Résumé biographique

Figure centrale du cinéma documentaire français, Claude Lanzmann est un journaliste, écrivain et réalisateur dont l’œuvre, notamment le film Shoah, est étroitement liée à la mémoire de l’extermination des Juifs d’Europe et à l’histoire intellectuelle des Temps modernes.


Parcours

Né le 27 novembre 1925 à Bois-Colombes, Claude Lanzmann grandit dans une famille juive ashkénaze installée en région parisienne. Adolescent, il s’engage dans la Résistance à Clermont-Ferrand et combat dans les maquis d’Auvergne. Après la Libération, il étudie la philosophie à la Sorbonne puis à Tübingen avant d’obtenir un poste de lecteur à l’université libre de Berlin à la fin des années 1940. Au début des années 1950, il rejoint le comité de rédaction des Temps modernes autour de Jean-Paul Sartre et Simone de Beauvoir. Journaliste et essayiste engagé, il signe de nombreux reportages avant de se consacrer au cinéma documentaire à partir de Pourquoi Israël en 1973. Devenu directeur des Temps modernes en 1986, il poursuivra en parallèle une œuvre filmique centrée sur la Shoah, Israël, la guerre et la mémoire jusqu’aux années 2010.


Repères de carrière

27 novembre 1925 : Naissance à Bois-Colombes (Hauts-de-Seine).
1943–1944 : Engagement dans la Résistance à Clermont-Ferrand et combats au sein des maquis d’Auvergne.
1948–1949 : Lecteur à l’université libre de Berlin, débuts de son activité de journaliste en Allemagne.
1952 : Premier voyage en Israël et entrée au comité de rédaction des Temps modernes.
1960 : Signataire du Manifeste des 121 sur la guerre d’Algérie.
1973 : Sortie du film Pourquoi Israël, premier long métrage documentaire comme réalisateur.
1985 : Sortie de Shoah, documentaire de près de dix heures consacré à l’extermination des Juifs d’Europe.
1994 : Sortie de Tsahal, film sur l’armée israélienne.
1997 : Sortie de Un vivant qui passe à partir de l’entretien avec Maurice Rossel.
2001 : Sortie de Sobibor, 14 octobre 1943, 16 heures.
2010 : Sortie du film Le Rapport Karski.
2013 : Sortie de Le Dernier des injustes et Ours d’or d’honneur pour l’ensemble de son œuvre à la Berlinale.
2017 : Sortie de Napalm et diffusion télévisée de Les Quatre Sœurs.
5 juillet 2018 : Décès à Paris après la sortie en salles de Les Quatre Sœurs et hommage national aux Invalides, inhumation au cimetière du Montparnasse.


Vie personnelle et engagements

Issu d’une famille juive originaire d’Europe de l’Est, Claude Lanzmann passe son enfance entre Brioude et Paris avant de découvrir très tôt l’antisémitisme et la violence politique, ce qui marque durablement ses engagements. Dans les années 1950, il partage la vie de Simone de Beauvoir tout en appartenant au cercle intellectuel de Jean-Paul Sartre. Il épouse ensuite l’actrice Judith Magre en 1963, dont il divorce en 1971, puis la romancière allemande Angelika Schrobsdorff, avant d’épouser en 1995 Dominique Petithory. Il est le père de deux enfants, Angélique, née en 1950, et Félix, né en 1993 et décédé en 2017 d’un cancer. Anticolonialiste et proche de la gauche intellectuelle française, il défend la mémoire de la Shoah, l’État d’Israël et un antiracisme combatif, tout en restant actif dans le débat public par ses prises de position et la direction des Temps modernes.


Anecdotes

1 – Adolescent, Claude Lanzmann rejoint les Jeunesses communistes clandestines et participe aux combats des maquis d’Auvergne, notamment autour du mont Mouchet, avant d’être homologué FFI pour sa participation à la Résistance.
2 – Pour Shoah, il utilise des dispositifs dissimulés et de fausses identités afin d’enregistrer des anciens nazis réticents, recourant à des caméras cachées et à des micros invisibles pour obtenir leurs témoignages filmés.
3 – Sa relation avec Simone de Beauvoir le fait entrer au cœur de la vie intellectuelle parisienne ; ils continuent à collaborer étroitement après leur séparation, notamment au sein des Temps modernes qu’il dirigera à partir de 1986.
4 – En 1958, lors d’un voyage en Corée du Nord avec une délégation occidentale, il vit une brève histoire amoureuse avec une infirmière nord-coréenne, Kim Kun-sun, épisode qu’il racontera des décennies plus tard dans le film Napalm.
5 – Son film Shoah est inscrit en 2023 au registre « Mémoire du monde » de l’UNESCO, consacrant son importance dans la préservation des témoignages liés à l’extermination des Juifs d’Europe.
6 – La mort de son fils Félix, étudiant normalien, en 2017, donne lieu à la publication dans les Temps modernes d’une lettre de ce dernier à son chirurgien, témoignant de son combat contre la maladie et de l’attachement de la revue à la mémoire familiale.


Lieux de mémoire

Les lieux de référence de Claude Lanzmann s’articulent autour de ses origines et de ses combats : Bois-Colombes et Paris pour sa naissance, sa jeunesse et sa carrière intellectuelle ; Brioude et Clermont-Ferrand pour les années de guerre et de Résistance ; Berlin pour son activité universitaire d’après-guerre ; Israël et Jérusalem, souvent visités et filmés ; la Corée du Nord, revisitée dans Napalm ; enfin Paris, avec l’hommage national aux Invalides et sa sépulture au cimetière du Montparnasse, où il repose avec son fils Félix.


Contexte du décès

Claude Lanzmann meurt le 5 juillet 2018 à l’âge de 92 ans, à Paris, après avoir été affaibli dans les derniers mois de sa vie, notamment par le décès de son fils Félix. Il disparaît au lendemain de la sortie en salles de Les Quatre Sœurs, prolongement de Shoah consacré à quatre survivantes des camps. Un hommage national lui est rendu le 12 juillet 2018 dans la cour d’honneur des Invalides, en présence du Premier ministre Édouard Philippe, de proches collaborateurs et de nombreuses personnalités du monde intellectuel et politique. Après cette cérémonie, il est inhumé au cimetière du Montparnasse, dans le caveau familial, aux côtés de son fils. Le grand rabbin de France Haïm Korsia préside la cérémonie religieuse, inscrivant son parcours dans la mémoire nationale et dans celle du judaïsme français.


Points clés

• Métier(s) : réalisateur, documentariste, journaliste, écrivain, directeur de revue
• Résidence principale : Paris, France
• Relations : Simone de Beauvoir (1952–1959), Judith Magre (mariage 1963–1971), Angelika Schrobsdorff (à partir de 1971), Dominique Petithory (à partir de 1995)
• Enfants : Angélique (1950), Félix (1993–2017)
• Distinctions : grand officier de la Légion d’honneur, grand-croix de l’ordre national du Mérite, médaille de la Résistance française, croix du Mérite de la République fédérale d’Allemagne, Ours d’or d’honneur de la Berlinale 2013, nombreux prix pour Shoah