'Acting International, école d'art dramatique fondée par Robert Cordier, dont l'enseignement fondé sur l'authenticité du geste et la parole incarnée marque durablement sa manière de diriger les acteurs. Durringer traduit par ailleurs avec Cordier la pièce A Lie of the Mind de Sam Shepard. Discret sur sa vie personnelle, il ne rend publiques ni ses relations de couple ni d'autres informations familiales. Il s'installe dans le Vaucluse, à L'Isle-sur-la-Sorgue, où il réside jusqu'à son décès. Tout au long de sa carrière, il entretient une proximité étroite avec ses comédiens, qu'il considère comme une famille de travail, plusieurs d'entre eux l'accompagnant pendant dix à douze ans.
Sa compagnie La Lézarde, fondée en 1989, reste le cadre central de son activité théâtrale. Ses textes sont régulièrement repris à l'étranger et mis en scène par d'autres metteurs en scène, dont Dominique Pitoiset et Géraldine Zelazny. Durringer travaille en 1997 avec Jean Miez, alors ex-détenu, pour co-écrire J'irai au paradis car l'enfer est ici, une démarche attestant son intérêt pour les trajectoires marginales et les questions de réinsertion. Son téléfilm Ne m'abandonne pas (2016), consacré à la radicalisation d'une adolescente, est diffusé dans les lycées de la République française par l'Éducation nationale. Auteur prolifique et traducteur, il circule pendant trois décennies entre les plateaux de théâtre et les tournages de cinéma et de télévision.
Xavier Durringer décède le 4 octobre 2025 d'une crise cardiaque à son domicile de L'Isle-sur-la-Sorgue, dans le Vaucluse. Il avait 61 ans. Son décès est annoncé publiquement le 5 octobre 2025 et repris par Le Figaro, Le Parisien et l'AFP. Le Centre national du cinéma (CNC) lui consacre un texte d'hommage le 7 octobre 2025, soulignant son rôle dans le cinéma social français et sa capacité à faire entrer au théâtre et à l'écran les déclassés et les laissés-pour-compte. La Bibliothèque nationale de France (BnF) avait consacré un cycle de ciné-débats à son travail. Aucune cérémonie publique n'est documentée dans les sources consultées. Lieu d'inhumation non rendu public.
1 - C'est sur le blouson d'un punk que Xavier Durringer lit pour la première fois la phrase "J'irai au paradis car l'enfer est ici", avant de découvrir son origine cathare médiévale et d'en faire le titre de son polar de 1997.
2 - Autodidacte en cinéma, Durringer n'a fréquenté aucune école de cinéma et n'a réalisé ni publicité ni court-métrage avant son premier long-métrage en 1993 : son accès à la réalisation passe exclusivement par le théâtre.
3 - La Conquête (2011) est, selon ses propres déclarations lors de sa présentation à Cannes, le premier film de fiction jamais réalisé sur un chef d'État encore en exercice, ce qui entraîne plusieurs difficultés juridiques liées au maintien des noms réels des personnages.
4 - J'irai au paradis car l'enfer est ici mobilise 65 décors, 55 rôles et se tourne en 40 jours : un volume de production peu commun pour un film indépendant français de cette époque, selon les déclarations de Durringer dans son entretien à la revue 24 images en 1998.
5 - Le téléfilm Ne m'abandonne pas (2016), sur la radicalisation islamiste, est diffusé dans les lycées de la République française dans le cadre d'un programme officiel de l'Éducation nationale.
6 - Durringer publie son premier roman, Sfumato, à 51 ans, s'aventurant dans un registre littéraire éloigné de la dramaturgie et du scénario, avec une langue peuplée d'argot et de néologismes.
- Métier(s) : dramaturge, réalisateur, scénariste, romancier
- Résidence principale : L'Isle-sur-la-Sorgue (Vaucluse)
- Relations de couple : non documentées
- Enfants : non documentés
- Distinctions : International Emmy Award du meilleur téléfilm (2017) pour Ne m'abandonne pas
« Je voulais que la fin soit ouverte. »
— Entretien avec Jacques Kermabon, revue 24 images, no 91, printemps 1998
« Quand une voix est juste, c'est que le corps est juste. »
— Entretien avec Jacques Kermabon, revue 24 images, no 91, printemps 1998
« Je suis ravi, car c'était un sujet tellement difficile à traiter, tellement politique. »
— Cérémonie des International Emmy Awards, novembre 2017 (traduit de l'anglais, The Brussels Times)
« Le cinéma est le seul art où on peut être en même temps celui qui donne et celui qui reçoit. »
— Entretien avec Jacques Kermabon, revue 24 images, no 91, printemps 1998
« Seul, je n'aurais pas fait ce film. Dans tout ce que je fais, cinéma ou théâtre, j'essaie de peindre l'homme, de parler de l'être humain, d'évoquer toutes les formes d'exclusion possibles, mais je ne parle toujours que de ce que je connais. »
— Entretien avec Jacques Kermabon, revue 24 images, no 91, printemps 1998